> POEMES EN SURSIS

POEMES EN SURSIS

Par | 2018-02-26T04:28:54+00:00 9 décembre 2012|Catégories : Blog|

 

Qu’importe après tout
Les mots des hommes un jour pas­se­ront comme neige
Il n’en res­te­ra trace si ce n’est
Ce cri déses­pé­ré dans l’espace et le temps
Ce cri sans mémoire

***

Il gra­ve­ra ses pauvres cris dans le vent d’hiver
Et nul n’y répon­dra que cet immense mépris
Plus froid que le vent
Plus lourd encore que le rocher de Sisyphe

Il n’y aura pas de répit avant le terme
Mais ce seul souffle sac­ca­dé et urgent
Cerné par le gel et qui ten­te­ra
Un mètre de plus encore et mal­gré tout
Pour por­ter la vie au plus loin de la vie
Même quand il se fait très tard
Même à l’heure défi­ni­tive

***

J’ose des mots qui ne résis­te­ront pas à l’usure
Moi  rien d’autre qu’un grain de sable dans l’univers
Grain de lumière qui s’évapore inexo­ra­ble­ment

L’homme n’est rien
Rien qu’une poi­gnée de main

***

Il n’y aura jamais
Jamais de calme après la tem­pête

Il n’y aura d’après
Que défi­ni­tif

***

Finalement
Il n’y a que peu de terre en nous

Et qu’importe le reste

Il n’y a que peu de terre

Ce peu impos­sible à étreindre

***

Qu’aurai-je de sens
Si ce n’est cette glaise
D’où je regarde
Trop peu
Le ciel immense ?

Il n’est de vrai que la déchi­rure qui nous relie

***

Le poème n’a besoin que de ce peu
Ce sang com­mun tout au fond de ton ventre
Ce sang qui s’incline vers la cendre

Le poème n’a besoin que de ce cri qui te pré­cède
Et te pour­suit comme une ombre

***

Et ce temps-là s’effaçait dou­ce­ment
N’était pas le temps
N’était que vaine attente
De la vie et du temps

***

Parfois on se dit
Qu’il faut du cou­rage
Même si on ne sait plus au juste pour­quoi

La peine n’a plus que le temps
De cet ada­gio lan­ci­nant de Barber
De ces notes arra­chées au silence

Et on ferme les yeux
On essaie de tour­ner la page
De ten­ter d’oublier qui venait t’enchanter
Et qui don­nait le sens

Parfois on se dit
Qu’il faut du cou­rage
Même si on ne sait plus au juste pour qui
Même si on ne sait pas ce que cela veut dire
Du cou­rage sans plus d’amour

***

C’est quand le silence te cerne
Sous un ciel sans soleil
Que tu parles au plus juste

Une ombre de prière se lève
Un seul oiseau témoigne de la pré­sence

***

Un jour j’oserai
Je vou­drais tant oser
Enfin à jamais
Inscrire mon néant

Ce silence plus vrai qu’un cri

***

Aurai-je le temps d’un poème
Aurai-je ce temps habi­té enfin
Des lueurs d’une aube
Loin du tumulte des cer­ti­tudes
Et des faux sem­blants

***

Que res­te­ra-t-il dans si peu
Tout au bout de l’impossible
Que res­te­ra-t-il de toi que ce que tu n’auras pas écrit
Jamais

Et le ciel ne sau­ra s’en sou­ve­nir
Ce ciel de gra­nit et de men­hir.
Et qui ose la parole que tu n’as plus

***

Et enfin au fond de soi
Oser ce vide qui borde le poème
De toute sa téné­breuse blan­cheur

Oser le feu
Le geste de pas­sage

***

Errer dans la ville
Donner son corps au pas
D’une parole à fleur de terre
Dans l’amertume lucide de la bière
Dans le tumulte de ton silence

***

Tu sais que la parole vient de loin
D’un pays étrange
Dont tu n’entends au juste la langue

Mais dont tu réper­cutes l’écho indé­fi­ni­ment
Tu sais que la parole vient de loin
D’un pays étrange
Dont tu n’entends au juste la langue

Mais dont tu réper­cutes l’écho indé­fi­ni­ment

***

Quel sens affleure ici
Qu’un brouillon de poème insen­sé
Pas même une voix
Juste le grain trop clair­se­mé

Alors que tu te blot­tis tou­jours plus
Vers un autre centre devi­né

***

Auras-tu le temps
De cette buée sur les vitres
Le temps d’un matin de prin­temps
Quand l’heure est arri­mée
A la poi­gnée de main
A l’odeur du pain chaud
Au rire d’un enfant

Auras-tu le temps un ins­tant
De prendre enfin le temps

Auras-tu le temps
De ton der­nier poème

***

Et après tout qu’importe la fin
Tu es venu ici-bas
Pour ins­crire ce qui naît

Tu es venu ici-bas
Pour vivre un court ins­tant
Ce qui n’a pas de fin