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Pierre Assouline à côté de la plaque

Par |2018-11-21T19:07:05+00:00 14 février 2014|Catégories : Blog|

Le poète Michel Host répond à mon­sieur Assouline
Au sujet de son alma­nach mon­dain[1]

 

Qu’on me par­donne de me mettre en avant à pro­pos d’une publi­ca­tion, mais je suis dans le texte : lais­ser sans réplique la sot­tise, le men­songe et la calom­nie n’étant pas mon genre, une fois encore je dois par­ler du Prix Goncourt après avoir publi­que­ment juré de ne plus jamais le faire (Sud-Ouest dimanche, le 27/​X/​2000).  Monsieur Assouline m’en four­nit le pré­texte qui, dans son récent non-livre « Du côté de chez Drouant », se fait ses dents gâtées sur ma per­sonne (et sur quelques autres) – cin­quante l’avaient déjà fait avant lui – dans les termes sui­vants :

« 1986.  Un débu­tant incon­nu, très dis­cret pro­fes­seur d’espagnol du nom de Michel Host, rem­porte le prix pour Valet de nuit. Son édi­teur, Grasset, qui exerce alors une cer­taine domi­na­tion sur le jury, a fait lar­ge­ment savoir que l’auteur est gra­ve­ment malade et qu’il y a urgence à le dis­tin­guer… Les ventes aus­si seront dis­crètes : 70 000 exem­plaires. Après, il se fera de plus en plus dis­cret, pas­sant d’un petit édi­teur à un autre, deve­nant si confi­den­tiel qu’il en sera oublié. Ce qui est par­fois ter­rible dans cette comé­die lit­té­raire, c’est de sai­sir dans l’instant que non seule­ment un prix peut être décer­né par erreur, mais que l’auteur n’aura même pas la chance d’un « Guy Vaseline » (enten­dez Mazeline) pour pas­ser à la pos­té­ri­té par contre­coup avec « son bou­quin pom­ma­dé » (lisez : Les Loups), dixit Lucien Descaves, grâce à Céline le reca­lé glo­rieux. Michel Host n’en a cure et offre une clé pour déco­der : selon lui, la fable Le renard et les rai­sins est sans doute celle qui rend le mieux compte des enjeux d’un prix tel que le Goncourt ! On com­prend que celui-ci l’aura autant encou­ra­gé que per­tur­bé. À pro­pos, que disait La Fontaine ? – Citation : « Certain renard Gascon, d’autres disent Normand […] Fit-il pas mieux que de se plaindre ? »

Nous avons ici une lourde cui­sine du vrai et du faux, rele­vée à la sauce infa­mie, et un clair exemple de cette médiocre suf­fi­sance mêlée de mépris qui fait l’originalité de mon­sieur Assouline et imprègne les quelque 200 pages de son vain ouvrage. À mon pro­pos (comme à celui d’autres qui, décé­dés, n’ont aucun droit de réponse):

Le vrai :

Ma mala­die était réelle. Dès mes pre­mières publi­ca­tions j’avais deman­dé à ce qu’elle ne soit pas men­tion­née : c’est pour moi ter­rain pri­vé. Qu'Yves Berger l'ait uti­li­sée auprès du jury, je l'ignorais mais suis enclin à le croire. Informé de ma mise en dia­lyse le 9 novembre 1986, il avait pour­tant deman­dé expres­sé­ment à ma com­pagne,  de "ne sur­tout pas en par­ler à la presse ». Qu’il en ait lui-même par­lé aux jurés, ce serait bien dans la tac­tique édi­to­riale du temps, et de tous les temps. Ces jurés étant pour la plu­part décé­dés aujourd’hui : que pen­ser ?

Ma dis­cré­tion : elle fut et reste volon­taire, assu­mée. L’oubli ? Il n’est que rela­tif, et c’est celui d’une presse lit­té­raire enco­pi­née, ignare, incu­rieuse et inces­tueuse. L’oubli où gît mon­sieur Assouline, quant à lui, a com­men­cé avant qu’il n’écrive sa pre­mière ligne.

Mon état d’inconnu ? Aurais-je dû avoir assas­si­né ? Gagné le Tour de France ? Et que sou­hai­taient donc les Frères Goncourt ?

La fable "Le renard et les rai­sins" : je l'ai citée, à bon droit je pense, au sujet des cha­cals qui se jetèrent sur moi immé­dia­te­ment après l'obtention du prix, fai­sant mine de le mépri­ser, mais en véri­té affreu­se­ment contra­riés, affa­més, jaloux et envieux. J'ai excep­té de cette chien­ne­rie pari­sienne les seuls Yann Queffélec (qui l’avait obte­nu déjà) et Pascal Quignard, très "sport" et cour­tois, qui l'obtiendra peu après. Un brin d’élégance ne nui­rait pas à mon­sieur Assouline.

Le faux :

Mes « petits » édi­teurs ? Selon moi, il n'est que des édi­teurs, même et sur­tout ceux que mon­sieur Assouline méprise (les B. Dumerchez, L’Escampette, Maren Sell, Rhubarbe, L’Atlantique étant les miens) et c'est non moins objec­ti­ve­ment faux en ce qui me concerne, car ceux qu’il voit comme « grands », mais veut igno­rer à mon sujet, sont Grasset, Fayard et Hermann. La mise en cause est sans impor­tance réelle, mais qu'a à faire un Assouline de faits véri­fiés.

Les chiffres de vente de Valet de nuit, sont pour lui le vrai cri­tère de qua­li­té d’un roman : 70.000 dit-il. Ce fut plus du triple (Certifié par l’éditeur  et les Huissiers de Justice Tapin, Salmon et Roby-Salmon, le 25/​I/​2000. Par mon per­cep­teur aus­si.) Certes pas un Goncourt à la Marguerite Duras, mais enfin… Qu’on ne voie pas ici de contra­dic­tion : je dois par­ler chiffres puisque l’on m’en parle. Le recours aux huis­siers est dû à ce que M. François Nourissier, sans doute dimi­nué déjà, et abu­sé par les rumeurs, fit état dans Madame Figaro (le 6/​XI/​1999)  du « plus mau­vais tirage de toutes les années [qu’il ait] connues… », me por­tant ain­si un tort consi­dé­rable auprès des milieux de l’édition, ce qui était un comble pour un roman­cier membre du jury, qui mieux que per­sonne savait comme il est dif­fi­cile d’écrire, de publier, etc. Il me fal­lut pro­cé­der par voie d’huissier pour obte­nir un droit de réponse dans Madame Figaro, le 29/​I /​2000. Monsieur Assouline me contraint donc à des­cendre à son alti­tude, au ras du sol, car de ces chiffres faus­sés il tire la consé­quence que le prix m’a été « décer­né par erreur ». J’en conclus que son mépris est sans faille pour un jury qui, si l’on suit son rai­son­ne­ment, ne cou­ron­ne­rait un roman­cier qu’en fonc­tion de ses « ventes » escomp­tées. Venant d’y faire son entrée, il n’ignore pas qu’il est membre désor­mais d’un club de maqui­gnons de la lit­té­ra­ture. Mais avec lui, on ne des­cend jamais assez bas.

L’infâme, main­te­nant :

Son insi­nua­tion au sujet de "Guy Vaseline", passe par Lucien Descaves.  

Monsieur Assouline pro­cède ain­si, par réfé­rences qui ne lui appar­tiennent pas. C'est une lâche­té. Petite, à son image. Cette vase­line, qu'il se la mette lui-même là où je pense, je n’y met­trai pas le doigt : les éloges qu'il croit méri­ter pour ses écrits médiocres n'en glis­se­ront que mieux. Quant au rap­pro­che­ment avec les années 30, il serait sans doute à médi­ter plus lon­gue­ment. 

Mon avis est que l’almanach mon­dain Du côté de chez Drouant n’est qu’un tis­su de ragots, hors de la lit­té­ra­ture, consa­cré à ses seuls effets sociaux, à ses à-côtés ger­ma­no­pra­tins, du papier à mettre à la cor­beille. L’auteur aime à tout rame­ner à sa mince dimen­sion. Il ne lit pas les livres : pour­quoi le ferait-il ? M’étant un jour éton­né de ce qu’à pro­pos d’une de mes publi­ca­tions il ne trou­vait à cri­ti­quer que le fait de n’avoir pas men­tion­né le prix Goncourt (une véri­table obses­sion chez ce mon­sieur !), je lui avais repro­ché à mon tour de ne lire que les 4es de cou­ver­ture. Bien à tort, j’avais pré­su­mé de ses capa­ci­tés, on ne peut lui deman­der de pareils efforts : « C’est ma façon de lire », m’avait-il répon­du. Ce qui me réjouit, c’est que membre du jury Goncourt désor­mais, notre écho­tier va devoir faire sem­blant de lire. Tout comme Giono, en somme, mais sans la classe ni le talent.

Michel Host. Février 2014

 

 

[1] Pierre Assouline, Du côté de chez Drouant, Gallimard /​ France Culture, sep­tembre 2013,  213 pp., 16,90€.

 

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