> Philippe Mathy : Les Soubresauts du temps

Philippe Mathy : Les Soubresauts du temps

Par | 2018-05-26T09:57:37+00:00 18 novembre 2015|Catégories : Critiques|

Ce recueil, qui com­mence par une sec­tion « Cendres » et se place sous les aus­pices de Henri Thomas, est un livre de poé­sie tran­quille, avec une dimen­sion auto­bio­gra­phique et une dimen­sion de pré­sence au monde plus uni­ver­selle, cha­cune étant comme le calque de l’autre. C’est un iti­né­raire fait de brefs poèmes en prose, qui part des sou­ve­nirs de l’enfance émer­geants dans l’hiver pré­sent, qui se pour­suit avec l’évocation (très ellip­tique) d’un amour en Cornouaille (p. 44), pro­lon­geant des nos­tal­gies plus loin­taines, celles du Katanga-Kivu et celle du ver­ger de Saint-Denis (p. 61), et qui se ter­mine avec le pré­sent et ses sou­ve­nirs récents : un bref retour en Cornouaille (p. 97) et l’élévation de l’amour humain à une sorte d’amour céleste (p. 98). Pour accom­plir une sorte de tri­ni­té poé­tique : la com­mé­mo­ra­tion et la trans­na­tu­ra­tion de l’amour sont pré­cé­dés par la for­mu­la­tion d’un d’Art Poétique, d’un com­ment j’écris, qui est pour nous une indi­ca­tion sur le com­ment lire (p. 85) :

 

Couché dans l’herbe, res­pi­rer la plage du ciel. Fermer les yeux ; être atten­tif à la cas­cade inco­hé­rente et douce d’images qui s’écoulent. Elles sont fraîches, fugaces, nous invitent sur un che­min plus étroit que le som­meil ; elles nous entraînent à nous réveiller un peu plus loin. 

 

C’est une poé­sie tran­quille, on l’a dit, que nous pro­pose Philippe Mathy, à la pro­so­die jamais enfié­vrée, mais qui est par­fois douée d’une sorte d’érotisme latent (p. 35, p. 49), dont la per­mis­sion d’interpréter « amou­reuse » se for­mule ailleurs avec fuga­ci­té et modes­tie (p. 51, p. 58).

C’est aus­si une poé­sie de mar­cheur silen­cieux, de médi­ta­tif arrê­té près de l’arbre (debout ou tom­bé), près des oiseaux, des nuages et des insectes.

Est-ce dans l’été d’Europe, est-ce en Afrique ? Divers pays de poé­sie semblent se mêler dans « les plis de sou­ve­nir » comme dans les « éplu­chures de soleil » de ce recueil par­fois vivant de l’étrangeté d’un songe angé­lique :

 

Le jar­din semble fer­mé. Les arbres sont dres­sés, ten­dus comme des arcs, flèches sur les voiles sombres d’un ciel age­nouillé. Aucun bruit pour déchi­rer le silence, brû­ler d’un cli­que­tis d’étoiles la porte lourde de la nuit, réveiller les voix clouées dans la mémoire.

Je vais dans ce silence, avan­cée douce d’un chat jusqu’à la paix de son som­meil. Promenade au jar­din, dont on revient comme d’un rêve, jusqu’aux murs de la mai­son cimen­tés de réel. 

 

Cette sacra­li­té modeste de la poé­sie de Philippe Mathy joue sou­vent avec le rêve, comme le ferait le silence d’une fresque. Comme la sim­pli­ci­té mys­té­rieuse d’un des­sin appuyé sur un « mur » (mot qui revient sou­vent dans le recueil, non sans signi­fi­ca­tion pro­fonde, sans doute).

Sur un point seule­ment j’aimerais pour ma part un éclair­cis­se­ment tech­nique : le terme de « sou­bre­saut », dans le titre, ne semble ren­voyer dans le recueil à aucun champ séman­tique cor­res­pon­dant. Image rési­duelle aban­don­née ? Mystère dans le mys­tère ?

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