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Personnages habitant l’air libre

Par | 2018-05-24T02:08:54+00:00 27 septembre 2012|Catégories : Blog|

   

               

                                  Le corps se parle, la vie se rêve.

 

 

 

Je ne sais trop com­ment cela a com­men­cé, mais je com­pris un matin que je pra­ti­quais l’art sans fard, l’art des inno­cents, l’art du récu­pé­ra­teur. L’art du peintre déla­by­rin­thé. L’art du pauvre. Je mis des taches de rouge et d’ocre ici et là sur le papier. Puis les visages vinrent me héler.

 

Leurs ques­tions, ils me les posaient  du pro­fond. Ils ris­quaient de mou­rir à chaque ins­tant Ils finirent par m’observer avec éton­ne­ment.

 J’aimais leur spon­ta­néi­té natu­relle, leur inco­gni­to. J’aimais leurs cris sin­gu­liers, leurs corps bri­sés en mor­ceaux.

 

 

Mon corps est un trou. Un œil. Une ser­rure. Tout com­mence en moi.

Le ciel, les étoiles.

 

Les pas­sa­gers du pro­chain train pour Paris. L’illumination déjà ancienne de la nuit noire. Je marche au bord du ruis­seau.

La roue châ­trée est venue du soleil vieillis­sant.

 

 

 Qu’est-ce que je fais ?

Je marche. Je marche vers un monde meilleur. Vous m’observez ? Je marche.  « Chez moi, comme l’écrit Michaux, on ne va pas vers le riche. »

Oiseaux, mes rêves d’enfant, secou­rez-moi de vos ailes. La nature est mon domaine, mon pauvre triomphe. Je m’abandonne au vent.

 

 

 

Peintures. Quand je com­mence à peindre, il appa­raît sou­vent sur ma feuille de can­son une tête écla­tée, rognée… Allez savoir pour­quoi ! C’est peut-être parce que tout va mal.

Clown au pay­sage déso­lé. Visage de l’arbre aux oiseaux. Le corps humain consti­tue un secret : il ne cesse sous le pin­ceau de se libé­rer.

 

 

                   

 

L’exclusion des autres, on ne peut pas la des­si­ner. Ils sont der­rière le buis­son de feu à nous regar­der. Ils nous disent qu’ils ont livré bataille contre la soli­tude. Aujourd’hui ils n’en peuvent plus. Ils acceptent que per­sonne ne les voie, que per­sonne ne les entende. Ils ont un sen­ti­ment de vie mêlé à l’effroi de la mort.

 

Je suis un homme qui cherche ses per­son­nages à l’endroit où per­sonne ne les voit. Déjà, enfant, je trou­vais des visages dans les pierres des murs, des oreilles dans les souches de vigne. Petit Pan était un galet rond, aux yeux creu­sés par les pluies. Mes per­son­nages, je les appe­lais,

   

 

je les nom­mais. Rose de novembre, Machicoulis la Pensée, Grosse courge ou Tam-tam l’Indien… Oui, oui, me disaient-ils, quand tu gran­di­ras, tu fou­le­ras au pied tous ces idéaux de paco­tille… Devant toi, tu n’auras que le silence. Et tan­dis qu’ils me par­laient, je me plon­geais dans les délices du rêve.

 

Il m’arrive sou­vent de cher­cher des boites de conserves écra­sées par les voi­tures. Celle-ci brillait sur la terre bat­tue du par­king. Je pen­sais à la bouche d’un homme qui s’ouvre. Je lui dis :

-Parle ! Mais parle donc !

Mais per­sonne ne me répon­dit et je conti­nuai ma quête pas­sion­nante des visages.

 

Mes per­son­nages ont sou­vent des visages gri­ma­çants. Je fais les ombres à la chi­co­rée d’un doigt qui glisse sur le papier.  Puis j’essaie de tirer sur leurs traits. L’eau donne nais­sance à des foules infi­nies. Moi, œil, nez, bouche. Dessine. Griffonne. Il appa­raît ton visage. Lentement, de ce côté, sur le papier.

  

 

C’est moi. Je joue avec le matin. J’ai esca­mo­té la blan­cheur de mes mains. Je suis dis­trait ? Vous avez vu juste ! Je regarde si les Scabouns sont tou­jours dehors. Ils ne m’aiment pas. Ils me trouvent trop rigide. Ils pré­fèrent applau­dir le cava­lier qui passe. Trop haut pour moi ce che­val flam­bé de soleil.

 

 

 

                             

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