> Penser Maillée, de Murièle Modély

Penser Maillée, de Murièle Modély

Par |2018-08-18T08:25:49+00:00 6 septembre 2013|Catégories : Blog|

" J'use mes regards, je polis ma langue /​ Sur des corps fémi­nins satu­rés jusqu'à l'os ", écrit Murièle Modély dans Penser maillée paru aux édi­tions du Cygne. Voilà un recueil où le blanc de la page épouse en étreintes vio­lentes le suint des corps mor­dus, ravi­nés, déchi­rés. Ici, " l'amour n'est pas un mot" mais un ins­tinct bru­tal " écra­sé de soleil ". Un soleil dur et cou­pant comme la lave de l'île de la Réunion où est né l'auteur. Mais com­ment le dire avec [une encre indi­cible] ? L'alphabet aus­si est démem­bré et les sou­ve­nirs d'enfance ne sont que de " vieux restes ". Murièle Modély, comme Bernard Noël dans Extraits du corps, est un poète de la décom­po­si­tion. La langue qui écrit n'y résiste pas davan­tage que la langue qui fouaille. " Vais-je tota­le­ment fondre dans les terres qui m'ont un jour por­tée ? ", écrit-elle. L'univers de Murièle Modély, si mar­qué soit-il par la soli­tude des âmes mortes, ne s'en ouvre pas moins aux pro­messes de l'horizon. " L'azur ouvre les bras /​ Il t'offre des abeilles /​ Est-ce que cela fait mal /​ D'arracher tous les dards /​ De la tête du ciel ? " La dou­leur n'est jamais absente mais la volon­té de la cir­con­ve­nir consti­tue un rem­part contre la peur. " Ecrire des demains " devient pos­sible. Sous le signe des althéas et du cur­cu­ma, des com­ba­vas et des bada­miers, " des oiseaux jaunes et fous ". Il y a, on le voit, une cer­taine forme de lyrisme dans la poé­sie de Murièle Modély. Quand elle ne coupe pas comme un rasoir, elle s'étire en longues laisses dont seuls les auteurs ultra­ma­rins ont le secret. Scandées, tam­bou­ri­nées par un ka invi­sible. Parfois même, elle s'offre le souffle régu­lier mais tou­jours obsé­dant de l'alexandrin. " Si je saute en trem­blant du haut de la falaise /​ Si je m'arrache nue au pin sous mes orteils /​ Si je brave sans peur la pis­cine asti­cot /​ Si je lâche l'oiseau enca­gé sous ma peau /​ Deviendrai- je un trille /​ D'immédiat ruis­se­lant ? " Enfin, mal­gré la fuite de l'île et la néces­si­té de vivre ailleurs, la créo­li­té " emmielle" autant la peau du corps que la peau des mots, dans une sim­pli­ci­té nue, pour mieux recom­po­ser le maillage de la vie. " Mangé pour le coeur koz­man maillé /​ Dig dig ton zen­fant maille maille maillée /​ Kozman zoréole pen­ser maillée ".

Murièle Modély a publié dans les revues Traction-Brabant, Nouveaux délits, L'autobus… Elle tient le blog L'oeil bande qui est son ate­lier d'écriture. Elle y mitonne ses futurs livres pour notre futur enchan­te­ment car sa voix est à nulle autre pareille.

 Mailler : mêler, mélan­ger, emmê­ler

Mangé pou le coeur : nour­ri­ture de l'âme

Dig dig : cha­touiller

Kozman : par­ler, langue, lan­gage

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