> Patrick Pérez Sécheret, Songe d’un jardin de printemps

Patrick Pérez Sécheret, Songe d’un jardin de printemps

Par | 2018-05-22T23:21:46+00:00 24 octobre 2014|Catégories : Critiques|

Un seul être vous manque et tout est dépeu­plé… Un être appa­raît et tout recom­mence. Autrement dit, un être cher dis­pa­raît et le poète écrit un tom­beau. Une femme fait irrup­tion dans sa vie et Patrick Pérez Sécheret écrit un jar­din poé­tique où proses, vers libres, haï­kus, contes et pen­sées diverses glo­ri­fient ou célèbrent cette ren­contre et la femme. Peu importe fina­le­ment qu'il s'agisse de Léa ou d'Anne Béatrice (puisque ces deux indices sont dis­sé­mi­nés dans le livre) ! La grande varié­té des genres abor­dés auto­rise le lec­teur à s'interroger sur la nature du recueil en poé­sie. Force est de consta­ter, qu'avec Pérez Sécheret, tout est per­mis…

L'auteur est conscient de la dif­fi­cul­té d'éviter la naï­ve­té ou le conve­nu. Il le dit clai­re­ment dans un petit pavé de prose : "Dire des beaux mots est bien plus com­pli­qué que d'en dire des gros, des laids et des qui sentent mau­vais". D'où cette écri­ture, com­ment dire, contour­née. Ainsi dans ces vers qui affirment que même le temps qui passe se modi­fie : "Je vou­drais être /​ apôtre ses secondes". Une écri­ture rem­plie d'incertitudes et de ques­tions. Place est faite éga­le­ment aux lec­tures car on s'enrichit par les expé­riences des autres ; elles viennent par­fois confir­mer les nôtres.

À lire atten­ti­ve­ment ce recueil de bout en bout, on se demande quelle est la concep­tion du recueil qu'a Patrick Pérez Sécheret. Les nom­breuses suites de haï­kus pour­raient faire l'objet d'une pla­quette indé­pen­dante, tant le ton en est sin­gu­lier (bien que le poète ne res­pecte pas la règle des 17 syl­labes en trois vers). De même, on se prend à rêver d'un recueil de contes en lisant quelques proses. On a l'impression que pour Pérez Sécheret la poé­sie est l'occasion d'une totale liber­té qui consis­te­rait alors à abor­der son sujet de toutes les manières qui lui passent par la tête. Il négli­ge­rait donc les contraintes spé­ci­fiques à la poé­sie encore qu'à bien le lire, on s'aperçoit qu'il res­pecte les contraintes de tel ou tel genre par­ti­cu­lier (comme le conte, par exemple). Même un  texte comme Drôles d'oiseaux les humains qui semble d'une autre veine (la nature abî­mée) que celle (amou­reuse) qui irrigue le livre, se rac­croche fina­le­ment au sen­ti­ment amou­reux par la der­nière phrase : "… aimons-nous un peu long­temps dans un songe de prin­temps".  Et si le poème en vers libres prend par­fois l'allure d'un Inventaire à la Prévert, on ne s'étonne pas, tant c'est le recueil dans sa tota­li­té qui a une telle allure.

En défi­ni­tive, ce recueil est à lire comme un jour­nal qui vise à sai­sir des ins­tants d'éternité ou des ins­tants bou­le­ver­sés. Tout y dit avec déli­ca­tesse : amour impos­sible ou sans len­de­main ? Avec toutes ses dif­fi­cul­tés : "on ne s'est rien pro­mis l'un l'autre" ou "Si on aime, on ne pos­sède ni le corps ni le cœur de l'autre…"  Ce qui n'empêche pas de trou­ver au détour d'une page quelques frag­ments qui sonnent comme une maxime : "Mieux vaut s'adresser à dieu en direct, sans inter­mé­diaire : nous n'obtenons pas davan­tage de réponse mais nous gar­dons notre digni­té" ou comme une trace de sagesse : "La crainte du bon­heur avive /​ les vieilles dou­leurs par­se­mées /​ de blet­tis­sures enfouies"… Qui sont de vrais plai­sirs de lec­ture.

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