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Paysages et personnages

Par |2018-08-17T13:21:25+00:00 11 janvier 2013|Catégories : Critiques|

Né au Québec, Jacques Rancourt vit à che­val sur l’océan. Parfois à Montréal, sinon du côté de Paris. Poète, auteur d’essais et d’anthologies (très remar­quées, sur les poé­sies des Antilles par exemple), tra­duc­teur, l’homme a le cœur et la poé­sie ouverts sur l’autre du monde. Et cela force le res­pect. Rancourt dirige d’ailleurs le Festival fran­co-anglais de poé­sie et l’excellente revue inter­na­tio­nale de poé­sie La Traductière. Sa poé­sie s’affirme très clai­re­ment comme volon­té d’interface entre les pointes d’une équerre et celles d’un com­pas. Une poé­sie qui réunit l’homme et le monde avec l’absolu. Et cela ne va pas sans humour car le poète n’ignore rien du jeu pré­sent en tous les « enjeux ».
Ses Paysages et per­son­nages se com­posent de huit ensembles se ter­mi­nant par une tabu­la rasa. On pense aux pay­sages musi­caux d’Arvo Pärt. D’autant que cela com­mence par Les étoiles du fir­ma­ment, ins­tances de l’aube, et s’élance dans l’exil d’une larme. Ce recueil est un très bel édi­fice dont l’ouverture est pleine d’un humour assez rare en poé­sie. Du moins, d’un humour réus­si. Car il existe de nom­breuses niai­se­ries aux pré­ten­tions poé­ti­co humo­ris­tiques qui n’amusent per­sonne. Comme Breton autre­fois, Rancourt n’ignore pas que l’humour n’est pas seule­ment drôle. Qu’il est fort sérieux. Où saine gra­vi­té. Rancourt parle de la pro­fon­deur de ce qui est :

Il ne faut pas bou­ger
le temps en silence
ramène l’éternité
au plus cœur de l’instant

Une poé­sie qui se lit comme les secousses ryth­mées d’un chant de l’origine, ou des ori­gines :

De longs espaces
Sépareront
A grands fra­cas

A grande dou­leur

A contre-courbe dans l’épaisseur du temps

On pense alors aux visions en spi­rale de Gilbert-Lecomte et à l’aventure du Grand Jeu, pour l’heure occul­tée. Interrogations sur ce que nous sommes. Et d’où nous venons.

Avant la connais­sance

C’était avant la connais­sance
il n’y avait que la genèse pour avoir eu lieu

encore était-elle juchée à bout de ciel
avec ses coqs à cuire et ses soleils de course

c’était à fleur de terre
à ras de marais

il était encore temps de replon­ger la tête
de renon­cer à com­prendre

qui sait la vie elle-même
serait peut-être pas­sée inaper­çue

Tout au long de la lec­ture de ce beau recueil s’impose une ligne de force poé­tique : l’intensité de l’instant est une néces­si­té ori­gi­nelle de l’homme. Et c’est dans cette inten­si­té qu’il y a de l’humain.
 

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