> Peter Huchel, La tristesse est inhabitable

Peter Huchel, La tristesse est inhabitable

Par |2018-11-19T10:47:40+00:00 3 août 2012|Catégories : Critiques|

La nature est omni­pré­sente dans ce recueil. Elle l’a été dès la petite enfance de Peter Huchel et les sou­ve­nirs sont nom­breux, dans ses textes, notam­ment ceux de la ferme où il a vécu avec sa mère malade.

 

Ouvre la porte
  de l’étable se mêle
À l’odeur lac­tée des étoiles

(extrait du poème inti­tu­lé Ferme Thomasset)

Emmanuel Moses, dans sa pré­face, dresse la liste des pay­sages qu’apprécie par­ti­cu­liè­re­ment le poète : ils se trouvent au sud de l’Europe (l’Italie, la Grèce) ou à l’ouest (la Bretagne, l’Irlande, l’Ecosse). Ils sont faits de soleil ou de brume. Il explique que les élé­ments de « l’eau (pluie, neige, mer, étang, ruis­seau, fleuve), de l’air (ciel, nuages, brumes, brouillard), du feu (feu des ber­gers, feu de cam­pe­ment, feu de cui­sine), de la terre (terre, boue, argile, sable), se mêlent au miné­ral, au végé­tal et à l’animal […]. Les quatre élé­ments, le monde miné­ral, ani­mal et végé­tal consti­tuent le poème mais ils res­te­raient inertes sans la ver­tu révé­la­trice de la méta­phore. » La méta­phore par­vient à dévoi­ler ce que le lan­gage com­mun n’atteint pas. Elle tente tout au moins de le faire. Le mys­tère ne reste-t-il pas entier ?

 

je mour­rai,
sans avoir appris
l’alphabet de l’éclair,

 

écrit Peter Huchel dans le recueil inti­tu­lé Jours comp­tés.
Et plus tard, dans La Neuvième Heure :

 

Ce qui est caché sous
les griffes des rochers,
l’ouverture vers la nuit,
l’angoisse de la mort
enfon­cée dans la chair comme du sel qui pique.

Laissez-nous des­cendre
dans la langue de l’ange
vers les briques cas­sées de Babel.

 

Ces vers sont char­gés d’Histoire, de mythes, de textes sacrés, d’alchimie. La nature de Peter Huchel n’est pas inha­bi­tée.

Le recueil regroupe des poèmes de Gedichte /​ Poèmes (1948), Chausseen, Chausseen /​ Chaussées, Chaussées (1963), Gazählte Tage /​ Jours comp­tés (1972) et Die Neunte Stunde /​ La Neuvième Heure (1979).
 

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