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Poèmes celtaoïstes de Paul Quéré

Par | 2018-02-19T12:32:00+00:00 22 avril 2014|Catégories : Blog|

     Celte et taoïste. Le poète Paul Quéré (1931-1993) l’était incon­tes­ta­ble­ment, un peu à la manière de son ami-écri­vain Kenneth White. Une façon pour lui de rendre compte de cette confron­ta­tion entre, d’une part, la puis­sante nature de l’Extrême-Occident  et, d’autre part, la démarche propre au taoïsme d’acquiescement à ce qui vient, dou­blé d’une forme de recherche spi­ri­tuelle au contact d’une nature omni­pré­sente.

     Pour Paul Quéré, la baie d’Audierne fut le lieu de cette explo­ra­tion, « lieu uni­ver­sel, à la fois réel et ima­gi­naire où il put enfin ancrer ses inter­ro­ga­tions », affirme Marie-Josée Christien dans la pré­face de l’anthologie qui lui est consa­crée. « Je suis un scep­tique mys­tique à défaut du nihi­liste gai que j’aime en Kenneth White, mon frère de lait, affir­mait Paul Quéré.

     Voici donc réunis, grâce aux efforts d’amis poètes, les textes majeurs de l’auteur bigou­den, poète et potier, pour tout dire « poè­tier », comme il le disait lui-même, au lieu-dit Bodérès en Plonéour-Lanvern où il tra­vaillait en com­pa­gnie de sa femme Ariane.

     On trouve de tout dans ses poèmes cel­taoïstes. Les textes les plus obs­curs côtoient les énon­cés les plus lim­pides. Ici l’auteur peut écrire, ren­dant son lec­teur un peu per­plexe, que « l’érosion alchimique/​des sta­tues fabulées/​mutile l’incroyance ». Là, il nous dit avec une sim­pli­ci­té de bon aloi que « les fon­taines noyées dans la folie des herbes/​ont à jamais per­du la parole/​des pierres ».

    Paul Quéré pou­vait aus­si bien flir­ter avec les canons du sur­réa­lisme (façon Yves Elléouet ou Yves Tanguy) qu’entonner, à la manière de Xavier Grall, le chant d’une Bretagne « réin­ven­tée ». Certes son Breizh atao se mue volon­tiers un Breizh ha tao. Mais un pro­fond amour de son pays – et plus par­ti­cu­liè­re­ment de ce coin de Bretagne où il vit – trans­pire, quoi qu’il en soit, dans la majeure par­tie de ses textes. « Bretagne des broussailles/​Bretagne aban­don­née ». Et il n’hésite pas à s’enflammer quand il évoque « le Breton, voya­geur mythique, clo­chard trans­cen­dan­tal keroua­co-whi­tien ».

      Amour d’un pays. Mais aus­si amour de la femme. Du corps de la femme. Les deux pas­sions se conjuguent sou­vent. Pour le dire, Paul Quéré n’est jamais avare des mots du sexe. Ainsi le voit-on évo­quer  la « pilo­si­té pubienne de la cam­pagne », « le sable du cli­to­ris » ou « l’encre sémi­nale » sans par­ler des orgasmes qui ponc­tuent cer­tains de ses textes.

         Son œuvre de poète et de peintre reste encore lar­ge­ment mécon­nue. Paul Quéré était un artisan/​artiste. Il s’autoéditait et avait lan­cé des revues poé­tiques « bri­co­lées » à la poè­te­rie (Ecriterres, Le nou­vel Ecriterres…) dans les­quelles il réunis­sait des textes d’auteurs qu’il aimait. Au-delà d’être un poète, Paul Quéré eut le don de don­ner la parole aux autres. Une démarche qui lui vaut ajourd’hui cet hom­mage.                                                                                                       

                                                                                                             

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