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PERSONNE DANS LE GRENIER

Par | 2018-05-23T20:46:57+00:00 10 septembre 2012|Catégories : Blog|

 

Il n’y a per­sonne dans le gre­nier
je le sais
car un toit en fer brû­lant est au-des­sus de nous,
le por­teur argen­té du ciel,
et nous n’avons point de gre­nier.
il y a tant d’objets
qui défi­nissent d’une façon pra­tique l’absence.
du gre­nier
de la mai­son.
du monde.
un son plat som­nolent se répand dans la chambre
comme si des loirs s’étaient fau­fi­lés dans le gre­nier, mais
je l’ai déjà dit,
il n’y a pas de gre­nier.
il ne nous reste plus de rivage. les points forts ont
ren­du leurs murs.
demain, je pas­se­rai trois cents
coups de télé­phone dif­fé­rés,
depuis long­temps je ne peux
sup­por­ter la fami­lia­ri­té ver­bale.
je me suis mis à regar­der Fitzcarraldo
pour la qua­trième fois. là j’ai appris com­ment
on pou­vait trans­por­ter des bateaux sur une col­line
et qu’il n’était pas néces­saire d’être vain­cu
pour se sen­tir mal,
d’autant plus que
les jour­nées plu­vieuses disent
l’inverse.
Kinski est, paraît-il, le meilleur.
des bobines parlent une langue bri­sée avec Jagger.
il n’y a pas de rai­son pour le silence
et per­sonne ne doit être accu­sé :
je ne reçois pas de cour­rier, la pub ne me contourne pas,
(le capi­tal est un bon­net
de nuit pour les che­veux
par­fu­més du monde)
le café n’est jamais assez chaud,
de même que les infor­ma­tions, jamais assez de nou­veaux disques
et jamais assez de clas­siques bruis­sants
tout est une gigan­tesque
flaque tiède d’angoisse.
en géné­ral des objets défi­nis par l’absence me font peur.
par exemple la soli­tude (d’une façon condi­tion­nelle),
la reli­gion (et son affreuse absence de l’autre)
la mort (d’une façon incon­di­tion­nelle) et tout
ce que je pour­rais en tirer est de l’amour momen­ta­né,
la signi­fi­ca­tion enfi­lée sur la pluie,
goutte
qui fait débor­der phy­si­que­ment le verre.
il n’y a per­sonne dans le gre­nier.
il n’y a jamais eu
per­sonne dans le gre­nier.
le gre­nier n’existe pas et tout ce qui est sus­pen­du
au-des­sus de nos têtes est une immense balan­çoire étoi­lée,
un ber­ceau de musique, un drap obs­cur
de ciel dont je me
couvre toutes les nuits pour dor­mir.

 

tra­duit du croate par Vanda Mikšić, Brankica Radić
 

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