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Poèmes de Syrie

Par |2018-10-21T08:08:22+00:00 11 juillet 2016|Catégories : Blog|

« Les bombes tombent comme de la pluie. Sans tra­vail, sans res­sources, sans eau, sans sécu­ri­té, pri­vés de toute pitié espé­rée et du secours atten­du de l’Occident chré­tien. »

 

 

                                                                                                                                                                                                                             Alep, août 2015

 

 

Hurlements sirènes
la nuit s’est abat­tue sur la peur d’Alep
et la soif et la mort
ont pla­qué leurs masques sur les regards
les lampes se sont éteintes
le soleil s’est réfu­gié dans les cailloux
Sans fra­cas les enfants d’Alep
se fau­filent entre les brû­lures
venues du ciel
le sou­ve­nir de l’eau
écar­quille les gorges écourte
les rues où fleu­rissent de petits cer­cueils

D’où nous sommes
nous avons déjà oublié
la mémo­rable Hellab
à peine dis­tin­guons-nous des mots
des­cel­lés de leurs sens
des mots qui ne disent plus rien
à cause de l’étrange musique
ruis­se­lant sur nos écrans
qui efface la ligne du temps

Voilà Alep
à la blan­cheur de lait
deve­nue ce loin­tain mou­roir
sans fin ni com­men­ce­ment

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

« On cherche à détruire, nous cher­chons à bâtir. On cherche à nous expa­trier, nous lut­tons pour res­ter. En bref tout ce que nous atten­dons c’est la Paix et nous vou­lons bâtir pour res­ter. »

 

 

 

 

Qui s’approcherait de Maamoura
enten­drait sur­gis de ses murs
de brique et de chaux
des mots mys­té­rieux
enchâs­sés dans une ronde joyeuse  
salam salam
le bruis­se­ment de l’oasis
sug­gère les jeux d’enfants
et dans les jar­dins qui rou­geoient
le voya­geur déchiffre le chant
que pro­page un vent léger
salam salam salam

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

« Nous ne vou­lons pas de vos visas, nous vou­lons la paix. »

 

 

 

 

 

                                                                                             Kessab, août 2015

 

 

 

Quel est ce trem­ble­ment de terre
la nuit à peine ache­vée
quelle est cette mort tom­bée du ciel
qui éventre champs et jar­dins
et ce bour­don­ne­ment conti­nu
que nous adresse la mon­tagne
qu’annonce-t-il qui dérobe
le silen­cieux salut de nos forêts
Mon Dieu pro­té­gez vos enfants

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

« L’Etat isla­mique a emme­né mon papa et je ne sais pas où il est. »

 

 

 

                                                                                             Qafroun, août 2015

 

 

Le rebond
d’un bal­lon
à Qafroun
et c’est l’été recom­men­cé
(comme on le vou­drait)
qui élar­git les cœurs d’enfants
à la proche forêt
au ciel jusqu’à eux
des­cen­du dans sa misé­ri­corde
avant qu’ils ne retournent
à l’enfer d’Alep

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

« Cette terre est la leur (aux chré­tiens). Notre iden­ti­té et notre uni­té sont détruites par ces départs. C’est la Syrie qui se meurt. »

 

 

 

                                                                                                         Alep, août 2015

 

 

 

 

Le ciel a feu­lé
la terre se sou­lève
le cœur bat dans le ventre
lumière grise comme après
un feu de feuilles
la rue sans bou­ger

Poèmes de Syrie

Par |2018-10-21T08:08:22+00:00 31 janvier 2014|Catégories : Blog|

 

A LA PLEINE LUNE

 

A toi
Qui m’as tuée en ce temps-là
Et que j’ai tué en ce temps-là
Temps de tue­rie
Ce temps-là

Viendra-t-il cet ins­tant où
Les yeux dans les yeux
Nous ver­rons que nous ne sommes que le reflet de notre regard
Qui dit : par­don
Rien d’autre
Pardon

Vois ce par­don dans mes yeux
Et filons
La lumière perce devant nous

 

Paris 4 sep­tembre 2013

كلَّما بلغَ القمر

إهداء :

إلى  الذِيْ قَتَلَني ذَاتَ زَمَانٍ
فَقَتَلتُهُ ذَاتَ زَماَنْ
وَفي هَذا الزَّمَانِ اقتَتَلْنَا
فَقُتِلْنَا
هَلْ لَنَا مِنْ لَحْظَةْ
تَلْتَقِي فِيْهَا العَينُ بِالعَينْ
لِنَرى أَنَّنَا لَـمْ نَكُن نُشْبِه إلا تِلْكَ النَّظْرَة
التي ما كَانَتْ تُريدُ إلا أن تَقُولَ:
سَامِحْنِي
سَامِحْنِي وانظُرْ في عِيني التي سَامحَتْك
وَلْنمضِ
مَعْبرُ الضَّوء أمَامَنَا 

باريس، 4 أيلول 2013

 

 

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pluie sur pluie
argile sur argile
et ma grand-mère qui tri­cote son récit
avec un fil de soleil
et un fil de lune
mou­lant ses mots
dans le mou­lin du vent
et les répan­dant
comme des étoiles

مَطَرٌ عَلَى مَطَرٍ
وَطِينٌ فَوقَ طِين
وجَدَّتِي تَغْزِلُ الحِكَايَةَ
بِخَيْطٍ مِنْ شَمسْ
وَخَيْطٍ مِنْ قَمَرْ
تطْحَنَ كَلِمَاتِهَا
بِـمِطْحَنَةِ الرِّيْحِ وَتَذْرُوهَا
نُجُومَاً
 

 

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pluie sur pluie
argile sur argile
elle tire la mer telle une plume
étale le vent comme une page
sèche le sel sur ses genoux
et enfante les nuages
de ses seins elle fait cou­ler des sources
moud la terre sur son nom­bril 
don­nant vie à l'herbe

مَطَرٌ عَلَى مَطَرٍ
وَطِينٌ فَوْقَ طِينْ
تشدُّ البَحرَ قَلَمَاً
وَتـَمُدُّ الرَّيْحَ صَفْحَةْ
تُجَفِّفُ المِلْحَ عَلى رُكْبَتَيْهَا
وَتَلِدُ السَّحَابْ
تُدِيرُ نَهْدَيْهَا يَنَابِيعَ
وَتَطْحَنُ التُّرَابَ فَوقَ سُرَّتِهَا
وَتَلِدُ العُشبْ

enivrés de la lumière ils per­dirent connais­sance
au son de bat­te­ment d’ailes
les branches des oli­viers les trans­por­tèrent
le lau­rier les tra­ça
tel un poème sur les pages du vent
les mou­lins les dis­per­sèrent
comme des mar­gue­rites sur les rives de l'Oronte
ils virent alors l'Histoire se bap­ti­ser dans l'Euphrate
avec le Tigre pour par­rain
c’est pour eux que le blé pous­sa dans le Nord
et sur le jas­min de Damas

سَكِرُوا مِنْ خَمرَة الضَّوْءِ وَغَابُوا
عَلَى لَحْنِ اصْطِفاَقِ الأَجْنِحَة
حَمَلُتهُم أَغْصَانُ الزَّيْتُونْ
وخَطَّهُم الغّارُ شِعْرَاً
عَلَى صَفَحَاتِ الرِّيحْ
نَثَرَتْهُمُ الطَّوَاحِينُ
أُقحُوَانَاً عَلَى ضِفَّةِ العَاصِي
وَتعَمَّدَ التَّارِيخُ فِي الفُرَاتْ
وَدجْلَةَ شَيْخٌ شَاهِدْ
نَبَتَ القَمْحُ مِنْ أَجْلِهِمْ فِي الشَّمَاَلْ
وَغَنَّى اليَاسَمِينُ فِي دِمَشقْ
 

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comme tu passes par moi
arrache mon crâne de ta tête
mon visage 
et ma robe tachée de sang
comme tu passes par moi
jette tes médailles sculp­tées sur mes os
ôte ta cein­ture de chas­te­té
et tes chaus­sures
comme tu passes par moi
donne tes cahiers de poé­sie au fleuve 
et ins­cris sur la tombe
je ne fus rien

عِنْدَمَا تَمُرُّ بِي
إِخْلَعْ جُمْجمتي عَنْ رَأسِكْ
وَاخْلَعْ وَجْهِي
وَالقميصَ الموشَّى بِدَمِي
عِندَمَا تَمُرُّ بِي
إِرْمِ بِنَيَاشِينِكَ الـمَنْحُوتَةِ مِنْ عِظَامِي
واخْلَعْ بِنْطَالَ عِفَّتِكَ
والحِذَاءْ
عِنْدَمَا تَمُرُّ بِي
إرمِ بِدَفاَتِر أَشْعَارِكَ إِلَى النَّهْر
واكْتُبْ عَلَى هَذَا القَبْر
أَنَّني لَمْ أَكُنْ شَيْئاً
 

tra­duit de l’arabe par Nabil El Azan

 

 

 

 

 

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