> Poèmes

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:16+00:00 16 février 2017|Catégories : Blog|

 (tra­duc­tion : Agnieszka Malinowska)

 

 

 

 

 

Débuts

 

 

 

 

Cela com­mence par des nœuds de rubans d’azur du genre :
sois mince. Cela com­mence par des écharpes de cou­leur

du type : garde la forme. Puis cela ne va
que de mal en pis. Sueur, sang et larmes. Lettres du front et, ô, ma

bien-aimée. Patrie, mort pour la patrie et ain­si de suite.
Donc tu cours. Tu avales tous ces débuts,

tu bois de l’eau. Tu poses sur la langue tous ces
débuts et bois de l’eau. Quitte enfin l’uniforme.

Accélère, ralen­tis, dévie du che­min pris.
Comprends enfin que tu ne fais la course qu’avec toi-même.

 

 

 

 

 

Le vide

 

 

 

Il paraît que dans la pers­pec­tive de la phy­sique nous sommes com­plè­te­ment
trans­pa­rents. Et il y a en nous plus de vide que de matière.

C’est assez amu­sant. Le vide ima­gine le vide.
Le vide va au maga­sin et demande trois kilos de vide.

Et ensuite se vide du vide. Le plus drôle
est le fait qu’après tout c’est un pur maté­ria­lisme, zéro

d’esprit. Mais de quoi par­lions-nous ? Ah,
je sais. Quelqu’un a-t-il vu mon verre ?

 

 

 

 

 

Fenêtre

 

 

 

Quant aux étoiles, en effet, j’aime les obser­ver.
Surtout après une jour­née comme celle-ci. Après une jour­née

chif­fon­née, comme un jour­nal frois­sé. Une fenêtre immense,
grande ouverte, me res­ti­tue à la matière.

Dans les registres bleus on ne trou­ve­ra pas de place
pour la que­relle de ce jour dans un office ni pour une gran­dis­sante

aver­sion pour son propre reflet dans la glace. Le jour­nal
se défroisse et se réduit à un point. Des mil­liers de points

blancs en tant que preuve de l’inutilité des actes
humains, écrire une telle dis­ser­ta­tion. Ou alors : Le mutisme

du ciel, ain­si que les avan­tages en décou­lant pour les plus
et les moins mal­heu­reux habi­tants de la pla­nète.

 

 

 

 

 

Langues étran­gères

 

 

 

Nos parents parlent le russe, nous – l’anglais,
et nos enfants ? Je parie qu’ils appren­dront

le chi­nois. Rien d’étonnant à ce que nous ne pou­vons
nous com­prendre. Même Marx ne pré­vit pas que les choses

pren­draient une telle tour­nure. Sans par­ler de Nietzsche
ou de Freud. Si l’on vient à par­ler d’eux, les choses

évi­dentes me paraissent les plus sus­pectes.
Par exemple l’association de l’acte d’écriture de poèmes

à la poé­sie. Ou du hur­le­ment de slo­gans natio­naux
– au patrio­tisme. Mais ce sont des détails.

Le plus beau est le moment où nous nous tenons debout devant
nous-mêmes et contre toute attente nous savons nous entendre.

 

 

 

 

 

Premier poème sur l’amour

 

 

 

Je nique les rues qu’essaient de s’approprier
les pro­mo­teurs bavants et les employés écer­ve­lés.

Je nique les copains qui s’annonçaient
être copains et qui m’exclurent ensuite de la copi­ne­rie.

Je nique les éta­gères dans mon petit appar­te­ment qui
plient sous le poids de théo­ries inutiles.

Je nique les sol­vants du sens et autres déter­gents
qui détournent l’attention des choses impor­tantes.

Je nique les idiots qui savent tout
sur chaque sujet, et les rou­blards au nez retrous­sé.

Je nique les lettres de moti­va­tion dans les­quelles je ven­dais
mon temps car il ne faut pas vendre le temps.

Je nique les grosses boîtes qui me niquent à chaque
pas, même quand je nique et quand je meurs.

Je nique l’église qui nique des enfants, bénit
des chars et pille la terre, cette terre.

Je nique les phi­lo­sophes qui créèrent Dieu et tuèrent
Dieu car le pou­voir d’un homme sur les hommes est infi­ni.

Je nique l’amour des gros et pesants romans d’amour
car le vrai amour fonce dans tous les sens.

Quoi encore ? J’aime et il m’arrive d’être insup­por­table.
Mais avant tout j’aime.

 

 

 

 

 

 

Empire du milieu

 

 

 

Quand on fit déjà le tour de toute la ville, on peut tran­quille­ment
faire demi-tour. C’est-à-dire arrê­ter de bête­ment regar­der autour de soi

et enfin obser­ver l’étiquette de cette belle
soi­rée. Mettre le décor à l’envers.

Chinois est le bis­cuit et chi­nois est le car­table.
Les soupes et les jouets. Penses-y, tout est chi­nois !

Chinoise est la police. Et l’art de la cen­sure.
Chinoises sont les croix aus­si. Et chi­noise est la Pologne.

Et alors ? La soi­rée est appri­voi­sée. La forme ? Sûrement pas
une épi­gramme. Ce n’est que main­te­nant que la route s’agrandit vrai­ment.

 

 

 

 

 

Niekłańska

 

 

 

Rue Niekłańska habi­tait jadis un sculp­teur.
Celui de Quatre Dormants et de la Statue de la Gratitude.

Il mou­rut, mais sa mai­son se mit à vivre sa propre vie.
Tout d’abord, y rési­daient des sculp­tures. Il paraît

qu’elles appa­rais­saient dans le jar­din encore long­temps après la mort
de l’artiste. Le jour, elles som­meillaient. La nuit, elles sor­taient

dans le quar­tier Saska Kępa. Et elles effrayaient. Elles chan­taient d’un homme fou
qui tua avec une hache toute sa famille.

Et puis, elles lan­çaient sur les pas­sants des canettes
de bière et des pré­ser­va­tifs. Rien d’étonnant

à ce que quelqu’un finit par ordon­ner de démo­lir la mai­son. Maintenant
y est éri­gé un bâti­ment moderne, un immeuble de bureaux ou

une rési­dence.  Ses murs sont blancs comme un os.
Et on ne sait pas à quoi on peut s’attendre de lui.

 

 

 

 

 

Je m’arrête

 

 

 

Je m’arrête. Un quar­tier étran­ger me regarde
indif­fé­rem­ment. D’autres que moi ima­gi­nèrent ici

on ne sait pas quoi. Un kios­quaire lutte contre
son cade­nas et sa ciga­rette. Une fleu­riste vide

dans la rue un seau d’eau. Et alors c’est tout ?
C’est tout. Je ne dois vrai­ment plus rien. 

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:16+00:00 23 novembre 2016|Catégories : Blog|

tra­duc­tion : Colette Salem

 

 

Ils étaient par­fois Caïn
Et par­fois Abel. Eux-mêmes
Ne s’y recon­nais­saient plus.

Alors le bon Dieu se sou­rit in pet­to
Et les merles pico­rèrent leurs mains
Au repos sous l’arbre de la connais­sance.
Comment pou­vaient-ils les connaître

Si Caïn met­tait les mains de Jacob
Et Abel – la voix d’Esaü [1] ?
Quand je les ren­con­trai,

Je ne sus, moi non plus,
Les dis­tin­guer à l’ombre du miroir, à mon image.

 

 

 

***

 

 

 

Ta douce voix me tra­verse telle
Une moelle épi­nière, et sou­tient le monde.
C’est vrai, les Titans cognent encore dans ma paume
Mais je me gomme
Pour te les cacher,

Ainsi que ma plainte contre le monde,
Afin que l’écume de mon vécu n’arrive jusqu’à toi.
L’arbre du désar­roi me sépare de toi,
Et que je sois ta mère.

Cela je l’enfouis dans le casier débor­dant de mon cœur.
S’il ne tenait qu’à moi, monts et col­lines s’araseraient
Devant toi et les tem­pêtes fui­raient
Se cacher dans une bou­teille.

Certes j’épands mon amour à tes pieds.
De toute façon il pèse sur tes jours
Comme la valise d’un immi­grant.

 

 

 

***

 

 

 

Le mur du parc est détruit.
Entre échec et oubli sur­vint le gel,
Glaçant cœur et pétales trans­lu­cides des cro­cus.

Cette énigme-là
Par-delà la porte de verre, doit-elle être apprise,
Et le chat géant
Est-il  appa­ru ce matin en émis­saire

Pour annon­cer que tout est fable,
Que la dou­leur n’est que fable de la dou­leur,
Que le parc doit aimer la leçon
Et la ser­vir ?

 

 

 

***

 

 

 

Le jar­din silen­cieux enclot le secret de la pluie.
Comme en amour, il s’en imprègne tout entier.
Difficile de devi­ner l’été au cœur de l’hiver,
Et l’incertitude des branches aveugles à mon souffle
Chaud sous les pau­pières des feuilles.

Les bour­geons enrou­lés en boucles
Reprennent par moi leurs formes, sans effroi,
Et s’ouvrent à ce qui vient.
‘Suis-je un lieu ?’ demande le jar­din,
‘Derrière l’été, l’hiver ?

 

 

 

 

[1] Genèse 27 : 22-23

Jacob s’approcha d’Isaac, son père, qui le tâta et dit : ‘cette voix, c’est la voix de Jacob, mais ces mains sont les mains d’Esaü’

 

 

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:16+00:00 1 octobre 2016|Catégories : Blog|

Toi

 

Toi qui manques au jour comme la nuit au monde
Guettant son repos sous la lampe
Toi dont les yeux marchent au repaire
Humant le seuil de chaque vent
Toi qui effeuilles demain de tes doigts déta­chés
Vérifies et cales le sillage
Toi qui n’es pas, que j’invente
Mon com­pa­gnon ren­du
Mon épaule pro­mise.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Palmyre

 

 

 

Dans l’atelier presque nu
Le jeune méca­ni­cien inven­ta la pièce
Et dis­pa­rut
Poussant un pneu
Comme on dis­trait un cœur lourd
Par les rues larges à digé­rer une pri­son.

Au mur de l’oasis
Il faut être bien espiègle pour pas­ser
Ou l’enfant comme l’eau façon­nant son che­min.

Les hommes
Seuls
Talons agiles
Abritent dans leurs manches le savoir bru­ni.
Ils peuvent le soir lever la tête
Vers les mains des arbres s’offrant le der­nier soleil.

Là-bas, les ruines sont de nos rêves faites, debout.
Par leurs pores la terre roule sa fier­té de nous por­ter encore.

La brute ignore
Qu’en explo­sant
Le sou­rire des siècles rejoint la lune énorme
Qui tient les comptes.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Amour

 

 

 

Tu es le lar­mier de toutes mes façades
Viens, abri­tons-nous si seuls
L’orage attein­dra à temps la croupe de nos rires
et le revers de nos joues.
Sur la tienne je pose ma main, ligne de basse
qui sou­tire à tes ques­tions
leurs tor­sades
qui sème dans tes yeux
leurs alté­ra­tions.

Je vois que tu te penches sur ce tableau connu en y cher­chant ce qui te fait trem­bler.
Ecoute der­rière la pièce d’eau le passe-pied mas­qué et la grive qui l’espionne. Martèle encore un peu l’image et tes yeux riront eux aus­si.
Sur la grève pour Cythère on se hâte, mais s’il fal­lait res­ter ? Pour suivre d’un doigt brû­lant la courbe où au calen­drier tu mêlas les feuilles pleines, les fruits ramas­sés, les barques sou­daines et nos bras déli­cieux.

La bour­rasque pro­mise fait sou­rire les fenêtres. Je t’offre nos épaules au vent, péné­trant l’espace de gammes en ser­ments. Je t’offre la croi­sée ouverte sur le mur chaud où s’impriment, la veille en applique, l’appui de demain, l’impossible tou­jours.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Mon gar­çon

 

 

A mes fils

 

 

 

Mon frêle et gra­cile.
Mon gar­çon
Mon petit miel qui rit

Ma lec­ture innée
Mon som­meil de mois­sons
Mes sillons résu­més
Mon para­sol en bonds.

Je fais le ser­ment rose de faire se lever le soleil comme tu le veux : et tu tien­dras ma main.
Je fais le ser­ment roux de ne jamais m’incliner en bar­rière : et tu lâche­ras ma main.

Je veux être la mousse des forêts recu­lées, douce à ton pas curieux et nu de ter­reurs rési­duelles et puis­santes.

Je veux être la brume qui s’étiole à la proue de tes départs, par­fu­mant tes doutes de la sève du retour entier.

Je veux être la join­ture blanche de tes poings au haut des bou­le­vards où d’autres vont en pente, lorsqu’il fau­dra trou­ver la maille par où com­men­cer.

Je veux être, aux soirs des soli­tudes qui ne man­que­ront pas, la paroi qui t’investit d’un miroir pro­met­teur.

Je veux être le fili­grane dont tu dis­poses et que tu emportes par­tout.

Je veux que tu n’égares pas l’enfant lorsque sonne la fin des récréa­tions ; que, les pieds empê­trés dans le car­table du devoir, tu ravales les rages aux ave­nirs inutiles, que tu tiennes le regard hors des grilles, visant demain et son corps de dan­seuse.

Je veux que tu arraches à l’aube qui enfante

La pro­messe de ton dû et ta consé­cra­tion

Que tu forges ton été sans mesu­rer ton pas

Que ton enver­gure pai­sible résolve l’horizon.

Je veux que de tout cela tu me saches effa­cée.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Aux virages des ban­lieues
les talus laissent
flot­ter les mer­cre­dis verts et les herbes per­dues.

Les che­mins s'engagent comme des faits divers
entre les pis­sen­lits d'or et les pentes qui reviennent.
Le train s'annonçant comme s'il allait très loin
peine à convaincre la courbe qu'elle doit se déta­cher. 

Il y a des pères et leurs enfants, qui marchent.
Des sou­pi­raux sentent la les­sive.
On aime­rait que cela suf­fise.
Des nuages sont fron­cés, plus loin. 

Il va fal­loir par­tir, sans for­mu­laire,
Empoigner dans le cou­rage du vent
la rumeur morne et les corps iden­tiques
Pour ten­ter quelque chose qui aurait
Pur, mathé­ma­tique,
la sur­face argen­tée d'un arbre réus­si. 

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Pour ma fille

 

 

 

 

 

L’arpège conti­nu des temps jus­qu’ à toi
Lance sa main dans l’air
A l’heure sans hier
Juste l’ombre jeune au volet replié.

Il faut lais­ser entrer le soleil dans les mai­sons
Qu’il caresse les oiseaux posés là.

Tu sais, ou tu appren­dras, sur ta tige pen­chée, que les haut­bois des attentes
Vernis épui­sants, marchent par gra­dins sur les mélan­co­lies.
Tu en résu­me­ras le seuil en un seul pas qui claque
Et cela sera : une gui­tare, son che­min
L’herbe aux lèvres et le sou­rire aux dents.

Epouse des pétales du vent
Tu ouvri­ras les vannes et les miroirs qui grondent
Tes che­veux orne­ront la nuit et l’orbe blanc
Sans frein ta courbe rejoin­dra le ruis­seau gri­sé
Et tes cils en cou­lisse.

Affolée peut-être de tout ce qui ne vien­dra pas
Tu vibre­ras comme la corde au manche

Et tu cal­me­ras le cœur, flé­chette et tré­sor,
Qu’il laisse
La der­nière note mou­rir.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Rebours

 

 

 

La nuit ferme ses lèvres
Sur la coupe lais­sée par le der­nier dor­meur.
Par un pié­des­tal déro­bé nous fuyons son front
Les ères adve­nues
Celles qui ne com­men­ce­ront pas.

Des étoiles jumelles crient à l’horizon
Se déclinent savantes
Bien que per­cées sur le calque des vœux.

Si la voûte signait
Nous nous ran­ge­rions aux cou­leurs qu’elle verse
Les feuillages enfle­raient en un secret de fruits
Et sur les ponts la musique naî­trait
Comme l’honneur de l’aube au matin inédit.

Mais il faut peser l’illusion
Glisse la méca­nique
Sans son­ner se décale d’un cran
Ô par­tir mais où
Menteur, l’arrière-pays n’a gar­dé
Qu’une griffe seule accrou­pie et buvant
Le mince filet qu’on lui avait confié.

Cette sente mène aux racines maigres
Où l’homme raré­fié
Grignote sa cha­leur comme un bis­cuit de pirate.
Ni l’enclume ni la roue ne réclament leur dû.
La main qui se lance ne retom­be­ra pas.

Au cœur des antres, sous les val­lées, gisent des lettres, en tas.

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:16+00:00 1 octobre 2016|Catégories : Blog|

 

Demain

 

 

 

Que vive la beau­té
et la fraî­cheur ins­truite
de ces mys­tères
ces larges feuillages brillants
aux grands visages ouverts
doux de sou­rires aux fleurs
de tilleul en inno­cences par­fu­mées

demain aux heures du soleil ardent
nous revien­drons ici plai­der notre cause
juste et enten­due :
le par­fum d’été mon­tant de la terre
et enva­his­sant toutes ses fron­tières
et tous les détours de nos cœurs avides
encore pri­son­niers et réflé­chis­sant
leur libé­ra­tion
venue dans les forces
du prin­temps por­té
au sol­stice

attendre la lumière
qui revient encore
et bénir les jours
illi­mi­tés
où la plé­ni­tude de l’âge
berce le chant de la nais­sance

les voix
vives cou­leurs
des enfants
dis­per­sées dépa­reillées
leur cri unique et consti­tué
joie
appel immense

la nature folle
toute de joie et de sou­pirs
vient battre près de nos cœurs

la pluie sereine des longs espaces
et des grands jours
aux bains de clar­té
aux églan­tines
aux clé­ma­tites
aux gra­mi­nées

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Soir impré­vi­sible

 

 

 

astre des forêts et des nuits
belle âme de la lune
pâle et pur objet
blond lan­cé dans le noir
toi que voi­ci grande
au-des­sus du monde

une prai­rie aveu­glante
de chants d’insectes

le bord de mer avec toi
mon amour
et les galets lavés
les coquillages
res­ter au bord long­temps
où l’eau s’éloigne lente
là res­ter avec toi

que font ces voya­geurs
au bord des voies fer­rées
ces lampes allu­mées
sur les routes
qu’est-ce que nous atten­dons tous
nous atten­dons ce mys­té­rieux amour
ce secret de l’impatience tue
de la ques­tion rete­nue
pous­sée par l’audace qui se contient
et se réjouit de devi­ner
l’imprévisible
et de l’espoir
de pour­suivre au soir
la couse des grands fleuves
et les eaux en miroirs
des soleils cou­chants

volons
les envo­lées volantes
des feuilles rouges
pour mon cœur
qui vole avec vous
là-bas où l’on danse
au pré vert
secoué
des pié­ti­ne­ments
des talons joyeux
de dan­seurs ailés

d’avoir
vécu là-bas
fûmes nous aus­si
rem­plis des tor­rents
des rocs des lacs des glaces
des pierres rou­lées
et des ardentes intem­pé­ries
de la mon­tagne

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:16+00:00 11 juillet 2016|Catégories : Blog|

1 – Anaphore ceps (extrait de "rats tau­piers", édi­tions des Vanneaux, 2016)

 

 

 

Ce n’est pas parce que
je t’aime que je ploie
Ce n’est pas parce que
je te parle que je te dis
Ce n’est pas parce que
je t’écris que tu me lies
Ce n’est pas parce que
j’ai fui que la course est finie
Ce n’est pas parce que
tu es beau que je veux te res­sem­bler
Ce n’est pas parce que
tu n’es plus là que je ne t’attends plus.
Ce n’est pas parce que
tu n’es plus là que je t’aimerai tou­jours
Ce n’est pas parce que
tu n’es pas recon­nu que je ne te vois pas
Ce n’est pas parce que
tu n’es plus le sou­rire que je veux pleu­rer
Ce n’est pas parce que
l’avenir s’est ouvert que je veux te refer­mer
Ce n’est pas parce que
tu es sque­lette que je ne suis plus de ta chair
Ce n’est pas parce que
le vent est tom­bé que tu n’es plus bour­rasque
Ce n’est pas parce que 
tu te tais à jamais que je ne peux plus te par­ler
Ce n’est pas parce que
le regret est pré­gnant que je te trouve poi­gnant
Ce n’est pas parce que
tu es oublié de tous que je ne me sou­viens pas
Ce n’est pas parce que
les images sont per­dues qu’elles n’existent pas
Ce n’est pas parce que
le che­min fut caillou­teux que je te veux heu­reux
Ce n’est pas parce que
je fume que tu dois arrê­ter de tirer sur tes sèches
Ce n’est pas parce que
ta tombe est sombre que tu n’es plus ma lumière
Ce n’est pas parce qu’
elle ne t’a plus sup­plié qu’elle ne t’a jamais aimé
Ce n’est pas parce que
je n’ai jamais su dire que je ne te sau­ve­rais jamais
Ce n’est pas parce que
la vio­lence de ta fuite est loin­taine qu’elle est oubliée
Ce n’est pas parce que
ton âge est un butoir que je ne t’espère pas chaque soir
Ce n’est pas parce que
tout le monde dit que tu ne revien­dras pas que j’y crois
Ce n’est pas parce que
tes yeux sont plon­gés dans le noir que tu ne me voies pas
Ce n’est pas parce que
le souffre ne s’enflamme plus que mes yeux ne piquent plus
Ce n’est pas parce que
je viens vers toi trop tard qu’il est trop tôt pour que tu reviennes
Ce n’est pas parce que
je gronde le dedans d’être en mélasse que je ne vis pas tes meilleures heures
Ce n’est pas parce que
les rats tau­piers ont eu ta peau fanée que je ne met­trai plus la main dans le seau

 

 

 

 

 

2 – Jour d’ogresse en ciel bas

 

 

 

Je ne me résous pas à tirer les rideaux, pas plus qu’à bais­ser le volet auto­ma­tique qui n’est plus vrai­ment auto­ma­tique depuis qu’au prin­temps, il s’est blo­qué me lais­sant par une jour­née enso­leillée dans le noir total. J’ai réus­si à le remon­ter à force de pres­sion sur l’interrupteur, celui du haut, celui du bas, à tri­tu­rer les pul­sions élec­triques pour qu’il se lève à nou­veau et laisse entrer le jour. Depuis, il est rele­vé, jour et nuit, lais­sant la fenêtre ouverte au soleil, aux nuages, aux vents en bour­rasque et à la pluie qui gifle la vitre.

Des gifles grosses comme aujourd’hui, jour d’ogresse en ciel bas. La mer ne se démonte pas, elle aboie et crache son eau en gros mol­lards clairs. Chaque vague se ramasse sous son petit nuage, le fait gros­sir et main­te­nant, il se la pète en éclair, fier comme un cumu­lo­nim­bus. Fissure dans le temps, la foudre et l’obscur se roulent des pelles juste devant ma fenêtre et dans un gris mous­seux, s’enroulent jusqu’à pâmoi­son. Ils vont finir par s’éclater et tou­cher le sep­tième sans aucun autre ascen­seur que ma joie à les regar­der s’ébattre.

L’eau de leurs gali­pettes pénètre sous le seuil. La fenêtre trans­pire la sueur de leur baga­telle et vient jusqu’à mes pieds souiller le tapis du salon. J’ai l’orteil humide et l’oeil aux aguets, petit voyeur de ciel. Ciel qui se cache, s’apaise un ins­tant comme pour me dire : « Regarde ce que je te pré­pare. Fais péter l’œilleton, je t’envoies du Cinémascope ». Et ça repart en grand coït, ça secoue le dedans, bouche col­lée à la vitre et corps-à-corps céleste.

Je ne me résous pas à tirer les rideaux. Le volet est grip­pé. Je n’ai pas assez d’huile de coude pour le répa­rer et j’aime beau­coup trop que les amou­reux se glissent en limon dans mon salon.

 

 

 

 

 

3 – J’ai

 

 

 

J’ai. Moi. J’ai. Dans la bouche ce jet, cet entre­fi­let à sif­fler. J’ai. Dans l’intention, dans l’expression ce qui est moi. Moi et ma colère douce, ma colère et moi brute. La rue en exu­toire.

J’ai. Moi. J’ai. Comme le joueur de rug­by qui aver­tit l’équipe qu’il va attra­per la balle en train de tom­ber. J’ai ! J’ai ! Dans un grand cri, un grand saut. Le regard, la tra­jec­toire. Le joueur sait. Je sais aus­si. J’ai. Je vais la cho­per. Elle est à moi. La balle qui tombe. La vie qui chute.

J’ai. Moi. J’ai. Cette vis­ta. La vis­ta de la vie ici-bas. J’ai sur la bouche ce « J’ai ». Toujours. Ce petit pin­ce­ment de lèvres, yeux plis­sés et nez furet. J’ai. Suis prête à pes­ter de tout, même à crier des mots doux. J’ai. De l’amour plein les joues qui ne demande qu’à gron­der la rue et mettre le monde à genoux.

J’ai. Moi. J’ai. Le savoir de chez moi. Ce qui est bien, ce qui est mal. J’ai tou­jours un « putain » pour finir mes phrases. L’injure aimable et le cœur fra­gile. J’ai. Le pas­sant comme ami, a prio­ri. Mais méfie ! Le poing sur les hanches, l’oeil qui cause et la répar­tie aver­tie. J’ai. Ma rue et le verbe haut. J’ai. Mon ici béant.

J’ai. Moi. J’ai. Là, là au creux de mon corps, la grâce des mor­dus. C’est moi qui ai, qui suis, qui sais et c’est moi qui aime. Point.

 

 

 

 

 

4 – Par le hublot

 

 

 

Déplacement de l’intime, dans le tam­bour, remuent mes peaux tex­tiles. Elles jouent dans l’eau savon­neuse, font des bulles, s’enroulent entre elles. Unique endroit où elles se côtoient, se mélangent. Par le hublot, je les vois. Etrange lucarne vitrée, néces­si­té absurde de dis­tin­guer le blanc du noir, les cou­leurs déli­cates des irré­duc­tibles syn­thé­tiques. Dans cet œil concave à effet loupe, elles tournent en macro. Je me sur­prends à sur­veiller leurs folles culbutes comme si elles allaient dis­pa­raître.

Très vite, les rayures colo­rées du cale­çon l’emportent sur le pâle des autres ori­peaux. Elles filent autour des chif­fons, se mêlent à la toile bleu fon­cé des pan­ta­lons, remontent des manches, des­cendent des cols de che­mises. Et dans l’élan les stries accé­lèrent et quelques chaus­settes déjà orphe­lines s’accrochent déses­pé­rées à l’élastique. Le tam­bour bour­donne, claque et le baquet décroche une salve de les­sive, l’émulsion est totale, mous­seuse solu­tion qui sub­merge les rayures de mes chausses. Dans le hublot, un nuage bouillon­nant. La caval­cade conti­nue, un bal­lot­tage à droite puis à gauche et c’est le retour au calme : l’eau se change, éva­cue l’écume blanche, et mon roi cale­çon réap­pa­raît ras­sé­ré­né par sa douche.

Eau claire et douce, puis la machine à nou­veau s’emballe, encore plus vite. Les cir­con­vo­lu­tions autour du hublot se font imma­té­rielles. Essorage. La force cen­tri­fuge creuse un trou dans l’œil et pro­jette vio­lem­ment mes loques sur les parois. La vitesse est telle que je crois mon linge à jamais per­du, dis­lo­qué dans un grand vor­tex mais sou­dain, la rota­tion cesse dans un der­nier bat­te­ment sec. Quelques secondes d’une mobi­li­té soûle où les plus légers titubent sur les plus lourds et puis, le silence…

La les­sive est ter­mi­née. J’ouvre le hublot sur la chaude tou­pie et récu­père mes peaux affo­lées. Je ne les recon­nais plus. Elles sont toutes racor­nies dans un amas com­pact, un corps dégin­gan­dé qu’il fau­dra sépa­rer puis étendre, faire sécher et enfin ran­ger par affi­ni­tés.

 

 

 

 

 

5 – Quoique

 

 

 

– Ne te ren­frogne pas, ne fais pas la moue, pauvre bal­tringue.
Ce n’est pas ta peau en car­ton patte qu’on veut.

Quoique. On en ferait bien des rou­leaux de prin­temps arabe.

C’est nos ori­peaux, seule couche avant la mort, que l’on veut sau­ver.

– Ne hausse pas le men­ton comme ça, ne fais pas le malin, grand mani­pu­la­teur.
Ce n’est pas ton ren­fro­gne­ment hau­tain qui nous excède.

Quoique. On te ferait bien bouf­fer ton arro­gance assai­son­née à l’insurgé.

C’est de nos fier­tés dont il s’agit, de nos futures déli­vrances à culbu­ter.

– Ne plie pas, non pas de suite, ne fais pas le lâche, bâche d’abord, mâche notre révolte, sale sai­gneur.
Ce n’est pas ta puis­sance ou ton argent que l’on lance en épou­van­tail à la ven­det­ta.

Quoique. On te plan­te­rait bien au milieu d’un champ de blé sec, pain dur et eau crou­pie.

C’est du souffre qui grouille dans ton pan­tin. L’allumette n’en peut plus de frô­ler le grat­toir.

– Ne te cache pas, ne fais pas l’autruche, grand men­teur au tarin enflé.
Ce n’est pas ta sta­ture, ta suf­fi­sance, ton pou­voir qui nous font battre pavé.

Quoique. On pas­se­rait bien au tamis tes pâtés de tyran­nie pour glis­ser ton cou au plus fin des maillages.

C’est la rue qui te hurle et veut te piquer ton nez entre ses trot­toirs,  gros clown dégin­gan­dé.

– Ne nous pousse pas plus loin, ne réprime plus nos rêves, soli­taire dic­ta­teur.
Ce n’est pas toi qui nous révoltes, nous démontes ou nous sors de nos gonds.

Quoique. On t’engoncerait bien dans ton palais, ser­ré dans tes dorures en poi­gnards acé­rés.

C’est de l’oppression sous nos masques qui nous ronge dans le dedans du dedans.

– Tu vois. Tu ne com­prends rien.

 

 

 

 

 

6 – Moi la poé­sie, je ne sais ce que c’est

 

 

 

Moi la poé­sie, je ne sais pas ce que c’est. Si c’est de l’offrande à mon esprit ou si elle est conçue pour me gar­nir le cœur. Elle est là, c’est tout. En plein dans ma vie, une pré­sence qui vient chaque matin dans mes yeux s’invertir. Invertir car elle dénonce le reste. Ce reste qui pol­lue, ce reste qui pleut sur les joues et grêle les intes­tins. Ça tord dans le dedans et la poé­sie est le remède à cette inéqua­tion que c'est que d’exister.

Moi la poé­sie, je ne sais pas ce que c’est. Je n’ai pas les bras pour la por­ter, ni l’intellect pour la juger. Je ne suis pas un puriste, ni un fri­meur de la rime. La scan­sion n’est pas atten­tion mais musique qui me meut. Je prends du Char ou du Miron au petit-déjeu­ner, du Malek Haddad entre les dents pour le goû­ter, les trempe dans le café sans les leur­rer et j’ai le goût sucré des mots pour la jour­née. Elle me rend suf­fi­sam­ment exis­tant et ani­mé pour aimer la vie.

Moi la poé­sie, je ne sais pas ce que c’est. Elle tra­verse les inter­stices, se colle à mes synapses pour faire dan­ser quelques renon­cules en bulles dans mon cer­veau. Le corps fleu­ri comme un gar­dé­nia au prin­temps, je prends la jour­née dans un sou­rire ou dans un fra­cas. Car du sou­rire se tire le beau à affi­cher et dans le chaos d’un Char ou la noir­ceur d’un Chessex, se crée le déca­lage entre l’être vivant que je suis et celui que je vou­drais être mort. Elle porte mon visage haut de la dou­leur en héri­tage comme de la beau­té des sauts de mots légers.

Moi la poé­sie, je ne sais pas ce que c’est. Elle me le rend bien. Elle ne sait pas qui je suis. Je ne suis qu’une paire d’yeux posée sur elle, une atten­tion à la faire vivre. Elle, ne me voit pas. Rien de moi n’est poé­sie. Tout à faire pour le deve­nir. Je ne suis pas poète, elle le sait bien, elle qui tient en peu de vers toute la ten­sion de mon corps et du monde qui le porte.

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:17+00:00 11 juillet 2016|Catégories : Blog|

GRAFFITI

 

 

 

la porte a le bleu des autans

la révo­lu­tion que l’on croit une

y cause un latin éton­nant

le chat y a per­du les dents

 

les fleurs s’y comptent une à une

vierge folle n’y voit goutte

la grue navigue en avant toute

le soleil a man­gé la lune.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

PIC EPEICHE

 

 

 

 

 

Il n’était pas accro­ché au tronc de l’arbre

il ne mar­te­lait pas l’écorce.

Il se balan­çait superbe et gauche
aux branches d’un saule pleu­reur

dont il béco­tait les feuilles. C’est cette année

que les oiseaux sont reve­nus

 

après plu­sieurs années d’absence. Nous avions pen­sé l’une et l’autre

« insec­ti­cides ». Je me suis jetée sur le télé­phone

 

pour l’annoncer à ta sœur. C’est elle qui m’a dit « pic épeiche ».

Tu aurais dit de même. Mais tu n’y étais plus.

 

Bruxelles, mai 2015

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Monde immonde

c’est un fait

mais pas ques­tion de s’en aller.

La grande plon­gée vers l’intérieur.
Chatons, plaque de bronze mul­ti­mil­lé­naire,
rue de la bien­veillance.

La rue de la bien­veillance

pour­rait aus­si bien être une île,

un quar­tier, un vil­lage, une pla­nète.

 

Tout le monde serait bien­veillant

en ce qu’il aurait confiance abso­lu­ment dans la bien­veillance des autres.

A ce point inima­gi­nable ?

 

Inimaginable, non.

Mais semer cet espoir

une fois pour toutes.

 

J’ai dit : semer.

Le double sens s’imposait.

J’aurais vou­lu dire : aban­don­ner.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Petits maux inavouables

et l’idée extra­or­di­nai­re­ment amu­sante

que tous les Français décèdent de mort.

Est-il nor­mal d’être à ce point fati­gué ;

de recher­cher tout le temps

la posi­tion allon­gée, un peu comme s’il

fal­lait anti­ci­per sa fin ? le moment

où mes yeux devien­dront bleu opaque ? le moment

où la lour­deur de vivre – on a dit que vivre est un métier,

« on » a don­né ensuite sa démis­sion –, de vivre sera réser­vée

aux autres exclu­si­ve­ment ?

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

Et voi­ci ceux et celles qui eurent l’obsession

du grand jar­din du monde.

Aquarelles déliées. Notes manus­crites en fac­si­mi­lé. Confrontation

entre le jar­din et l’aquarelle. Question face aux fleurs,

aux papillons du XVIIe siècle : était-ce vrai­ment ain­si

ou est-ce ain­si qu’on les voyait ?

 

Que pen­ser d’une rose ?

Mais que, vrai­ment, pen­ser d’une rose ?

 

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:17+00:00 29 juin 2016|Catégories : Blog|

 

    monde(s)

 

 

lovée dans les notes
comme une fusée
voi­ci l'asymptote
venue t'embrasser

la caverne écoute
les moindres pen­sées
où finit la voûte
qui semble acquies­cer ?

sous l'orage habitent
des pas­sants secrets
les coteaux pal­pitent
la vie est si près

ain­si se déploient
ain­si cor­res­pondent
d'improbables mondes
ouvrant une voie
à cette seconde

 

       

 

 

 

***

 

 

 

 

 

  concret

 

 

voir
sept mil­liards de visages
les cent mil­liards pré­cé­dents
cha­cun
et ses mondes

rem­pla­cer
le temps d’un vers
quatre mil­lions de glo­bules rouges

vivre
sept cent mille heures
deux mil­liards et demi de secondes
là !

corps consciences
exac­te­ment
sans fond

                                    

                                      

 

 

 

***

 

 

 

 

 

n’être

 

 

 

nuit de nuit
lui­sait
dans la matière invi­sible

les choses les êtres
l’immédiateté
aspi­raient aux mots
au pré­sent pour tous

et toi
point cli­gno­tant
point dis­pa­ru

 

 

 

 

 

***

 

   

 

 

 

rêveille

 

 

 

il y avait des appels
des échos éclip­sés
sur le fil du scal­pel
entre chaque pen­sée

que trame le dor­meur
il nous a devan­cés
et voi­ci la demeure
des cent mille ver­sets

les mots et les silences
savent se dépla­cer
brin d'herbe se fiance
à goutte de rosée

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

juste

 

 

 

pris dans le pire
pris dans ses spires
juste un pas

aucun visage
aucun mes­sage
aucun pas­sage
juste un pas

les pen­sées brûlent
dans les cel­lules
la folie hurle
juste un pas

pas en arrière
en avant
sous les pau­pières
en rêvant

juste un atome
un tra­cé
juste un fan­tôme
effa­cé
la plus intime
la plus infime
odys­sée

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:17+00:00 29 juin 2016|Catégories : Blog|

 

1) Extrait de "Un vio­lon sur la mer" Editions Chemins de Plume

 

Toujours le sens de l'épine et de l'épure. La croi­sée des mondes, sa lumière sur les vignes. L'étrange voix d'air par la bouche des feuilles. La tra­verse des nuits emprun­tée chaque soir. La neige gan­tée qui recoud les terres. Le ruis­seau d'impatience en ses chaus­sures d'eau. La petite robe rouge dans la vigueur du jour. L'homme qui rentre par le che­min du soir. L'odeur chauf­fée des sueurs. Ces choses maintes fois dites, faites. La vie dans ce méli-mélo, qui va sans ins­truc­tions. Est-ce là le bat­te­ment sidé­ral du panier quo­ti­dien ? L'ange a un rire d'alouette quand il ne répond pas.

 

 

 

 

 

2) Extrait de "Le che­min encore" Editions Chemins de Plume

 

Je ne résiste pas à la joie d’aimer, sa marche, son chant dans les brousses des che­mins. Je te disais hier que je suis loin des mots, fina­le­ment c’est faux, j’en suis si près qu’ils me font par­fois défaut. Je les vis, j’accepte leurs sono­ri­tés chan­geantes, leurs volte-face. Peut-être ne com­prends-tu pas ce que je jette en vrac sur ce papier. C’est sans impor­tance. Cette après-midi, en bord de mer, j’ai vu des mots dans les cailloux. Ces mots n’existent pas. Seuls les cailloux existent. Ou peut-être seuls les cailloux savent que ces mots existent. Je les ai vus, enten­dus, enve­lop­pés de sens dans la douce ron­deur des galets vêtus d’eau et de sel. Qu’est-ce que je te disais ? Ah oui, aimer, c’est fou, ça répond à toutes mes ques­tions.

 

 

 

 

 

3) Extrait de "Terres de ven­danges" Editions Chemins de Plume

 

L'herbe rou­git sous la bouche du givre. Le bai­ser est mor­tel. Il apprête à jau­nir. Le gel reluit l'enclos et les grillages. Le ciel glisse très bas sa cisaille cou­pante. L'hiver mord la fleur au revers du jar­din. Rassemblé en cra­chin, un gré­sil tombe.  Veines trans­lu­cides. Cassante, racor­nie, la terre déjà froide est un ventre vio­let. En sa putré­fac­tion s'exerce la semence. Dans l'austère matrice, rien ne sera per­du. La jachère fait sol comme le bois sa sève. Le ciel serre la sangle aux étés dépen­siers. Les bras noir­cis des vignes signent le soir plus tôt. Un chif­fon de brous­sailles efface l'églantine. Les pulpes, les odeurs, ont fini par se taire. L'ortie éteint ses feux. Le jour s'affaisse. C'est la décrue. Le vide dans le plein. Le silence patient. Puis ce sera le soc, son croc de taille lente. Et l'eau, dans le gosier des graines. Ce sera les remous. Et la pre­mière fleur refe­ra l'amandier.

 

 

 

 

 

4) Extrait de "Une ortie blanche" Editions Le Libre Feuille

 

Elle a quit­té la ville. Va à l'écriture comme d'autres au bois, au char­bon, ou au rien. De cailloux en herbes, de noyaux en cerises, l'arbre est son crayon, la terre son cahier. Et les mots quand ils veulent. L'unique est sa marche. De jour, on la connaît à son silence, l'éloquence de ses yeux. De nuit, à sa pen­sée taillée de près. Ses san­dales sont usées. Son rêve est dans sa poche. Elle le touche sou­vent. Boussole. Ses mains retiennent l'eau, on peut y boire. L'ourlet de sa robe ne se déchire plus, elle l'a cou­pé, on voit ses jambes nues. C'est une fille loin des foules. On dit qu'elle exa­gère, qu'elle veut la fusion, l'osmose, ces choses impos­sibles. On dit qu'elle en veut trop. On dit. Mais ceux qui disent n'ont jamais regar­dé le soleil en face. Elle si.

 

 

 

 

 

5) Extrait de "Un coque­li­cot dans le pou­lailler" Editions Collodion

 

Le froid bâille sa buée de les­sive et de poêle. Joues trans­lu­cides, traces mouillées, le givre maille les herbes. Tapis ser­ré. Le gel pèse aux épaules des arbres. La fon­taine perd sa voix, à son filet trinquent quelques oiseaux. Le ciel se couche les yeux rouges et le vent s'enhardit. La terre s'emmitoufle. Toute sai­son est un repas de fauve, chaque miette nour­rit. Des forges mys­té­rieuses tra­vaillent inlas­sa­ble­ment, le lam­pion de leurs traces éclaire notre dos. Rien ne vieillit jamais. L’hiver en est la preuve qui de ses doigts rai­dis, borde des lits de noces.

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:17+00:00 29 juin 2016|Catégories : Blog|

 

 

La hus­sarde

 

 

J’ai gagné la hau­teur des toits pour entendre votre rumeur, comme on res­pire une fleur. Dans la rue je sens bruire les étoffes de votre élé­gant man­teau et la fumée de votre ciga­rette des­sine des rubans blancs. Immobile, l’esprit fri­vole, je croise mes sou­liers de satin devant le ciel de craie bleu sombre. 

Les façades accueillent votre ombre qui glisse et s’interrompt à cha­cune des fenêtres. J’écorche mes bras aux tuiles rouges. Les pous­sières dans le soleil constellent et encadrent votre pas. Des petits points de lumière cli­gnotent.

Par une grande et lourde porte de bois, vous entrez, trou­blant le récit de mon his­toire. De ma hau­teur, vous avez dis­pa­ru.

Une raie d’or sou­dain redé­coupe votre visage. Un chan­de­lier à trois branches déroule le nou­veau décor. Les par­fums des tapis­se­ries s’agrafent à mes narines .

Au-delà de la longue toi­ture, vous embras­sez tout l’espace. A votre table, dans le trem­ble­ment des trois flammes, vous écri­vez. La musique m’arrive cas­sée, en valses sai­sies par le froid.

J’emploie mon ivresse à vous lire. Cachée sous le grand capu­chon, vous m’emportez dans la bour­rasque de la bruine gla­cée. De la hau­teur des toits, j’ai recon­nu votre parole.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Mon poète

 

 

 

 

 

La mémoire lézar­dée roule, et roule à l’extension de nos sou­ve­nirs. La dou­leur retorse coule à mon front. Votre élé­gance est assise à mon bras.

Votre voix s’enfle à vous écou­ter, les « Hébrides » de votre lec­ture enjouée se posent sur mes vitres. Comme le miel, vos opé­ras me mènent au bord du monde.

Le temps d’une seconde est celui de l’éternité, et la bles­sure au cœur étrange plombe la robe légère et bleue. Les fleurs frot­tées du sang font bais­ser les yeux.
Votre par­fum à por­tée de main ; et je suis née des Caprices, enve­lop­pante, age­nouillée à l’attente.

Le pas­sé pour espé­rer une retrou­vaille. Je n’ai pas le choix du temps.

Sur les pavés du départ, j’ai enten­du le pia­no d’un conser­va­toire, j’ai dans mes che­veux votre voix. Votre image sur la peau comme dans un mys­té­rieux conte où la clé est fée. Pourtant le tour­ment de vous perdre a tis­sé à mon cou.

Vous, le poète, semez des bleuets dans mes yeux en pous­sière. Vous, mon poète, me recon­nais­sez dans le soleil, for­mez des boucles à mes tempes. Vous, dont le nom brille sans le dire, comme il est doux de vous regar­der dire.

Vous avez posé au bord de mon épaule votre res­pi­ra­tion.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Au Terminal Nord

 

 

 

 

 

A l’immense por­tail de pierre à l’horloge lumi­neuse des départs, des courses, je vous attends.

Le temps pré­cieux est vain­cu. Je ris avec vous.

De vous, je ne vois  plus l’hiver. Le soleil arti­fi­ciel et rouge réchauffe ma nuque. Les amandes craquent mon impa­tience.

Au Terminus Nord, les dorures et les fleurs blanches claquent, les homards dorment bien ali­gnés dans un lit de citrons. Le sel brûle presque ma bouche.

L’écriture pal­pite, il me faut dire.
Des trains, des qua­drillages d’autos, tout est pré­ci­pi­ta­tion. Seule l’aiguille de la Grande Horloge peine à avan­cer. Les minutes minaudent.

Je vous attends. Le vent sou­lève le man­teau noir et long.

C’est moi qui vous ver­rez tra­ver­ser la rue, c’est moi qui vous ai vu vous asseoir dans une rame de métro. C’est moi votre ren­dez-vous.

Des sta­tues immenses, le temps pour elles ne signi­fient rien. J’ai enfer­mé dans ma main votre par­fum pour le sou­ve­nir. La nuit est noire et le vent pousse notre temps.

Au Terminus Nord, je vous ai écrit. Votre retard a élar­gi mes mots. A chaque entrée de rue, l’attente comme impos­sible dode­line et tré­pigne. Tout est extrê­me­ment mesu­ré et inat­ten­du. Sans doute échap­pez-vous à toutes attentes, sans doute….

Vous voi­là………………………………………………………

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Les rêves sont des impasses.

 

 

 

 

 

Votre main sur le front, se fait fée, vos yeux se relèvent sur ma joue rouge. La lumière danse devant les mots.

Sur l’herbe, s’installe l’hiver et votre jar­din voit briller une rose empri­son­née dans sa jeu­nesse, le sang sous la peau. Dans l’aube grise, la mai­son est habi­tée, devant vous, les verts se mul­ti­plient et ins­pirent votre lettre.

Les lèvres roses, sur le seuil, allument un autre monde.
Vos yeux s’ouvrent dans les miens et s’étendent aux cendres des fleurs.

J’ai rêvé Jadis.
Les étreintes d’orage, les che­veux pris dans les ronces. Le sou­rire affi­ché, nous mar­chions dans la ville. Seuls, dans la nuit des rues, je sens encore la cha­leur de votre main.

Je réflé­chis une absence. Comme il est mau­vais goût d’être là alors que vous êtes au secret. Il ne faut pas rêver.

Pourtant vous me par­lez dans mes nuits.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Idole

 

 

 

 

 

Sous l’eau noire, pro­fonde ; infirme, l’immobile et l’informe silence. Comme un goût de vieux dires, le pas­sé aux épaules revient bou­cler. Lancinant et étouf­fant, ins­crit aux tis­sus de mes entrailles.

Un train, dans son élan­cée tra­ver­sée, dans le tumulte du souffle et du vacarme, a sif­flé, empor­tant en une bras­sée l’amère nau­sée. Dans un ciel d’acier, vous avez mar­ché.

Parfumée de poé­sie et de grande pluie, une ren­contre au cou­rant d’air trace une ligne. Escale aux points de fuite, dans votre séré­ni­té. En repos, des mots bleus comme votre cra­vate, s’accrochent aux yeux et nos pas se suivent devant le silence qui se cabre.

La mer me répond. La peur s’est ouverte, écra­sée par un nou­veau miroir. La clai­rière aux délices, aux caprices, rosit. Guidée, je m’y ins­talle, elle trempe mes nuits dans la poudre d’or.

Votre main déchire la course du des­tin. Dans le vent, le sang pal­pite. Pour mémoire, des ful­gu­rances inso­lites, des images sur­an­nées. Sacrifiée à l’idolâtrie, je mange avec ravis­se­ment l’ivresse du poète, votre élé­gance.

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:17+00:00 29 juin 2016|Catégories : Blog|

Exister est un début 

 

 

Exister est un début.
Ensuite, veiller au grain.

Concevoir le bou­quet com­plet
à par­tir d'une seule fleur
et se lais­ser fran­chir par toutes.

Rendre par­fait le son
d'un objet que l'on pose.

Semer d'une main, récol­ter de l'autre
et de la troi­sième, l'inaperçue,
dis­tri­buer l'ensemble.

Contempler le mûris­se­ment d'un fruit
là où long­temps il en fut empê­ché.

Etablir son natu­rel.
Assigner un but à chaque chose valide.
Transcrire le bleu des sur­faces jusqu'au fond de la mer.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Fin novembre

 

 

 

L'hiver marche vers nous à pas de givre.
Les nuages vont se dis­tendre,
vieillir d'un coup.
Les jour­nées auront leurs accès de brume inex­pli­cables.

La terre déjà reçoit plus de nuit
qu'elle n'en peut conte­nir.

Le gel fixe­ra la rivière à ses berges
de même toi et moi addi­tion­ne­rons
           nos deux parts de mys­tère
           sans savoir qui nous sommes

ni de quoi notre pas­sion se com­pose :
si elle est acces­soire, indis­pen­sable ou pure illu­sion
comme un fré­mis­se­ment vapo­reux dans les branches.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Du pré­sent à por­tée de regard

 

 

 

Sous l'aube déjà chaude
au som­met des pom­miers
se des­sine l'amorce d'une allé­gresse.

            Le jour s'érige
avec l'assurance d'une coupe emplie d'eau fraîche.
Aujourd'hui, je ne m'intéresserai à rien.
Libérer du verbe faire
tout m'échappera des mains et sor­ti­ra de ma tête.

            Je me conjugue
dans la direc­tion des ver­dures,
un arôme de pêche entre par ma fenêtre ouverte
           sur la sau­laie
puis le silence tombe à point nom­mé
comme une veste par­fai­te­ment cou­pée.

Je ne serais pas sur­pris d'apprendre
qu'un dieu nous pro­digue tant de faveurs,
mais s'il n'y en avait aucun
    je ne serais pas déçu.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Bleu sans fond

 

 

 

Ils ont la dou­ceur d'un cara­mel mou
ces après-midi où sur un banc l'on s'assied
par hasard à côté d'une reine d'Espagne.

Emouvante aus­si la petite vague soli­taire
attar­dée sur le rivage bien pas­sé minuit,
quand ses com­pagnes sont cou­chées.

On se tient pré­caire et fur­tif où que l'on se trouve,
entou­ré d'un silence qui s'étend comme une orbe
           veillant sur le monde
et les bateaux intré­pides qui jamais n'accostent.

Bientôt nos yeux gran­dissent avec la lumière.
Un bleu sans fond emporte l'azur,
l'émancipe vers une confi­gu­ra­tion dif­fé­rente,
vers la plus dési­rable des sai­sons
qui rem­place toutes celles venues avant.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Croise tes doigts dans le noir

 

 

 

La grâce est inépui­sable.
Un clin d'œil la mul­ti­plie.

Pose l'objet qui te pèse.
Vois les nuages, ils se débrouillent par eux-mêmes,
leur teint assou­pi emprunte au papier vierge
sur lequel on hésite à mettre on ne sait quoi,
des mots muets au bout du compte, et la blan­cheur
           de la feuille est sauve.

Ecoute le vent s'agiter. Il tres­saute, recule
va impromp­tu ventre à terre comme se démène
un qui­dam à la recherche d'une rue
dans une métro­pole étran­gère. À pro­pos,

jusqu'où des­cen­drait le livre qui t'échappe des mains
si aucun sol ne le rete­nait ?
La ron­deur non plus n'a pas de fin.
           Les nuits rêvent debout.
Croise tes doigts dans le noir pour espé­rer l'éclaircir.

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:17+00:00 13 juin 2016|Catégories : Blog|

 

Lettre d'un sol­dat

 

 

 

Sur un sol nau­séa­bond
Je t'écris ces quelques mots
Je vais bien, ne t'en fais pas
Il me tarde, le repos.
Le soleil tou­jours se lève
Mais jamais je ne le vois
Le noir habite mes rêves
Mais je vais bien, ne t'en fais pas …

Les étoiles ne brillent plus
Elles ont filé au coin d'une rue,
Le vent qui était mon ami
Aujourd'hui, je le mau­dis.

Mais je vais bien, ne t'en fais pas …

Le sang coule sur ma joue
Une larme de nous
Il fait si froid sur ce sol
Je suis seul, je décolle.

Mais je vais bien, ne t'en fais pas …

Sur un sol nau­séa­bond
J'ai écrit ces quelques mots
Je sais qu'ils te par­vien­dront
Pour t'annoncer mon repos.

Je suis bien, ne t'en fais pas … 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

La Vieille 

 

 

 

Elle est ici « La Vieille »
Assise sur ce banc
Là, au fond du parc
Comme hier, comme tou­jours
Comme demain.
Des pigeons pour seuls amis
Lui font la conver­sa­tion
Comme hier, comme tou­jours
Comme demain.
Elle est bien seule
« La Vieille »,
Personne ne pense à elle
« La Vieille ».
Elle pour­rait bien
Mourir demain
Qui sera là pour lui tenir
La main ?
Elle est si seule
« La Vieille ».

 

Elle pense et repense
Au bon vieux temps
A l’insouciance, aux fleurs des champs
A son enfance,
Comme hier, comme tou­jours
Comme demain.
Le soleil s’est éteint
Les pigeons se sont fait la malle
Elle n’est plus là
« La Vieille »,
Elle n’a plus mal … 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

À l’ombre du ceri­sier

 

 

 

 

La terre pleure
Le sou­ve­nir de tes pas
Que tes semelles ont
Trop sou­vent fou­lé.
Le ceri­sier
Ne fleu­rit pas,
Il n’est plus là
Depuis tant d’années.

 

Le cha­peau de paille
Accroché dans la grange
Se repose à jamais.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Champ de bataille

 

 

 

L’herbe fou­lée
Par trop de va et viens
Se teinte de fon­cé.
Le bruit des gre­nades
Dégoupillées
Résonnent dans la plaine.
Des habits ron­gés
Par les mites
Froissent la peau
De ces hommes.

 

Des douilles caressent
Le sol
Où dorment des buis­sons
En fils bar­be­lés.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Dans la grange

 

 

 

Chaussures accro­chées
Dans la grange
Où dort le maïs
Qui sèche.
Il fait si noir.
La lumière
Du dehors
Ne rentre plus
Depuis très long­temps.
Trop long­temps …
La grange est vide
Et les silences
Sont lourds.
J’entends encore
Tes pas fou­ler
La pous­sière,
J’attends ton retour. 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Rafistolage

 

 

 

 

Le filet de la nuit
Se déchire dans le ciel.
Maille après maille,
Les étoiles le rafis­tole.
Astre à astre
La lune se reflète
Et s'étire.
Chaque jour
Passe et passe sans fin.

La toile de la nuit
Se noir­cit, pour n'être
Plus qu'un point,
Plus rien.

La nuit effi­loche
Ses contours
Qui se rac­com­modent
Au fil du temps. 

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:17+00:00 30 mai 2016|Catégories : Blog|

 

L'oreille

 

 

 

 

 

En ce jour je chô­mais ordi­nai­re­ment
Une femme est pas­sé à mi-fenêtre
Elle est repas­sée peut-être demain
Peut-être hier, je sais qu'elle est
Repassée
J'ai aper­çu un jour son pro­fil si chaud
Un pro­fil tra­ver­sé de che­veux bou­clés
Bruns et brillant
Juste des che­veux pour sou­li­gner l'oreille

Ma femme n'allait pas reve­nir, à ce moment
Si tard, elle ne revien­drait pas tout de suite
Il fai­sait encore jour, je le sais, je l'ai vu
La femme est pas­sé, et je suis sor­ti
Il n'y avait per­sonne dans la rue
Dans la rue, il n'y a plus per­sonne
Ils sont par­tis où il y a du monde
Ma femme ne revien­dra pas encore
Ils sont par­tis là où ce n'est pas démo­li
Je reste aujourd'hui, elle reste aus­si
Parfois elle sort, par­fois je rentre

Elle sait, je sais et les immeubles savent
Il n'y a per­sonne que nous, elle et moi, hier,
Demain, je l'ai sui­vie
Elle n'a rien mar­ché dif­fé­rent, rien ten­té dif­fé­rent
Rien dit, rien bou­gé dans les heures et les fils de l'air

Derrière elle, j'étais der­rière, elle était là, elle là vrai­ment
Évidemment elle a crié, ça bou­geait beau­coup sous les nuages qui tom­baient vers l'est
Il n'y a per­sonne et je suis bon, je suis moi même, si c'est si long d'être moi, par­fois
Je n'ai rien fait de plus, ou de moins

Elle tom­bait, je sais qu'elle tom­bait parce qu'elle tombe
Devant mes yeux très doux
L'oreille dans ma main pal­pi­tait, l'oisillon
Sa maî­tresse hur­lait dans la rue qui ne vien­drait jamais voir
Sa main col­lait sur ce petit bout de chair rouge
J'ai enle­vé la main et tenu, tenu jusqu'à
Hier, au moins, peut-être demain je ne tien­drai plus rien

Je suis sûr que j'ai dit dou­ce­ment dans le trou
Au bord du sang qui s'en allait bête­ment
Combien cette oreille, son oreille à elle, était belle
dans les lignes de son crâne
Crâne qui n'a rien à faire des absents et des plaques de suie sur les immeubles
L'oreille est par­faite comme un coquillage, comme la mer qui se moque du temps
Elle n'est pas à moi, mais je me per­mets de vous rap­pe­ler com­bien
Elle ne vaut pas, com­bien elle ne mesure pas, com­bien elle ne s'enfonce pas dans le noir
Des sou­ve­nirs
Elle flotte, elle marche sur les eaux si les oreilles font ça
Je ne peux pas dire qu'elle est belle, sauf que je la dési­rais

Je vou­lais encore plus vous rap­pe­ler com­bien vous oubliez
Chaque jour de demain comme d'hier
Combien votre oreille sait ce que vous êtes
Parfaitement.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Quand tique la phy­sique

 

 

 

 

 

Il était une fois
Une pla­nète com­po­sée de deux mil­liards huit cent mil­lions trois cent vingt cinq mille sept cent trente deux plantes
Deux mille huit cent mil­liards de bai­sers
Dix mille quatre cent trois dieux et déesses, cent vingt-sept nuages
Une danse direc­te­ment fon­due à l'Artimaginaire Univerre les agré­geait
Sur la Terre réduite à un tas de boue rem­pli d'espérance
La com­mu­nau­té nua­geuse a posé de l'eau, du gin­gembre et beau­coup de pas­sion
Moi-même suis des­cen­du sur mon char néo tem­po­rel pour ense­men­cer la déli­cieuse impro­ba­bi­li­té
Alors a com­men­cé le com­men­ce­ment
Il faut vivre ai-je ton­né, en éja­cu­lant une déli­cieuse lac­tes­cence
Dont par­tie s'est per­due en plein ciel, engros­sant itou le bleu poten­tiel
Grâce, criait la boue, la Terre déjà, infi­ni­ment inno­cente dans ses pre­miers émois
Un canot avec deux cent mille mil­liards d'espèces vivantes de pre­mière hié­rar­chie fut lâché
Le kit ter­rien dans sa glo­rieuse incer­ti­tude était prêt.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Ça va aller

 

 

 

 

 

Je n'ai jamais vou­lu ça, ni le reste d'ailleurs. On m'a répé­té qu'untel c'était de la musique, et l'autre pas. Qu'untel c'était la pen­sée, et l'autre la fausse pen­sée. Qu'untel c'était le sexe et l'autre le pur­ga­toire. Qu'untel savait les cime­tières, ou l'odeur d'une bouche de seize ans. Qu'untel ne pou­vait rien ima­gi­ner dans ses neu­rones de monstre défor­mé qu'être si pareil, tout pareil à ses mons­trueux frères.
Que c'était nous l'harmonie et les autres le bruit. Que lui, elle, eux nous les voyions, mais l'autre pas, plus, jamais. On m'a empli les oreilles et j'ai ache­té. On a mar­te­lé mes moments de fai­blesse, à peu près constants, que tels sons, telle face et telle pos­ture arrê­taient l'Histoire. On  m'accordait la génu­flexion et les images véri­tables du monde, du monde réel, tu entends. Tu entends, tu as l'argent pour ça, et pour ça seule­ment, on m'a dit. J'ai ache­té.

Les enne­mis de ma liber­té de colo­rier le monde qu'on a pla­cé dans ma chambre, au-des­sus de mon bureau, n'existaient plus. D'ailleurs ils étaient rouges comme leur propre sang. D'ailleurs, il n'y en avait pas, nulle part. Une chi­mère, une hal­lu­ci­na­tion, une hys­té­rie col­lec­ti­viste. Il était abso­lu­ment impen­sable dans tous les uni­vers pos­sibles de ne pas voir les glaces à l'eau sur la plage et les taches de rous­seur sur les planches de surf. Il rele­vait de la toute pre­mière urgence d'oublier les éclats de soleil dans le gou­dron qui se sou­le­vait pour comp­ter les jours du mois de Mai. De toute urgence il fal­lait cer­ti­fier à chaque seconde qu'au pays de la lumière, de la foi et de l'ordre, on ne pou­vait mordre l'espoir et la jeu­nesse que tous nous étions sous les sun­lights. De toute urgence, il fal­lait pen­ser les mêmes urgences qui ne sau­raient se régler sans un achat mas­sif, uni­ver­sel, indu­bi­table d'une même Chose qui serait tout sim­ple­ment le monde, avec le bonus Vie, en kit.

Alors après, il y a eu comme un après. Après que les choses se soient arrê­tées, ou presque. Elles ont ralen­ties, les choses, comme ces bêtes épui­sées en gros plan télé, épui­sées de voir leurs dési­rs ani­maux pas satis­faits tout de suite, cro­quer, cris et sang. Alors oui, c'était un peu fini tout ça. Dommage, je savais bien imi­ter à ce moment. Je n'imitais même plus, j'étais l'être de la chose et la chose même dans l'être. Sans manuel aucun entre les cuisses de l'imitatrice qui avait été choi­sie par la pen­sée cali­brée de ma liber­té pour imi­ter le sexe avec moi. Sans tra­duc­teur et menui­sier non plus der­rière les porte-voix et après les coups de mar­teau sur le monde tel qu'il a le devoir d'être devant mes yeux bien droit bra­qués.

Personne ne m'avait pré­ve­nu qu'il y avait un après, que le duvet sur les avant-bras des héros blan­chis­sait. Personne, pas même moi, n'avait assu­ré les pierres et les rimes, les dis­cours et les hymnes, le sang et la dou­leur. Personne n'avait vu le monde foutre le camp en bateau ultra-rapide, se bar­rer comme une fillette sans se battre, sans dire qu'aujourd'hui on chan­geait de visage pour  refaire le monde comme il n'avait plus le droit d'être depuis si long­temps déjà.
Alors, on a vu traî­ner des choses et même des vivants hier morts. Des ersatz, d'ailleurs je savais que ça exis­tait. Ersatz, ça son­nait faux et rouge, ou Her Satz.
J'ai vou­lu par­tir dire que post non, ni après, ni plus tard, ni bleuet. J'ai vou­lu res­ter là, bien dans le monde, mais les che­villes ont bran­lé, la lumière même n'était plus pho­to­ni­que­ment tra­çable. Je la regar­dais et je me deman­dais si ce n'était pas des reflets comme des reflets dans l'eau trans­lu­cide, presque cré­meuse de la pis­cine le 6 Août de l'été de tous les étés, celui qui arrête le monde qua­si­ment à jamais, figé devant tant de per­fec­tion. Donc, le monde ici et main­te­nant ou le monde d'après. D'après quoi, c'est pas à deman­der. Imiter, pré­sent. Imiter, that's all. D'après quoi, je t'en pose des ques­tions ?
Je sais, non, je ne sais pas, mais j'achète des livres qui savent. Je com­mence à savoir bien à mon tour. Post et tout ça, et après, et pop et no machin-no chose, concept­no et pop et sub-dis­si­mu­la­tion de chan­ge­ment rouge. C'est pas demain, c'est pas hier, c'est des construits nou­veaux, qu'on me dit, et j'ai bien com­pris, et je me sens mieux, qu'on me dit, vrai de vrai, c'est pré­sent aimant, armes de dis­si­mu­lac­tion mas­sive de vie. Ça va, c'est rien.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Futur anté­rieur

 

 

 

 

 

Alors il fau­drait se dire qu'elle n'en a rien à faire de ces sou­ve­nirs
Juste avan­cer, un pas, deux et puis l'horizon devant
Alors, il fau­drait affir­mer qu'elle n'a pas à regar­der cette image
Juste un visage qui n'a même pas de nez, de bouche, l’œil peut-être
Un éclair, la lumière de l'innocence, la vie dans deux petits ronds tout bleus
Presque rien, mais non rien, comme si ce qu'elle attend pou­vait avoir une figure

Alors il fau­drait ces­ser de croire qu'elle aurait pu
Juste dérou­ler à coups de mirages cette vieille toile grise pleine de taches
Alors, il fau­drait lui inti­mer d'éviter les trous, au fond la mêlasse
Juste cette chose qu'elle n'a pas à regar­der, qu'elle ne pour­ra jamais recon­naître
Attendre d'une image la vie, c'est à peu près déli­rant
Il n'a y a pas un atome de vie dans un cli­ché, quand il n'y a même pas de néga­tif

Alors il fau­drait qu'elle cesse d'alimenter ce sou­ve­nir même pas mort-né
Juste qu'elle se rende compte, juste qu'elle se rende
Alors oui, il n'est pas né, il n'a pas eu l'envie, ni le désir ni le droit
Peut-être aurait-il, ou aurait-elle fait belle image, d'accord
Attendre d'un enfant même pas au monde une rai­son de vie
Vraiment ce n'est pas la vie ça, elle croit que c'est ça la vie
Un sou­ve­nir même pas né, un futur anté­rieur à la vie

Alors, il aura fal­lu qu'elle passe toutes les étapes du film
Juste labo­rieu­se­ment, pesam­ment, brique après brique
Alors, il lui aura fal­lu tout ce temps à errer dans le réel
Traverser des décen­nies avec un enfant lumière
Alors vous aurez peut-être com­pris que les images
Tous ces moments à jamais ins­tan­ta­nés si pro­fonds dans sa tête

Vous n'aurez jamais été capable d'en rêver de pareils
Juste rêver suf­fi­sam­ment fort votre hori­zon d'enfant.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

A regar­der le ciel

 

 

 

 

 

Ce matin, j'ai vu le der­nier oiseau se his­ser vers le cimes du ciel
Il mon­tait, il mon­tait

Je n'étais pas seul sur la place
Même si je ne les connais­sais pas
Ils ne se connais­saient pas non plus
Nous n'étions pas seuls au fond de la Ville

Non pas si haut, non, il ne mon­tait plus beau­coup
Nous étions quelques cen­taines, peut-être quelques mil­liers à le regar­der
Rien n'était pré­vu ce jour-là, sinon l'envol du der­nier oiseau

Ses ailles bat­taient plus fort,
Sa tête s'élevait, s'abaissait, cher­chait son échelle de Jacob
Je ne voyais plus que le mou­ve­ment tou­jours ralen­ti de ses ailes
Du bas vers le haut, du haut vers le bas, les vagues s'étiolaient
Finalement, il accé­lé­ra fré­né­ti­que­ment
Mes pou­mons me brû­laient
Entama la spi­rale qu'il vou­lait ascen­dante

Des éclats de lumière per­cu­taient le bord de ses ailes
Une traîne lumi­neuse le sui­vait main­te­nant dans sa course
Une onde claire qui ten­tait, sem­blait-il, de le pro­pul­ser
Très haut, plus haut à n'en pas dou­ter

Il s'est arrê­té, en plein vol, il a stop­pé au bord du ciel immense
Il s'est retour­né et nous a regar­dés
Du moins, je le crois
Je ne sais pas ce qu'il se pas­sait dans son âme d'oiseau
Je ne sais pas ce qu'il se passe dans l'âme des oiseaux

Hier, je me sou­viens, était un jour ordi­naire
Je suis allé voir l'agitation autour du port enva­sé
Les machines qui gron­daient pour tailler un che­nal
Vers la mer malade
Je ne savais où tout cela nous condui­rait
Peu m'importait

D'ailleurs, quand il m'a regar­dé
J'ai bais­sé la tête, nous avons bais­sé la tête
Comme si sur le sol il pou­vait y avoir un reflet
Ce sol qui jamais, non jamais ne pour­rait être ren­ver­sé
Ce sol que jamais l'âme des oiseaux ne pour­rait atteindre.

 

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:17+00:00 16 mai 2016|Catégories : Blog|

 

 

4.

 

 

 

Remets-moi la même
Et demain carême !

J'ai trop bu la tasse
Et c'est dégueu­lasse
Soupé des vinasses
Et des coups à l'as

Remets-moi la même
Et demain poème !  

Je refais sur­face
La vie est la farce
D'une dinde garce
Je reviens de Mars !

Remets-moi la même
Et demain j'écrème !  

Je vois dans la glace
Ma fraise que massent
Mes doigts de limace
Allez je l'efface !

Remets-moi la même
Et demain je t'aime !

 

 

 

 

 

9.

 

 

 

 

 

Chère Annabelle
Ton teint était pru­nelle
Mais ta langue que­nelle
Que cachait
Un den­tier

Chère Annabelle
T'es tout bala­frée d'elle
Ta bouche mor­ta­delle
S'y déchaussent
Des bouts d'os

Chère Annabelle
Mouchées, den­telles
Et le minois
Qui m'ensorcelle
A tout cou­lé comme chan­delle

 

 

 

 

 

17

 

 

 

 

 

Patriote
A qu'un glotte
A qu'une huître
A sa botte

Matelote
A qu'un moule
A l'ampoule
Emmaillote

Redingote
A le boule
Et se foule
A la flotte

 

 

 

 

 

21

 

 

 

 

 

J'en ai sou­pé
Des vacha­laits
Et des sou­pers
De soupe au lait

J'en ai sou­pé
De ces fro­mages
Je suis en nage
Je suis trop fait

J'ai trop nagé
Dans les potages
Et les nuages
De lait caillé

Rendez-moi l'âge
Qu'avant j'avais
Quand j'étais sage
Et pas cra­mé

J'en ai pas­sé
De ce cirage
Puis j'ai volé
Dans les plu­mages

Rendez mes gages
Et mes pou­pées
Je les met­trai
Dans mes bagages

Adieu l'adage
Et la pen­sée
Le gros pro­verbe
Et son adverbe

Adieu rivages
Et mai­son­nées
Adieu la nage
Synchronisée

 

 

 

 

 

22

 

 

 

 

 

Qui met le pied
A l'étrier
Le met, dom­mage,
A l'engrenage

  

 

 

 

 

40

 

 

 

 

 

Dans les concombres
Pèsent des ombres
Non éplu­chées

Chaque ombre pèle
En ver­mi­celle
De ver mou­lé

Qui va griller
Dans la cor­beille
Comme l'abeille

 

 

 

 

 

48

 

 

 

 

Je suis l'angoisse
Et l'huître lasse
Qui dans l'écrin
Perle la poisse

Je suis l'éteint
Et l'ongle teint
Qui pète en face
Et plie en coin

Je suis la masse
Et le pin­gouin
Et la limace
Du jar­din
 

 

 

 

 

69

 

 

 

 

 

Tour de France

Marche à l'eau
Qui désal­tère

Rond le dos
Mets des hal­tères

Lève haut
Bien ton pos­tère

Pédalo
La pente aus­tère

Et repos
Au monas­tère

 

 

 

 

 

  70

 

 

 

 

 

Madame a l'âme aha
Monsieur retend ses bas

Madame ne veut pas
Monsieur contra­rie pas

Madame a l'âme aha
Monsieur l'esprit bobo

Madame sou­rit pas
Monsieur dit c'est pas beau

Madame a l'âme aha
Monsieur le cœur à l'eau

Madame chiale aha
Monsieur dit pas un mot 

Madame est morte oho
Monsieur répond allo ?

A répond plus Madame  
Monsieur a ren­du l'âme 

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:17+00:00 16 mai 2016|Catégories : Blog|

Manifeste Orphique

 

 

 

 

 

Convoquer les lieux, les ancêtres
glis­ser le long des fleuves
défier l'immobile, dépla­cer des mon­tagnes
par­tir in pet­to vers les confins du cos­mos

Frapper d'un coup sec et pré­cis
ce qui dans l'ordre du pou­voir enferme
s'affranchir du savoir obli­gé
de la pesan­teur qu'on nous impose

Ouvrir des échap­pées si belles
qu'elles sidèrent le défri­cheur
ôter les œillères, les bâillons
les brû­ler avec le goé­mon

Inventer des noyaux durs
qu'on avait pas su pré­voir
faire subir au men­tal
une brusque pous­sée de bas en haut

Habiter le monde sans le détruire
lever des can­tiques des plaines, des brousses
se frot­ter au bidon­ville, faire de l'eau neuve
retrou­ver le fil de l'histoire

Errer dans les jours apla­tis
en expri­mer le fabu­leux
prendre un éclat de lumière
allu­mer une idée comme un feu

Métisser la chaîne et la trame
de tout ce qui tombe sous l'œil
dans l'oreille sous la main
frô­ler un pré­ci­pice sans fin

En res­sor­tir plus pur, plus vrai
abo­lir l'obéissance docile
anéan­tir indif­fé­rence et mépris
se mon­trer patient
avec la mani­fes­ta­tion de la véri­té

D'un mot faire sau­ter les entraves
qui encore nous retiennent
se désha­biller de la peur
qui encore nous enclave

Ne plus mettre de bar­rières
entre les peuples
aban­don­ner le pig­ment de la peau
pour dire qui on est

Driver les aléas inté­rieurs hors du corps
ne pas hési­ter à louer la beau­té
la cher­cher où elle est insoup­çon­née
la trou­ver là où on pense qu'elle n'est pas

Reléguer la sur­face des choses
pour l'attirance du reflet
– la conser­ver pour les caresses –
s'engouffrer dans les pro­fon­deurs toutes proches

Ne pas se lais­ser enter­rer avant l'heure
dan­ser les funé­railles quand elles sont là
ne pas oublier les pri­son­niers
prier si ça aide

Tailler les mots dans le dia­mant
cou­ler le poème dans le flux
les cata­ractes, les tor­rents et les houles
veiller à ce que les feuilles soient vivantes au matin

Surveiller les fon­taines pour les faire boire
et l'inconnu pour qu'il flam­boie
pondre un œuf de temps en temps
mais pas trop sou­vent

Dézinguer le men­songe comme il vous dézingue
se mêler au trou­peau mais res­ter franc-tireur
faire la sen­ti­nelle pour ceux qui dorment
renaître à loi­sir de ses cendres

S'ébattre sur des grèves
qui ont vu des hommes
mou­rir pour des guerres
qui n'étaient pas les leurs

Quitter les rails, tra­ver­ser les impasses
faire pro­li­fé­rer les mots qui embrasent
rêver tout haut, ne pas s'effrayer de la dérive
en appré­cier toute la vélo­ci­té

Briser coque, gangue, cosse, cabosse
faire du poème une éner­gie renou­ve­lable
frap­per la note juste pour une juste cause
faire fruc­ti­fier les visages de l'amour

Naviguer de la chair à l'esprit
ou de l'esprit à la chair
de la musique à la pen­sée
du silence à l'invention des âmes

Allumer des ravages
dans le silence des choses tues
bran­dir un tison et réduire l'esclavage
exhu­mer un secret, exul­ter sous la pluie

Avec les femmes, par­tir plan­ter
80 mil­lions de palé­tu­viers
ouvrir sa gorge comme on ouvre un calice-liber­té
venir au monde, y res­ter, dans sa nudi­té

Allumer l'obscur
annu­ler le gène de la bar­ba­rie
trou­ver la veine, la per­cer
ne pas hési­ter à frayer avec l'ombre

Suivre les voies de Vénus
goû­ter son écume
conju­rer les désastres
nour­rir son âme de ful­gu­rance et d'infini
boire le ciel

Balbutier les matins de bar­reaux
ouvrir toutes les cages
réper­to­rier le rythme de chaque être, de chaque chose
en épou­ser la res­pi­ra­tion jusqu'à l'extase

Naviguer en aveugle vers une côte
où se pressent des pirogues peintes
où les enfants sillonnent
entre les tam­bours cha­lou­pés et les filets

Faire pous­ser la musique
dans les caves et dans les champs
célé­brer la splen­deur de la lande
déme­su­ré­ment

Quitter la réclu­sion volon­taire
lan­cer un regard incen­diaire
à ce qui nous a bri­sés
d'un geste, rendre les bri­seurs obso­lètes

Alors, on pour­ra entrer en rébel­lion ouverte
remettre l'imagination en selle
à chaque moment du jour et de la nuit

Alors, on ver­ra les jeux de mots
pous­ser sur les arbres
avec à chaque nœud, de chaque branche
un char­bon ardent

On ver­ra par­tout le soleil à minuit
la braise cou­vri­ra la sur­face des lacs
on ira pleu­rer de joie
devant la can­deur des jar­dins.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

(ou bien)

 

 

 

 

 

1

 

 

 

Pour être libre
je me fonds à la brume
ain­si peut-être, inch’allah
je pas­se­rai de nébu­leuse à pla­nète

A la recherche d’un rivage
pour célé­brer les vagues
qui se déroulent
sans témoin

je chan­te­rai vos rêves éga­rés
oscil­lant tout le jour
entre deux som­meils dif­fus
refu­sés par votre nuit

sans jamais rompre le lien
de contem­pler la mer
pour que la vie revienne
dans le morne de vos yeux

et ravi­ver le cœur
empli d’ombre de ceux qui ont per­du
jusqu’au sou­ve­nir de leur voix
noyée par tant de cris.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

2

 

 

 

Pour Brigitte Maillard

 

 

 

La chambre scel­lée
laisse pas­ser les oiseaux
ain­si l’extérieur s’invite encore en moi.

L’absence d’horizon
ouvre toutes les pers­pec­tives
un coin de nuage figure l’univers.

Fenêtres closes, je vois le monde, sa splen­deur
et celui que l’homme en son hor­reur
fait virer à sa perte.

L’acharnement d’êtres chers,
le fil d’une lame
la lente et sure dif­fu­sion du poi­son.

C’est de là qu’au sor­tir des tem­pêtes
après le ravage du ciel et des flots
dans le calme de la nuit finis­sante

le flou du matin qui fris­sonne
des cica­trices mira­cu­leuses couvrent mon corps
la facul­té d’oubli si fer­tile.

C’est ain­si que par­fois, je sais
réduire le men­songe et pour un bref moment
recoudre le ciel et la terre.

Un œil lavé, un corps léger, un sang neuf et clair
de cette brèche s’élèvent
de nou­velles musiques

Sans par­ti­tion, sans métro­nome
une cou­lée de mots s’écrit seule à plein flot
à la fois source, chute et envol.

 

 

 

 

 

3

 

 

Pour Paul Dirmeikis

 

 

 

Ma pen­sée au ciel s’allonge
la lumière monte dans les nuages gla­cés
pour suivre les flots de l’air.

Ainsi ma pen­sée, à peine un mur­mure
entre la mémoire de l’avant
et l’image à venir.

Parfois, le bon­heur d’une voix ténue
perce le ciel jusqu’à des hauts-fonds
de réseaux ines­pé­rés.

Plus d’abscisse, plus d’ordonnée
juste l’incertitude
d’une ouver­ture sans borne

comme un banc d’oiseaux
se dis­sipe et se ras­semble
à la pointe du jour.

Entre la mémoire et l’imaginé
se tressent dans le ciel
des résilles incal­cu­lées.

Rien que le flux, invi­sible à l’œil nu
de ce qui met la pen­sée
en transe.

Des veines de sang rosé
de lait bleuâtre
irriguent ma tête et les nuées.

Dans le ciel glisse un chant
une louange, un esprit, un ange
un poème fan­tôme.

Aux berges effa­cées
le silence devient prière
dans cette grâce, les larmes du sacré.

 

 

 

 

 

4

 

 

 

Mort de Julien Gracq

 

 

 

 

La ville que j’ai délais­sée, ten­ta­cule
le monstre inache­vé
fut rasée par un rayon.

La presqu’île
pour tou­jours flé­trie a som­bré
dans les eaux de pes­ti­lence.

Pourtant la route exal­tée résonne
comme un chant et la forêt lan­ci­nante
se prend d’un envol bru­tal.

Pas à pas la rivière si dif­fi­cile
à per­ce­voir dévoile ses racines
et se met à mou­rir sous mes yeux.

A décou­vert, un châ­teau aléa­toire
se recule à l’infini
un bal­con frag­men­taire s’ennuage.

A l’envers de mon œil, l’océan
danse sur la corde raide
le rivage en gloire monte au ciel.

 

 

 

 

 

5

 

 

 

Sur le che­min, au-des­sus du che­min
sous la falaise et sous la glaise
sous le feu nour­ri d’une géante rouge
ou d’une super nova

l’instant se com­pacte et rem­plit tout l’espace
j’éteins l’obscur et me retrouve par­tout
vapo­ri­sée en grains de pous­sière
dans les par­ti­cules de l’air.

Je parle une langue incon­nue
mais trans­pa­rente
les mots sont des graines, des fer­ments
des levains, des racines plon­geantes, des fila­ments

Une langue de lumière sur­gie
d’un trait obs­cur dans le ventre du ciel
comme un amour éclose le clair
sous les arches de la nuit

Car les amants du soleil fil­tré ou de l’aube
qui savent s’ouvrir à l’univers
au-delà même
de toute mémoire

éprouvent l’espace
comme un corps sans limites
par cette flamme qui nour­rit nos langues
au lait de l’invisible

Cet ins­tant où tout à la fois
– par­tu­riante de l’infini –
on vient, on est au monde
on accouche de mondes inédits

lorsque la nuit n’oublie aucune enclave
s’élance vers un nou­veau jour, plus véloce
éblouit sans détruire
au seuil d’un être dont on ne sait rien

Il suf­fit d’un mot, d’un germe
un lieu, un dieu qu’on n’a pas convo­qué
d’une ques­tion immense
qui ne trouve pas de réponse

dans un brusque chan­ge­ment
de l’espace et du temps
bai­gnée par la nudi­té du rivage
cette flamme explique la nuit

comme une âme.

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:18+00:00 2 mai 2016|Catégories : Blog|

 

Comme vous y allez, vous,
Au devant des êtres, l’hiver ?

Un brin sou­cieux
Que les contraires s’attirent.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

D’un signe repous­sant qui vou­drait les unir

Peut-être, avec ce qui peut mou­rir

« Il y a si peu
Que de le dire serait tout confondre »

Ton vœu se porte sur l’herbe.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

Si je pas­sais bat­tant des mains
Exténuant autour de moi le silence
Ni hos­tile ni grave…

Il y a peut-être dans ce jour, il y a peut-être
Encore quelqu’un.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

À l’ombre qui dérobe
Sa voix
Pardonne,

Aussi douce qu’elle fre­donne
« Oh qui là pour la contre­dire… »

Le temps que l’ombre dérobe
Sa voix
Je peux dire

Ce sera, je le sais,
Le beau som­meil sans peur.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Un soir pan­te­lant sous les chênes

J’ai per­du
Mon refrain, mon visage,
Oh il n’avait pas d’âge,
Ce n’était qu’un des­sin…

La main conjure-t-elle
Le soir

« Plus ou moins »

 

 

 

 

 

 

 

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:18+00:00 3 avril 2016|Catégories : Blog|

(*) PUDING SE PROVERAVA TIME ŠTO SE JEDE

 

Opsesija si, rad­na sna­go.
Prava opse­si­ja. Izvrćeš se
U slu­gu, a sve od tebe zavi­si.
Ceo svet, sve u tvo­joj šaci.
Slično se slič­nom ne raduje :
Ali čik se vi kres­nite na
Pokretnoj tra­ci.

 

 

ON VÉRIFIE LE PUDDING EN LE MANGEANT

 

Force de tra­vail, tu es une obses­sion.
Une obses­sion véri­table. Tu dégé­nères
En laquais et tout dépend de toi.
Tout le monde, tout dans le creux de ta main.
Le pro­chain ne se réjouit pas du pro­chain :  
Prostrés devant la bande trans­por­teuse,
Ayez le culot d’y bai­ser !

 

 

 

***

 

 

 

 

BAJKA 1 (nara­ci­ja odsust­va)

 

i ova smrt je na upit
voliš li baš sve moje boles­ti ?
kli­ma­vo si ti sunce, tata
odmah si mi dao da biram

na rate : nebi­ran­jem. tras !
nema boga, i sve ti je doz­vol­je­no
krio si pod tuđim bra­da­ma
da su svi oni (muš­kar­ci)
maze, da sva­kom moram
iti maj­ka i da nije­dan ne ume

da se pok­va­ri kao moja igrač­ka
ceo život sam u lif­tu želje, tata
hoću da se zagla­vim, da zagla­vim
kao zlat­na ribi­ca na šabat

 

CONTE DE FÉES 1 : récit d’absence

 

cette mort est aus­si sur demande
tu aimes vrai­ment toutes mes mala­dies ?
tu es un soleil chan­ce­lant, papa
tu m’as aus­si­tôt per­mis de choi­sir

en éche­lons : sans choi­sir. boum !
dieu n’existe pas et tout t’est per­mis
sous les barbes des autres tu as caché
le fait que tous (les hommes) étaient
des enfants gâtés, et que cha­cun avait
besoin d’une mère en moi et que per­sonne n’était

capable de tom­ber en panne comme mon jouet
papa, j’ai pas­sé toute ma vie dans l’ascenseur du désir
je veux être coin­cée, je veux coin­cer
comme pois­son d’or au jour du sab­bat

 

 

 

***

 

 

 

 

BAJKA 2 (nara­ci­ja pri­sust­va)

 

evo i tebi jed­no laku­noć
još jedan opušak ubačen
u bocu, nigde da ne stigne

i ovaj mesec će se stro­poš­ta­ti
da, veruj mi, niz naše obraze
uve­di me u sim­bo­lič­ki pore­dak
tan­caj me sla­bi imu­ni­te­tu
ja sam tvoj nepo­si­san limun
kost zako­pa­na za crne dane

pul­si­ra­j­mo uvek zajed­no
ova­ko kri­vo sras­li
tan­caj me

 

 

CONTE DE FÉES 2 : récit de pré­sence

 

un bon­ne­nuit à toi aus­si
ncore un mégot jeté dans
la bou­teille qui n’ira nulle part

cette lune tom­be­ra aus­si
oui, crois-moi, le long de nos joues
intro­duis-moi dans l’ordre sym­bo­lique
danse-moi, toi, l’immunité faible,
je suis ton citron pas encore sucé
ton os enter­ré pour les jours noirs

bat­tons tou­jours ensemble
ain­si mal sou­dés
danse-moi

 

 

 

***

 

 

 

 

 

ZA NEVEŠTOG TOREADORA

 

ne čekam sen­ten­cu, ne oštrim rogove,
čoveče sa telom žene, vaz­da naba­dan
mahanje, navi­janje, uzbu­di­ti me neće
bik sam, a dosad­no mi je, opet zovete
vaše cveće vene dok njime mašete
čelo vam je vre­lo, rume­ni­jim biva
što se više rukom ka meni upin­jete
ne vidim tu boju, mojom sad je siva
iako ste veš­ti, slep sam. slo­bo­dan. 

 

 

 

POUR UN TORERO MALADROIT

 

je n’attends pas une sen­tence, je n’aiguise pas mes cornes,
homme avec une figure de femme, tou­jours trans­per­cé
je ne serai pas ému par l’agitation, le sou­tien
je suis tau­reau bla­sé, et vous ne ces­sez d’appeler
vos fleurs fanent en train d’être agi­tés
vos fronts sont brû­lants et ne cessent de rou­gir
de plus vous diri­gez vos mains vers moi
de moins je vois cette cou­leur, ma cou­leur est grise
même si vous êtes habile, je suis aveugle. libre.  

 

 

 

***

 

 

 

 

DOBRI MOJ

 

jeste, dobri moj, lju­bav
dođe i prođe. Ali, kako
to dođe i kako prođe, a
gde ode, kod koga ostaje,
koli­ko se puta okrene,
da li uvek mahne, ili
je pre­ga­zi voz, sa kim
se mimoi­la­zi, sa vama
što je jurite, ili vama što
mah­ni­to bežite, ko tu
koga ostavl­ja ? a kako
prođe, kao orga­zam
ili rana od sač­mare,
kao redn­ja ili nesa­ni­ca,
je li brza kao talas ili
tro­ma kao život sam. I
baš toli­ko dos­led­na ?

 

 

MON BON GARÇON

 

oui, mon bon gar­çon, l’amour
vient et passe. Mais com­ment
se fait-il qu’il vient, et qu’il passe,
et où s’en va-t-il, où est-ce qu’il demeure,
com­bien de fois est-ce qu’il tourne,
est-ce qu’il salue tou­jours, ou bien
le train l’écrase, avec qui il se croise,
avec vous qui chas­sez après lui, ou bien avec vous
qui l’évitez, qui aban­donne
qui ? et com­ment passe-t-il,
comme un orgasme ou bien
comme une bles­sure faite par un fusil,
comme une épi­dé­mie ou une insom­nie,
est-il rapide comme une vague ou
pesant comme la vie. Est-il bien
tel­le­ment consé­quent ?

 

 

 

***

 

 

 

 

BOLJŠEVICI NE NOSE SPAVAĆICE

 

Krc, krc, niz zube ste­pe­ni­ca
Stupamo sme­lo, nikad na kole­ni­ma
Letele su pele­rine gos­pođa

Bog ne može u san­duk, Bog u grob ne staje
Nadežda se praz­nom kre­ve­tu osme­huje
Baci me u voz, pro­kri­jumča­ri me

Hoću da me pote­gneš kao vot­ku, iz cuga
Viljuške za kuglof leteće sa bal­ko­na
Kao kapi­ta­lis­tičke gra­nate

Vrati osmeh u svoje ležište
Marširamo : nikad više
Njihovi dže­po­vi pun­je­ni našim dže­po­vi­ma

Izvrnuli smo se, svi ruda­ri, do jed­nog, kao kiša
Naša deca i nji­hove kašike ribl­jeg ulja subo­tom
Kobila je po sebi sku­pl­ja­la inje

Suza joj se ledi­la na minus tri­de­set
Nadežda je sebi krišom pri­re­di­la pillow talk
U snu je pol­ju­bi­la zape­tu puš­ku

Majakovskom je nes­ta­la tegla pek­me­za
Zbrisana kao Ljilja na foto­gra­fi­ji sa drve­tom
Priđi, šapući mi kao ljul­jaš­ka

Slivaću ti se niz gru­di, grlo
Na ras­krs­ni­ci. Slobodno me retuši­raj
Vojniče, trud­na kobi­la neće da čeka

Posisaj komu­ni­zam s mle­kom,
Nek ti na vreme kopa­ju jame, sine
Boljševici ne nose spa­vaćice

 

 

LES BOLCHEVIKS NE PORTENT PAS DE NUISETTE

 

Crac, crac, le long des dents de l’escalier
Nous des­cen­dons cou­ra­geu­se­ment, jamais à genoux
Les pèle­rines des dames volaient

Dieu est inad­mis­sible dans un cer­cueil, il est trop grand pour un tom­beau
Nadežda sou­rit au lit vide
Jette-moi dans le train, intro­duis-moi secrè­te­ment

Je veux que tu me bois d’un coup comme vod­ka, à la lie
Les four­chettes à kou­glof vole­ront du bal­con
Comme les gre­nades capi­ta­listes

Retourne le sou­rire dans son siège
Nous mar­chons : plus jamais leurs poches
Ne seront pleins des nôtres

Mineurs, nous sommes tous ren­ver­sés comme la pluie
Nos enfants et les cuille­rées d’huile de pois­son les same­dis qu’ils offrent à leurs enfants
La jument recueillait la givrée sur sa croupe  

Sa larme gla­çait par une tem­pé­ra­ture de moins trente
Nadežda s’offrit un pillow talk en cachette
Et bai­sa le fusil char­gé en rêve

Maïakovski a per­du son pot de confi­ture
Il était effa­cé comme Lili de leur pho­to à l’arbre
Approche-toi, chu­chote comme le balan­çoire

Je me répan­drai en bas de ta poi­trine, de ta gorge
Sur le car­re­four. Retouche-moi sans peur
Soldat, une jument en gros­sesse n’a pas le temps d’attendre

Avec du lait suce le com­mu­nisme  
Et qu’ils creusent tes fosses à l’heure, mon fils
Les bol­ché­viks ne portent pas de nui­sette 

 

 

 

tra­duit par Bojan Savić Ostojić

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:18+00:00 3 avril 2016|Catégories : Blog|

 

En-deçà du visage,

            ton amour me ras­semble        
sur l'archipel de mon esquive

                        Ses conti­nents          
                        s'emboîtent
                       comme un jeu d'enfants         en ques­tions-nuages…

            Terre mouillée de sa lumière
           que l'insoutenable ten­dresse
           de ton regard    

            C'est une eau qui m'interroge
           dans le clair-obs­cur trop proche
           de ton visage…                                                        

            Fondu enchaî­né   j'ignore ce qui fait suite
                       à la nais­sance des images…

            Une fenêtre, une mai­son peut-être ?

                        un quelque chose d'inexploré encore                                  

                                        une  marge             lim­pide                                              

                        C'était entre nous gar­dé         le cœur de la nuit,                                                                 

                        conque
                       ou conique

                        Un amour sans rai­son             s'y était accom­pli                      

                        Le regar­dant s'émerveille :

                                                                       la vue nou­velle,
                                                                      l'esprit ailleurs…

                        Je ne sais pas ce qui va suivre
                       Les mots s'agitent dans leur  
                       coquille folle

                                                           Qui les ren­contre ?

                        On nous oublie…

                        Je naquis de ne jamais vrai­ment te connaître           

                       

 

 

***

 

 

 

Je m'aventure dans les allées de ton silence
Jardins ouverts
Scène conju­gale

J'imagine tous les pas­sages du vent,
Sa main sur la nuque de tes non-dits
Ce débord esti­val de la beau­té
Entre les lignes de tes yeux

Ton front se plisse comme une his­toire
Je me sur­pris à t'observer
J'errai lon­gue­ment dans le jar­din de ton silence

On tourne une page,
Et l'épisode se déplie dans la nuit chaude.

Ce jour-là
Tu ne por­tais pas la robe qui t'allait si bien

Mais seule­ment le début d'une joie

 

 

 

***

 

 

 

Un couple, c'est quoi ?

Un cou, et la pluie d'un regard,
Ce regard indé­cent qui des­cend sur tes seins

La vieillesse se regarde dans un miroir
Les bal­cons bor­dés de leurs géra­niums aca­riâtres
S'abstiennent de tout com­men­taire

Il pleut sur le cou de nos années
Un cou très long de cygne blanc

                        Qui se redresse en inter­ro­geant.

                        Mes années se regardent dans un miroir
                       Et font des­cendre leurs mains sur tes hanches,
                       Un bas­sin très large où flottent des cygnes blancs.

Un couple, c'est quoi ?
Un cou, et la pluie d'un regard

 

 

 

***

 

 

 

Une bouche se pose
Sur l'entre-deux ouvert par ton hési­ta­tion.

La ten­dresse est dis­crète aux abords de la pose
Je me laisse déri­ver par ta grâce fra­gile.

J'appuie peu de choses. Quelques mots seule­ment.
L'aventure se dénoue­ra dans l'ordre consen­ti.

A peine une aiguille, tis­sant l'étoffe per­due
Du vête­ment qui tient ensemble les deux bouts
De notre nudi­té, de notre joie.

Je cherche le nord de ta médi­ta­tion
Et je me prends, moi aus­si, à hési­ter.

A te relire, à te réin­ven­ter.

 

 

 

***

 

 

 

Je vou­drais faire quelque chose
De cet ins­tant qui ne va nulle part.

Laisser les pieds nus de mes pen­sées
Fouler sa lame, avant l'éveil.

Le soleil affleure à la sur­face
Des peaux et des pau­pières.

Un temps don­né, pour rien.

Le monde n'est pas encore aveugle
D'une action qui vien­drait l'entreprendre
Dans ses filets

Vitre embuée de la conscience,
Vite, vite…

Parsemant ses pro­jets et pro­diges,
Ses gar­rigues spon­gieuses.

Illusion d'optique ?

Le mou­ve­ment m'éclaire d'un pos­sible alté­ré.

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:18+00:00 3 avril 2016|Catégories : Blog|

Mais tout exi­lé est comme Ulysse, dési­reux
De retrou­ver sa terre natale après avoir bour­lin­gué
Sur les mers pri­vées des phares et des balises.

Pour Franco Corrado, camion­neur sen­ti­men­tal,
Le tan­go fiore, le tan­go implore, le tan­go explose
L’or pillé des orpailleurs ; le tan­go impi­toyable
Dit l’eldorado, pour ma gitane des lianes, des gen­tianes.
        « L’exil est
Né d’une racine aérienne agrip­pée au vent,
D’une larme de pluie du Sahara ver­ti­cal.
Tu l’as trans­for­mé en soli­tude pour me tenir com­pa­gnie ».

 

 

 

***

 

 

 

Ce tan­go me rend insé­pa­rable de tes pas,
Il m’offre la ville allon­gée par les grecs
Avides d’oublier Sparte sans l’atrocité des errances.

Naples, à la besace des vents et d’écumes,
Gitan pré­sen­tant son enfant pour recueillir l’obole
Du tou­riste fati­gué par la romance des cro­qui­gnoles.

 

 

 

***

 

 

 

Je t’offre Naples, cet ins­tant où la mer res­pire
Comme le vieux marin, quand la lune se libère
Des res­pi­ra­tions du vent et de froides lumières.

Le tan­go pleure, le tan­go meurt, le tan­go neu­tra­lise
Les cieux des patries meur­tries en voca­lises,
Le tan­go ren­voie vos actes de nais­sance
Aux éphé­mé­rides impropres d’autres médi­ter­ra­nées.

Le tan­go allume un cigare pour tenir com­pa­gnie
A l’éternelle révo­lu­tion de Fidel Castro.

 

 

 

***

 

 

 

Dans le salon où les pas­sa­gers boivent l’expresso,
Le pia­niste chante l’amour, tyran de tout temps,
Et je sens mes mains embau­mées de sa tris­tesse.

Le bateau cra­chote sa vapeur tuber­cu­leuse
Sur un ciel suf­fo­qué d’hivers sans Terre de feu.

Dans le salon, les pas­sa­gers pensent au tan­go,
D’autres parlent pour oublier la terre.
Une mère retrouve ses sens sur la mer agi­tée,
Et sa pen­sée s’ancre à son fils immi­gré à Punta del Sol.
Son  pas­se­port est bigar­ré de visas aus­si divers
Que les langues andines deve­nues patois espa­gnols.

Pour elle, le tan­go sans bémol accorde le droit du sol
A tous les indiens, à tous les maliens, à tous les créoles
Partis au seuil des nou­veaux mondes, sans pro­to­cole.

 

 

***

 

 

 

Le tan­go t’offre la terre, de mère en fille,
De la maa­ti à la pacha mama, du filtre à la fiole.

Une rumeur prise au sérieux par un col­por­teur
S’enfle en guerres civiles et faux géno­cides.

Le tan­go aux bar­be­lés : les bour­reaux accom­pagnent
La mort sans ombre au cime­tière de l’exilé hybride.
Tango, tan­go pour Napoli ! La Terre est apa­tride !

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:18+00:00 5 mars 2016|Catégories : Blog|

                           Tourne en vain le manège
                       les mots se cabrent
                       comme les che­vaux de bois

                        Ils vou­draient s’envoler
                       galo­per à perdre haleine
                       Ils vont oreilles dres­sées
                       à l’écoute du vent

                        Qui les tient pri­son­niers
                       des rouages aveugles ?

                        Ils rêvent de che­mins
                       sans lisières
                       ils savent qu’on les attend
                       pour pas­ser des fron­tières
                       mais tourne le manège
                       au son des cré­celles
                       les mots pris au mors
                       suc­combent à la ronde
                       des ber­ceuses enfan­tines

                       Pourquoi l’éternel retour
                       des cava­liers du jour ?

 

 

 

(Frontières de sable – Editions La tête à l’envers – novembre 2013)

 

 

 

 

 

                           Tu marches près de moi
                       avec tes abîmes et tes neiges

                        Nos coupes de cris­tal
                       se heurtent et vibrent
                       dans le ciel vide

                        Les appels ont des ailes
                       qui égarent les anges

 

 

 

 

(Frontières de sable)

 

 

 

 

 

                        Elle se lamente, la voix bri­sée
                       aux récifs de la mémoire

                        Ici elle ranime la braise
                       éteint ailleurs la flamme qui s’avive

                        Elle cherche des mots épars
                       par­mi les cendres du lan­gage
                       lan­guit de ne pas les trou­ver
                       déchire en vain les voiles de la brume

                        Elle va gui­dée par le par­fum
                       des herbes sau­vages
                        en quête d’une source
                       pour ses lèvres alté­rées

                        Tout mur­mure d’eau
                       est rumeur qui s’épuise
                       aux neiges des hal­liers

                        Ivre de silence
                       elle qué­mande pour­tant
                       l’offrande d’un regard,
                       le repos d’un bai­ser

                        Où te caches-tu veilleur dans la nuit ?
                       Ignores-tu que nulle ombre —
                       jamais — ne pour­ra effa­cer ta trace ? 

                        Ne m’égare plus
                       dans tes forêts sans clai­rière
                       où chaque oiseau qui s’éveille
                       ne chante que pour toi

 

 

 

 

( Feux nomades – Editions La tête à l’envers _​ jan­vier 2015)

 

 

 

 

 

                           J’écrirai pour toi

                        Aussitôt les mots s’éveillent
                       comme une ruche endor­mie
                       quand sur­git le prin­temps
                       Ils volent vers celui qui appelle

                        Tout lan­gage crée ses pas­se­relles

                       Sans toi, l’or s’éteint dans les caves
                       les sources s’enlisent
                       et nul ne sait pour qui chante l’oiseau

                        J’écrirai pour toi

                        Paroles qui s’enflamment
                       comme perles sau­vages
                       sur la peau bien aimée

                        Ta venue brise la rigueur
                       des longs appren­tis­sages

                        J’écrirai pour toi

                        comme le pri­son­nier affran­chi
                       célèbre la lumière
                       comme le vent épouse le feuillage
                       comme la nuit se livre au jour

 

 

 

 

(Feux nomades)

 

 

 

 

 

                          Alhambra

                         

 

                           Une femme chan­tait
                       dans les jar­dins de l’Alhambra
                       Sa voix fouet­tait les étoiles
                       qui s’allumaient une à une

                        Te sou­viens-tu
                       du par­fum des oran­gers,
                       du bruis­se­ment des eaux ?

                        Tout demeure inchan­gé
                       en ce lieu de mémoire
                       où les neiges éter­nelles veillent
                       sur les palais enchan­tés

                        Lieder de Schubert
                       quelques notes suf­fisent
                       pour tirer de leurs rêves
                       les douze lions de pierre
                       des fon­taines assou­pies

                        Nous errons pour tou­jours
                       par­mi les colon­nades
                       et la den­telle des façades
                       dans le par­fum des oran­gers

 

 

 

 

(Feux nomades)

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:18+00:00 21 février 2016|Catégories : Blog|

 

 

 

 

Nuit. Tombe. Sur. Univers. Clair. 

(le bleu)

 

 

Jardin. Flux. Mécanique. Eau. Flux. Cascade. Soleil. Incessant. Chaleur. Épaules. Genoux. Pastilles. Jaune. Yeux. Pouces. Yeux. Feu. Trèfles. Bleu. Mouches. Vent. Là. Herbe. Tremblement. Léger. Gramme. Or. Creux. Main. Jardin. Flux. Mécanique. Incessant. Fort. Incessant. Faible. Cris. Chien. Enfants. Eau. Torrent. Véhicules. Lents. Véhicules. Vite. Flux. Cascade. Fleuve. Mécanique. Herbes. Couchées. Vent. Grand. Nuit. Tuiles. Feu. Herbes. Pli. Force. Courbe. Terre. Peur. Enfants. Fenêtre. Nuit. Pli. Bruit. Chien. Cris. Peur. Bleu. Nuit. Éclair. Éclair. Éclair. Image. Nuit. Vent. Feuilles. Courbe. Casse. Flux. Fluide. Mécanique. Eau. Soleil. Pluie. Chaleur. Poids. Chaise. Corps. Longue. Nuit. Courbe. Torrent. Boue. Feuilles. Vol. Claque. Porte. Panique. Fort. Faible. Jour. Tombe. Blé. Vert. Long. Mer. Roule. Vent. Courbe. Sol. Haut. Couché. Yeux. Eau. Flux. Tonnerre. Éclair. Bruit. Vent. Herbe. Roule. Mer. Vagues. Herbe. Yeux. Orage. Fenêtre. Casse. Vent. Gouffre. Sol. Herbes. Trèfles. Mouches. Bleu. Pouces. Yeux. Jaune. Soleil. Voir. Air. Vent. Peau. Chaude. Lourde. Chaise. Corps. Descendre. Herbes. Trèfles. Terre. Sol. Verre. Eau. Claire. Main. Fraîche. Vitre. Orage. Fenêtre. Cris. Question. Porte. Claque. Eau. Trèfles. Verre. Mouches. Air. Ombre. Yeux. Mouches. Air. Soleil. Chaud. Coton. Terre. Fleurs. Fraîches. Ombre. Acacia. Feuilles. Trous. Maximum. Air. Soleil. Ombre. Avance. Frais. Sombre. Épaule. Froid. Frisson. Nuit. Orage. Vite. Fenêtre. Pluie. Ouverte. Pluie. Fraîche. Sol. Herbes. Terre. Ombre. Vent. Feuilles. Jardin. Flux. Mécanique. Arbre. Feuilles. Ombre. Parasol. Trou. Visage. Chaud. Tête. Cheveux. Sentir. Bon. Eau. Flux. Gorge. Cascade. Eau. Sentir. Flux. Blé. Roule. Herbes. Hautes. Prairie. Grande. Herbes. Hautes. Maximum. Toi. Taille. Elles. Herbes. Hautes. Courbe. Casse. Herbes. Fleurs. Trèfles. Eau. Flux. Pollen. Yeux. Gloire. Ombre. Goutte. Eau. Pli. Yeux. Sérum. Nu. Mains. Flux. Incessant. Fort. Faible. Moins. Peu. Nul. Rien. Sol. Trèfles. Chaise. Longue. Peur. Corps. Remise. Tôle. Froid. Pluie. Vent. Tempête. Pluie. Eau. Bleu. Vert. Soudain. Nuit. Air. Électrique. Masse. Eau. Herbe. Verte. Nuit. Bleu. Blanc. Colline. Eau. Nuit. Tuile. Bruit. Toux. Poussière. Nul. Toux. Herbes. Bêtes. Plumes. Nid. Corps. Peur. Peuple. Nuit. Herbes. Casse. Vent. Clair. Frais. Nuit. Genoux. Eau. Flux. Cascade. Pré. Bêtes. Gros. Grasse. Herbe. Lait. Âge. Rouge. Blé. Nuit. Vent. Beau. Loin. Fort. Herbes. Hautes. Corps. Dedans. Feuilles. Carré. Ivoire. Boutons. Yeux. Pollen. Rouge. Creux. Parfum. Yeux. Terrible. Sol. Feu. Pré. Herbe. Grasse. Nuit. Vent. Soleil. Tombe. Nous. Corps. Ombre. Chair. Seule. Jour. Nuit. Terre. Seule. Ombre. Chaleur. Yeux. Main. Pluie. Lourde. Vent. Casse. Herbes. Tôle. Feuilles. Branches. Nid. Trèfles. Blé. Vert. Haute. Herbe. Rose. Pétales. Rouge. Noir. Nuit. Non. Eau. Bleu. Courbe. Brille. Vent. Noir. Dedans. Nuit. Clair. Fort. Seul. Flux. Grand. Ivre. Peur. Sel. Noir. Yeux. Nuit. Jardin. Flux. Soleil. Corps. Nul. Nuage. Sombre. Blanc. Oiseau. Haut. Meule. Chaud. Chaleur. Soleil. Roule. Corps. Sieste. Boule. Meule. Rien. Nuit. Jour. Herbe. Sel. Eau. Tremble. Tête. Front. Yeux. Bleu. Eau. Coule. Joues. Jardin. Flux. Mécanique. Juste. Nuit. Tombe. Sur. Univers. Clair. 

 

 

 

 

 

 

 

Du sol vivant a sur­gi… 

(le rouge1)

 

 

 

Du sol vivant a sur­gi le dou­blon de l'homme et du pois­son. La cor­dée d'une pêche mira­cu­leuse. Loin la mer der­rière la plage immense. Le pain par les miettes avance tout de suite. On tient le cha­peau en papier vola­tile. Lui le grand inno­cent. Du sol vivant a sur­gi la ronde tam­bour et le cri droit – hélas, la pers­pec­tive est close. Hauteur dont les genoux cognent. Ils marchent à l'abri du temps dans un linge usé et cette œuvre inédite ravale la face de Dieu. Ils avancent, un filet d'or sur l'envers. La nuque est tran­quille avec son col­lier de vents. Du sol vivant a sur­gi la courbe d'un dos. Le poids de l'être. Le cuir d'un pois­son. Ils n'ont pas eu peur de s'accoupler en ouvrant grand la bouche. Du sol vivant a sur­gi l'huile – le pig­ment pour écrire – la cou­ronne et l'assise : rouge sang. Un bébé de neuf jours. Son crâne est mou comme une éponge. Les sou­ve­nirs s'agglutinent et per­çoivent l'orée du fond. 

 

 

 

En mar­chant avec toi qui marches lent. Non loin de la ver­dure, l'avant-dernier jour d'un nom. On rajoute à minuit ce qu'il faut de secondes – la masse lourde d'une Terre sur­char­gée d'elle-même. Témoin : la vie muette. 

Dites – quelle forme avons-nous ? Un corps semé de par­ti­cules lumi­nes­centes. Nous voyons trouble. Que voyons-nous ? La patte d'un insecte sou­dain frac­tion­née. Est-ce une seconde ? Peut-être moins ? Lichen de feu ? Dès qu'on y pense. Quel est ce corps qui happe les col­li­sions ? Un sen­ti­ment dans l'être humain. 

 

3

 

Et les méduses changent de cou­leur. 

 

 

 

 

Profond sous la terre qui com­mence à cra­quer 

(le blanc) 

 

Qui s'amuse dehors à fouet­ter les grands ani­maux ? Est-ce moi ? Est-ce toi ? Est-ce moi que tu suis ? Est-ce toi que je suis ? Qui s'amuse le soir à filer doux ? Est-ce mon angoisse ? Toi qui dors loin ? Qui s'amuse la nuit à par­ta­ger le vert du feuillage ? La nuit de l'étoile ? Le frais de minuit ? La soli­tude des enfants qui dort dans le noir ? Qui s'amuse encore à relire tous les livres ? Est-ce l'oiseau ? Dont le bec sonne l'heure ? Pépie furieuse ? D'en être tou­jours là ? Qui s'amuse le jour ? Le fin tra­cé du cœur ? En maître sau­vage ? Qui s'amuse le soir ? Le fin tra­cé du cœur ? Idem ? Avec en plus l'artère qui sou­lève ?
Boum boum…
Qui s'amuse à voir – dehors la nuit – la pous­sée lente des pla­nètes ? Qui s'amuse le jour à mettre sous terre les épingles à linge ? Pour en faire un piège ? Pour qu'elles tiennent la terre ? La terre et l'eau ? Avec les feuilles ? Pour salir le linge ? Faire sécher la boue ? Étendre le linge ? Comme des fos­siles ? Qu'on épous­sette ? Des épingles à linge ? Comme des ver­tèbres ? De dino­saures ? Qui s'amuse à creu­ser ? À enfouir sous la pluie ? À creu­ser sous la terre ? Des épingles à linge ? Comme un tré­sor ? Est-ce qu'elles brillent ? Les grises ? Et les vio­lettes ? Où sont pas­sées les dorées ? Profond sous la terre qui com­mence à cra­quer. Qui s'amuse le jour ? Avec Estrella ? Qui espionne l'amour ? En pen­sant qu'il est là ? Qui s'amuse à défaire ? À refaire ? L'alphabet ?
Moins le blanc de l'encoche,
le puzzle est entier.

 

 

Publié dans la revue Thauma, 11 « Couleurs, lumière »

 

 

 

 

Je vois naître la cou­leur puis se rétracte…

(le noir) 

 

Savoir si c'est moi qui ramasse les miettes à la main, si c'est moi la ter­rienne, si ma nage absorbe la mâchoire, la claque et l'ennui, si c'est moi la les­sive, la meule noire, champ solaire, si c'est moi la rou­lade qui revient à l'air libre, ciel ouvert – mal­gré le fond noir de l'écran. Si c'est moi le défi d'apprendre tout par cœur. Karité, aloès, cire d'abeille. Si c'est moi la noir­ceur ou la grâce, l'entrelacs : ça y est, je vois ; la lumière du jour, l'hécatombe. 

Ne me parle pas comme si j'étais savante. Comme si je connais­sais le sens des mots. 

Je tra­verse en deux temps. Ma peluche a per­du de quoi faire l'intérieur de son être. Qui devance de quelques pas les mots que je pro­nonce ? Qui demeure en cet endroit ? Avec moi dans la lande ? Où se mélangent thym, menthe et mar­jo­laine ? Et la coquille d'œuf bri­sée par l'enfant, est-elle sous­traite à l'action pesante ? Avec ce qui me reste d'yeux, je vois : naître la cou­leur puis se rétracte. Comme si l'œil bas­cu­lait dans le corps la plus grande part du monde. 

Je recon­nais ton rêve, même en rêve, quand il est neutre, flou, loyal. 

Si je grat­tais der­rière les livres, comme un loir, je décou­vri­rais com­ment se noue, au creux de nuit du cri tro­glo­dyte, mienne et tienne, l'inspiration ; je cher­che­rais en vain un exemple sans faille, le cœur comme un sachet qui ne bouge pas quand je bouge, un cœur auto­nome, le poids solaire de l'eau, les petites cloques de soleil dur, d'entrée de jeu, l'air tout seul qui joue comme un enfant : en silence, piment noir du mois d'août. 

 

 

 

Publié dans la revue Thauma, 11 « Couleurs, lumière »

 

 

 

L'enfant joue du tam­bour…

(le jaune et le vert) 

 

 

1

 

 

L'enfant joue du tam­bour, dit chut ! aux oiseaux, com­mence,
un peu hagard, un peu à l'aveugle.
La peine a dis­pa­ru
ou presque
et s'avance, fillette, avec un faible pour toi. 

 

 

 

Quelque chose en équi­libre sur la tête,
l'enfant marche,
pour que ça tienne, pour que ça tombe.
Où vais-je aller avec ma fusée ?
Vers le ciel jaune ou le ciel vert ?
Le coq fait miaou. 
Où sont-ils, les arbres qui pensent ? 

 

 

3

 

As-tu per­du le sens de l'air ? Le sens de l'eau ?
Mais l'eau n'a pas d'empreinte.
Pas plus que nous-mêmes.
L'arc-en-ciel est-il ce qu'il est ou l'est-il à cause des cou­leurs ?
C'est la ques­tion irréelle.
Le grand débat des huit-neuf ans. 

 

 

Publié dans la revue Thauma, 11 « Couleurs, lumière »

 

 

 

Est-ce que ça flotte les billes ? 

 

 

Est-ce que ça flotte les billes ? Se demande celui qui regarde à tra­vers comme on cherche à voir l'entre-choc des mondes. Est-ce que ça flotte avec la lumière et son tilt indé­chif­frable ? Est-ce que ça flotte les billes dans l'eau claire d'une rivière ? Dans la main de l'enfant qui joue à Jonas sai­sis­sant la baleine. Est-ce que ça flotte comme une feuille ? Comme la lotte ? Est-ce que ça flotte comme le sens ? La répé­ti­tion des leçons ? Est-ce que ça flotte comme le mime qui balaie tout lan­gage ? Ou bien l'ombre qu'on bouge pour s'éloigner de soi ? Se rap­pro­cher ? Est-ce que ça flotte ? Comme les noms que ça porte ? Les agates ? Les arai­gnées ? Les tor­nades ? Les dra­gons ? Est-ce que ça flotte depuis long­temps ? Depuis tou­jours ? Depuis qu'on joue ? La pre­mière roue ? Est-ce que ça flotte dans les parois ? Avec quelle main ? Est-ce que ça flotte avant de cou­ler ? Combien de temps ? Peut-on le voir ? L'instant d'avant ? Avant de cou­ler ? Est-ce que ça flotte ? De quelle cou­leur ? Faudrait-il un filet ? Pour les gar­der ? De cou­ler plus bas ? Est-ce que ça flotte les billes qu'on par­tage en deux tas ? Est-ce que ça flotte comme la nef qui sauve Hélène ? Est-ce que ça flotte les billes qu'on jette en colère ? Est-ce que ça flotte les billes qu'on n'a pas ? Qu'on a per­dues ? Qu'on palme entre ses doigts ? Pour nager avec ? Est-ce que ça flotte les billes en terre cuite ? Qui ne cessent pas, jamais, de jouer. Est-ce que ça flotte ? Comme une tou­pie ?

Multicolore. 

 

 

Marie-Noëlle Agniau, 2012/​2013, Couleurs.

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:18+00:00 21 février 2016|Catégories : Blog|

Tu te moques de l'avenir
tu te moques de ton pas­sé
tu n’es que ce pré­sent qui
souffle sur ton visage
haleine revi­go­rante d'un
prin­temps qui s'annonce déjà.
Tu n’es que cette non souf­france
cou­chée sous le vent
que ce regard bleu et blanc
tour­né vers les mon­tagnes
que cet oiseau fur­tif et doré
que ce soleil ce sou­rire dans le ciel.

 

 

 

***

 

 

 

Il est temps de refer­mer
le sac aux délices
de bou­cler sa guiche
au bel écu doré
il est temps il est temps !

Baisse les pau­pières
affine ton sou­rire
détourne ton pro­fil
et feins cette inno­cence
des filles qui jamais n’ont
dit oui !

Il est temps de refer­mer
les pages de l’histoire
d’oublier les grands émois
les pro­fonds sou­pirs
il est temps il est temps !

 

 

 

***

                                                                             

 

 

La nuit tombe dit-on
comme tombe le rideau
après le vif poi­gnard
et cha­cun s’enferme en soi
jusqu’aux argen­tures
de l’aube aux pieds froids.

La nuit porte conseil
dit-on encor chez les gens
de cœur assou­pi devant
leur feu domes­ti­qué
et cha­cun se laisse ber­cer
de la chan­son illu­soire.

Non la nuit se penche
comme une grande femme
aux seins affais­sés
sur nos fronts d’enfants
vieillis avec leurs jouets
et nous intime le silence.

Dormez nous dit-elle
et rêvez si vous pou­vez
de foires liber­tines
pour vous conso­ler
de n’être ni des sages
ni des héros

 

 

 

***

 

 

 

Mes pas dans la boue des autres
qui pié­tinent et pataugent
dans la boue des autres qui
s'embourbent sur l'Avenue
des autres qui vont loin­tains
dans la boue de notre his­toire,
mes pas soli­taires presque
sur ce sen­tier impré­vu
soli­taires loin déjà
du pié­ti­ne­ment d'autrui
mes pas sur ce sen­tier de
misère esseu­lée et veule
ma soli­tude clo­chant
sur la boue de l'univers
ma boue dres­sée au mitan
de l'hiver spec­tral et fou
mes pas de boue et d'amour
vers l'aube défi­ni­tive
mes pas mes pas misé­rables
loin de l'Avenue de ceux
que j'ai tra­his autre­fois
mes pas dans l'hiver la nuit
mes pas sur notre néant.

 

 

 

***

 

 

         

                                                                                 

L’aube jette un regard sale
sur les reflets de la chambre
on ne sera pas Stéphane.
Sur la com­mode ou le lit
nul ptyx ne roule ses plis.
Quant au pui­sage des pleurs
nul besoin d’aller au Styx
on a ce qu’il faut mer­ci.
On n’écrit pas de son­net
en i ni en yx ni or
ne joue dans aucun sep­tuor.

On met des mots devant soi
comme on met pas après pas
pour aller au ren­dez-vous
dont on ne revien­dra pas.

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:18+00:00 21 février 2016|Catégories : Blog|

La mai­son

 

On habi­tait la moi­tié nord
et il fau­drait un grand poème
pour invo­quer tout le palais.

Il y avait le jar­din,
la cave,
l’escalier,
et des inven­tions,
comme de faire sous la table un salon de coif­fure
—mais notre mère dit
qu’elle avait aper­çu des che­veux
dépas­sant sous la nappe.

Un beau jour un autre enfant est né
et le père a dit viens voir
dans l’obscurité de la chambre
la véri­table vicis­si­tude
à vivre désor­mais.

 

 

 

***

 

 

 

Dans la mai­son.

 

A l’extérieur de la chambre,
bruit chouan
de poteau enfon­cé dans la terre,
dans le vent et la nuit.

Dessin men­tal de la peur
de sau­vages cou­rant cour­bés
dans le jar­din noir,
der­rière le verre du cou­loir.

Est-ce que le jour était pauvre ?
Je sus­pen­dis des bou­gies de moteur,
expé­rience de l’esprit artis­tique,
fiente par­mi d’autres qui ont fait flo­rès.

Bientôt je ne pus plus lut­ter
contre le som­meil dans la prière,
qui fit place à des images
prises à la ville jamais quit­tée.

Le matin la vraie lumière
fil­trait entre le bois et la pierre
en figures concrètes,
pro­fils et trois-quarts,

l’une fer­raillant de son épée,
haut-de-forme,
cou­reur de fond, navire.
Ils son­naient,

me pres­saient à l’intérieur.
Ils demeurent,
gar­diens et pri­son­niers
de la belle mai­son.

 

 

 

***

 

 

 

Fossoyeur Samson

 

Je cherche le masque du grand voyage
que l’acteur aban­don­na dans l’ombrage
et que j’avais volé ; et puis l’affiche,
prise au-des­sus d’une petite niche,
au pied du mur scé­nique d’Épidaure
fait par les col­lines. De ces faux bords
de l’immense alen­tour était venue
la voix qui tris­te­ment repasse, émue,
non d’Azur main­te­nant, mais de l’ici
où les pas crissent, sous le ciel noir­ci.

 

 

 

***

 

 

 

Exister et vivre.

 

Enfant, douze ans peut-être,
je hur­lais la nuit.
On s’asseyait au bord du lit
et je me cal­mais.

Je ne sais pour­quoi
sans d’ailleurs qu’on fît rien
le phé­no­mène a ces­sé.
Depuis je n’ai pas vécu.

Certes je n’avais pas com­men­cé
et la vie jamais ne me fut per­cep­tible
que dans l’oubli des visions
qui avaient cau­sé ces cris.

Quelque chose il y avait à
ne pas faire ou qu’en expé­dients
à ne pas attendre car rien
n’est pro­mis par la voix

qui dérange les dor­meurs.

 

 

 

***

 

 

 

Rixe

 

cet homme infâme je l’ai tué
mais cela ne suf­fit pas
et parce que j’étais en colère
je lui ouvris la poi­trine pour lui arra­cher le cœur et le dévo­rer
c’est alors que je vis qu’il était pire que moi car il n’en avait pas
et cela m’a ras­su­ré

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:18+00:00 21 février 2016|Catégories : Blog|

            

 

L'eau

 

 

 

Les mots se serrent à ten­ter
sa trans­pa­rence ou encore
la flui­di­té d'une ascen­sion ful­gu­rante
vers le bouillon de la phrase

 

Un dia­logue s'enrobe cir­cu­lai­re­ment
déplace les liai­sons enten­dues
chante en conti­nu sous la sur­face
que le soleil joue à lamer de plumes

 

Et par­fois dans le regard inten­si­fié
l'informulation de cette pro­messe exacte
courbe un peu le temps vers la crête
d'une vague allé­chante    

 

 grand rire                 vers nous autres qui fai­sons face

 

la terre s'incline ou se dresse selon
laisse cré­pi­ter le rythme du souffle
qui sépare et assemble d'une seule
pièce le miracle de cette eau tendre
au pied des roches sous le soleil

 

(Ces silences baignent dans la mer
à la frange le com­men­ce­ment fait signe
qui n'est pas encore du poème)

Ce qu'il offri­rait nous ras­semble.

 

 

 

***

 

                      

le Feu

 

 

 

1.

 

                                   Privée d'appui,
                                  Mais un oiseau tout de même
                                  Cherche la réa­li­té d'un feu
                                  Qui serait comme un roc et cela lui suf­fit

 

2.

 

                        Le creux c'est une direc­tion
                       Dans le buis­son le feu s'installe
                       Quand tu serres l'inimaginable de ta royau­té
                       Le mot femme s'incendie de ton pré­nom.

 

3.

 

                                   Au creux de la haie l'intervalle trille
                                  Demeure de moi­neau

       Pour ta véri­té

 

4.

 

                                   Ne pas sépa­rer
                                  S'il reste le mot oiseau
                                  Qu'il vive dans le poème à attendre
                                  Le vol  dont tu es le cri

                                   Ne pas sépa­rer
                                  Le matin le chant du coq rue de la gare

         Éveille aux loin­tains où rien en nous n'est sépa­ré

 

 

 

***

 

 

 

                       Le point invi­sible

 

 

 

1.

 

Ne pas sépa­rer, ne pas déran­ger l'instable
le dés­équi­libre du poids et de l'énergie
se résout dans le mou­ve­ment
condi­tion de la beau­té
Pour la tou­pie

 

        2.

 

La tou­pie dis­tri­bue sur toutes ses faces
Gueules ouvertes grilles de chaux
Peuples silen­cieux
Qu'on parque dans des camps
Enfants dont on fait des bombes

Tournante elle chante aus­si
La cha­leur et la rose qui grimpe sur le mur
L'amour vrai par­fois
Et ceux qui vivent pour ne pas gagner

Le point invi­sible d'où elle tourne peut être le poème.

 

 

 

Objets

 

 

 

Ciels
        pages
                     milans
chaise

Quelque chose désas­semble
L'ordonnance du visible
Sous le pom­mier où j'écris

On ne sait le nom­mer
Cela entre avec moi
Sous la feuillée qu'infuse

Un sirop nou­veau de cha­leur

 

 

 

***

 

 

 

                       La joie

 

 

 

– Seule la joie sait 

Il fau­drait laver les mots
Du poème à l'eau de cette phrase

Ainsi de
plus haut tom­be­rait une véri­té
Plus juste

Comme on ratisse
Lentement
L'allée du jar­din

 

 

La joie encore

 

 

 

«La joie sait » disait-il
et le sang  char­rie un grand tumulte ani­mal

………..

 

Si je ferme le livre sur cette lumière
Rien ne s'oppose au matin qui
Triomphe en moi
Au revers de l'aube qu'expulse
au dehors le chant de l'oiseau

          Ce deux de mars

 

Comme on serait rejoint par son propre visage

 

 

 

***

 

 

            La sur­prise

 

Après quoi la nuit d'un coup
noir­cit le linge sur le fil
sous la robe de per­cale
ses jambes sont du feu
des vais­seaux de stu­peur
montent vers nos bouches
il a plu au jar­din notre lit
reste un lit ain­si qu'on le
nomme

       Quelle splen­deur
ont nos chances minus­cules

 

Terrestres rien de moins enfin
ces corps-là qui se dépouillent
de leurs peaux sans inté­rêt

 

            Faire l'amour

 

       (…)

 

6.

 

A coup sûr les lions
Nous regardent encore
Avec bien­veillance

Penchée sur moi
Tu glisses dans mon sang
La cer­ti­tude de mon visage

 

mais trouble

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:19+00:00 7 février 2016|Catégories : Blog|

Artifice de la flo­rai­son

 

Renoncules !
assez timides pour être ado­les­centes
fleurs en foules
dans les jupons humides de la sai­son pro­chaine
dans le ber­ceau des bour­geons endor­mis
foules en fleurs : femmes
prêtes à effa­cer le car­table des jours
à fre­don­ner la gué­ri­son du gel
           (elle a posé sur la table de nuit
           les sca­ra­bées du quo­ti­dien
           elle a allon­gé un pas d’ambre
           vers les neiges sucrées
           qui fondent sous le poids du prince
           en haillons

            pour nous elle a dénu­dé la pri­me­vère
           elle a gémi entre les hivers démo­dés
           gibou­lées de hari­cots
           fèves de février
           renon­cules !)

 

 

 

***

 

 

Lever de soleil à Tokyo (ren­ga)

 

L’éclat de tes cils
nous irons sous les galets
res­pi­rer le sel

                                                          Sous la douche des par­fums
                                                         un insecte bleu : ta bouche

L’abricot sou­pire
la cha­leur d’un mur de briques
entre deux lézards

                                                          Toute mélo­pée s’approche
                                                        du divin comme un voleur

Prison d’orchidées
moi j’étais un peu timide
courses débri­dées

                                                          Il n’est d’autre point du jour
                                                         que le temple de tes hanches

S’endort en héron,
se coule en un lit de plumes,
se réveille femme

                                                          Toute la soi­rée d’Octobre
                                                         j’imitai le cri du freux

Si la pluie s’écarte
de l’axe des kimo­nos :
le vent dans tes jupes

                                                          Sous les touffes des bam­bous
                                                         le cham­pagne de tes reins

Qui de nous se perd
dans l’océan de la natte
y met­tra la patte

                                                          A deux pas dans la chau­mine
                                                         la rime des éco­lières

Le jus des papayes
sur la pointe de tes seins
de lave et de lait

                                                          Témoigner la sombre plainte
                                                         du hibou rom­pu par l’âge

Sur ta nuque d’ombre,
le val que la dent imprime,
tout le rut du monde

                                                          Dans le suc de ta ten­dresse
                                                         je refleu­ri­rai mes rides

 

 

 

***

 

 

Haïkous (*) au choix

 

Lilas cita­delle
de buco­lique can­deur
te voi­là dra­pé.

L’herbe est court-vêtue
face au muguet clan­des­tin :
nudi­té d’un jour.

Le hâle, le cerne
sur l’écorce de tes joues
comme un brou de noix

D’aucunes trop vertes
il en est de fari­neuses
telles femmes : pommes.

La braise gri­mace
nous irons ravir les mûres
aux rouges limaces.

Ta lèvre mi-close
j’y lisais à lit ouvert
éro­tique prose.

A la nuit tom­bée
nous par­ta­ge­rons ta natte
aux cris des mai­nates.

Le soleil las­cif
a cou­vert ton corps d’albâtre
d’un bain d’or mus­sif.

Tu m’avais dit : songe
entre les draps esseu­lés
l’odeur des vio­lettes…

La sauge, la menthe
et l’iris noir : fleurs tom­bales
au creux de tes reins.

A midi minuit,
per­dues entre chien et loup,
la mort ou la vie

Tu allais volage
j’avais l’humeur vaga­bonde :
nous voi­là plan­tés !

 

(*) Orthographe volon­tai­re­ment fran­ci­sée

 

 

 

***

 

 

Pause

 

Ils his­sèrent
sur la mon­tagne de velours lac­tée
où la pul­sa­tion de l’aube
prend sa source
des grains blonds pour par­fu­mer ta jambe

Ils per­cèrent
sous la caresse capri­cieuse de la lave
qui inon­dait ce soir-là ta couche
un mur de miel et de safran

Ils mou­rurent
sur le sen­tier où la sueur se fait chêne
noyés par les tor­rents acides
de ta salive
et broyés par l’écume vic­to­rieuse
de ta hanche dra­pée d’eau bleue

Ils naquirent à nou­veau ma
belle
c’est trop ! les draps se font car­cans la crypte
est un che­val d’argile
dont le cri­nière se mêle au vin fou
la flui­di­té même de ton rire
se mue sans cesse en toc­sin
et des larmes de corail
emplissent goutte à goutte
la paume de ta main gla­cée

Aux fenêtres de ton délire
il n’est plus d’écorce lus­trée
les nuages ont labou­ré la mélo­die
de tes reins nus
et entre tes seins poin­tus…

Ils ger­mèrent

 

 

 

***

 

 

Etreinte

 

La nuit ser­pen­tine
tapie dans les douves
sur l’horizon des arbou­siers

La lucarne est moite
fondent nos racines
le soleil plombe les mois­sons

Ta salive est mauve
la nuit vol­ca­nique
brise la houle des draps blancs

Roulés en clo­porte
moi et toi ma mousse
dans l’haleine des pal­me­raies

Treize heures bour­donnent
au clo­cher des mouches
la nuit secoue ses grands jupons

Jonchées de jachères
com­blées de congères
tes jambes sont ruis­sel­le­ment

La nuit ser­pen­tine
tapie dans les douves
sur l’horizon des arbou­siers

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:19+00:00 18 janvier 2016|Catégories : Blog|

L.

                                  

 

                                   C’est notre anxieux babil,
                                  Tout deux mau­gréant la ville,
                                  Je par­lais de ce bon­heur.

                                   C’était mon désir pué­ril,
                                  L’exil un peu trop facile
                                  D’un de tes bai­sers de sœur.

                                   M’as-tu donc nour­ri, idylle,
                                  La ligne de tes faux cils
                                  Close sur mon front rêveur ?

                                   Ce fut toi, Lilith, nubile,
                                  Qui négo­cia ce deal ;
                                  Moi j’y lais­sai tout hon­neur.

 

 

***

 

 

                                               L’auberge verte

 

 

                                                     Voir cou­ler le sable,
                                                    Chercher un cou­pable.
                                                    – Un bon som­ni­fère,
                                                    Et au lit cher frère !

                                                     Plus jamais le rire
                                                    Entêtant d’Elvire.
                                                    – Une veine ouverte,
                                                    Vers l’auberge verte ?

                                                     Nous étions heu­reux,
                                                    Heureux d’être tristes.
                                                    Si c’est être triste
                                                    Qu’être triste à deux.

                                                     Et un soir, alerte,
                                                    Vers l’auberge verte…
                                                    – Tirons la lumière.
                                                    Bonne nuit, cher frère.

 

 

 

***

 

 

 

                                             Marine sans alcool            

 

 

            La crique où j’embrassai ta bouille
                      A la forme d’un œil ;
           Ce jour, la mer monte à son seuil,
                      La vue veuve s’y brouille. 

            – Hosanna ! Ton rire s’est tu !
                      Et l’océan sonore
           Se rue dans l’encore et l’encore
                      De l’écume, – entends-tu ?

 

 

***

 

 

                       L’ombre rose

 

 

            Le matin nié dans nos rideaux,
                      Le réveil à midi,
           Et l’après-midi sombre ain­si
                      Qu’une ombre sur ton dos.

            Cette ombre rose, chère amie,
                      Nous devi­nions sa fin.
           La lumière sur ce défunt
                      Jour se fit : vint ma nuit.

 

 

***

 

 

                       1982 – 2002

 

 

J’ai trop de peine,
Petite sœur.
J’ai trop de peine
A res­sas­ser

L’aube loin­taine,
Les jours pas­sés ;
C’en est assez
Pour ce vieux cœur.

J’ai tant de peine,
Et j’ai bien peur,
Petite mienne
Au sang gla­cé,

Que tout se meurt ;

L’aube loin­taine,
Les jours pas­sés
A res­sas­ser
L’horreur.

 

 

 

***

        

 

 

                Lézards filants

 

 

         Je dors encor
        A l’ombre des
        Idées et corps,
        Jetant mes dés,

         Comme des morts !

         Comme des sorts,
        Flétris d’hasards,
        Est-ce rac­cord ?
        Sont-ce lézards 

         Filants ? – Trop tard !

         Je crois à l’or,
        Aux plus-values
        Qui font du tord,
        Aux chants sans plus,

         Aux vers sans mors !

         Passant décor,
        Coquet très vain,
        L’amour m’endort,
        Comme ce vin

        Crû tôt divin.

Poèmes

Par | 2018-05-25T16:53:19+00:00 9 janvier 2016|Catégories : Blog|

1.

 

 

Il y a tant de silence
dans ta pho­to floue
que j’en perds le Nord.
Et je fixe ce papier gla­cé
que tu ne vou­lais pas
je guette un signe
dans l’Immobile.

 

 

 

***

 

 

 

2.

 

 

« Nous le vou­lons, nous l’aurons l’au-delà de nos jours ! » André Breton

 

 

Un jour
des mains croi­sées

enfin

tres­se­ront
des cou­ronnes
pour des rois et des reines
qui ne régne­ront
sur per­sonne

 

 

 

***

 

 

 

3

 

 

 

 La pleine sai­son

 

 

Des femmes marchent
Et passent dans nos vies
Ou demeurent en nous
Comme un souffle au cœur

On dort sur le sable
De l’espace par­ta­gé
Mais le temps du plai­sir
Est trop court

Et le cha­peau vole
Emporté par le vent
D’été ou d’hiver

Tout est clair
Tout est là
Effacé et pré­sent

Pour vaincre
     L’aigreur la tris­tesse
Atteindre la nos­tal­gie
    Des vieux jours peut-être
Tout ce qui peut
                         Etre encore
Vivre plei­ne­ment aujourd’hui

 

 

 

***

 

 

 

4.

 

 

 

Sans rien dans mes poches

 

 

 

Sans rien dans mes poches
Je tourne en rond
Je perds mon temps
A mar­cher en rêvant
Somnambule éveillé
Cherchant ce que je suis
Peut-être rien du tout

Juste un cri
                  Mais non
    juste             un gro­gne­ment
          Dans la houle du Temps
Près de femmes connues
Dans les souffles qui s’épuisent
A la même cadence
Dans les notes oubliées
De musiques jouées
Dans les paroles échan­gées
 Dans les mots per­dus

Un jour un jour
Il y aura du sang par­tout
Ce jour
Il y aura de la dou­leur
Et le vent tou­jours
Qui emporte le Tout.

 

 

 

***

 

 

 

5

 

 

 

Le jour miroi­tant
            les lueurs d’un monde plié
        dans  les jar­dins
      des gens   marchent  l’hiver
  en  traî­nant de gros sacs
      et se parlent
                      en silence gre­lot­tant.

 

 

 

***

 

 

 

6

 

 

 

Que voir que voir
Qu’attendre de l’autre
L’animale aux aguets
Attentive et chaude
Putain et pucelle
Assoiffée en silence

Le sexe la ten­dresse
Son ventre et ses mains
Ses seins et sa bouche
Tous les plai­sirs
Des mer­veilles de l’autre
Et le froid de l’absence

 

Le tout pour apprendre
Une écoute nou­velle
De ses pleurs de son souffle
La tris­tesse et le manque
La joie d’une attente
Pleine comme des cuisses

 

Le tout pour bri­co­ler
Un der­nier com­bat
La der­nière image
Victoire du mou­rant
Dans le saut ter­mi­nal
De l’instant fatal

 

 

 

***

 

 

 

7

 

 

 

Buttes de Paris où le ciel passe
Silence du prin­temps qui com­mence
Sourires d’eau pure cock­tails colo­rés
Lèvres gour­mandes d’instants cha­vi­rés

J’ai rué dans ton corps et dans ta vie
Jeté la fiche d’hôtel
        et gar­dé le reste

          la dou­ceur de tes cuisses
          la cha­leur de ta bouche
          l’accueil de tes seins
          les caresses de tes mains
          et le goût de ton sexe
             dia­mant de ta vie

   Quelques heures d’éternité
    mar­quées de nos chairs
          revien­dront
  Si je viens de loin
     avec ma peur
      et
       un nœud à faire
         dans ta mémoire

          notre désir
                   sim­ple­ment

              (         envoi :

         Tu m’as par­lé et ta voix claire
         Tes yeux noirs ton corps trem­blant
          Etaient là rien d’autre à faire
          Que de  t’aimer comme un dément

                                                   )

 

 

 

***

 

 

 

8

 

 

 

       Réveil

 

 

Silence humide aux pau­pières col­lées
Brumes mati­nales sur la terre alour­die
Un rai de lumière dans la chambre froide
Dehors les oiseaux pépient
                          Saluent déjà le jour

Ici
   l’idée de ton corps s’insinue
     et ta che­ve­lure noire en fusion
       tes yeux anthra­cite intense
       animent les charmes obs­curs
        des fau­bourgs d’une pro­vince
          que tu ne connais pas

Demain quand je serai  très vieux
je ver­rai encore ton visage
beau et triste comme une civi­li­sa­tion

Nous des­cen­dions l’escalier des catas­trophes
 Et j’avais la convic­tion pas­sa­gère
  d’une ques­tion infor­mu­lée mais réso­lue
       (un secret
    qui m’a gar­dé
      quelque temps)

Silence humide
 l’idée de toi
   rai de lumière
     dans la chambre
       s’insinue.

 

 

 

***

 

 

 

9

 

 

 

Les peuples tom­baient en caval­cade
  sous les regards
des puis­sants
et ça fai­sait
cris désordres et catas­trophes
Ils se met­taient en terre
 et des­cen­daient
au garde-à-vous
  (ou même pas )
et d’autres conti­nuaient
 oubliant ce qu’ils furent.

 

Un grand silence
Dans les habi­ta­tions
La terre craque
Bouche l’horizon

L’air empoi­sonne
Les pou­mons fati­gués
Une parole calme sonne
Mais peu pour écou­ter

Un vieux sage médite
Dans un champ il s’assoit
Pauvre petit mous­tique
Nous rap­pe­lant la Loi

Il n’est qu’un zigoui­goui
Pour les grandes tri­bunes
« Parle, mais il suf­fit
Tu comptes pour des prunes. »

Les petits coli­bris
Gentilles gout­te­lettes
Arrosent  l’incendie
Mais ne sont qu’Impuissance

Ils vont mou­rir aus­si
Car c’est la grande vague
D’autres naî­tront à demi
De pauvres  som­nam­bules

C’est l’air qui empoi­sonne
Nos pou­mons fati­gués
Des mots sages résonnent
Personne pour écou­ter

Et d’autres ont déci­dé
Les poi­sons dans nos corps
Pour leur avi­di­té
Et cendres pour les autres

 

Nous n’irons plus au bois
Les arbres sont cou­pés
Nous n’irons plus au bois
Trop d’hommes ont déser­té

Et d’autres ont déci­dé
Pour leur sécu­ri­té
Les poi­sons dans nos ventres
Et le feu et les cendres

Pour eux l’homme est de trop
Vivants ils sont fac­tices
Et jouent au bon­ne­teau
Avec de belles actrices

 

Nous n’irons plus au bois
Les arbres sont cou­pés
Nous n’irons plus au bois
Les hommes ont déser­té

Les habi­tants de Pâques
Ont pu fuir par les mers
Mais l’espace est opaque
Plus de caches sur  terre

 

 

 

***

 

 

 

10

 

 

 

Tout est usé tout est usé
Le mar­cheur saigne des pieds

Tout est fami­lier et futile
Tous les détours  sont inutiles

Ignoré le fon­da­men­tal
« Penser glo­bal agir local »

Ils tuent la terre des enfants
Pas de cou­teaux entre les dents

 « Penser glo­bal Agir Local »
Toutes tous dans le même bocal

« Penser glo­bal Agir Local »
Disent aus­si les mul­ti­na­tio­nales

Mais c’est sur­tout pour leurs poches
Et tant pis pour les mioches

De là-bas d’ici ou d’ailleurs
On ne sème que du mal­heur

Et Cassandre est fati­guée
De n’être jamais écou­tée

« Plus jamais ça plus jamais ça »
Pauvre slo­gan de trop de foi

Que de dra­peaux et de flammes
En route pour un der­nier drame

Tout est usé tout est usé
Et l’homme saigne des pieds

Bientôt ne res­tent que des sol­dats
Mercenaires ou pauvres gars

Pour mater tant de révoltes
Stériliser tant de récoltes

Affamer les pauvres et les vieux
Dans un fra­cas silen­cieux

Tout est usé tout est usé
Et l’homme saigne des pieds

Tout est cas­sé et sté­rile
Et tous les pleurs sont inutiles

Les sur­vi­vants vont défi­ler
Une occa­sion de para­der.

Voilà les tueurs de la Terre
A qui la foule est étran­gère

 

 

 

 

Quand des hommes s’acharnent
sur la longue durée
pour frei­ner l’hécatombe
on reste assis là
atter­ré
sous un ciel bleu pro­fond
qui cache
la tris­tesse immense
qui se répand
dans les poi­trines sans écho