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Portrait d’un bouleau

Par |2018-08-15T13:32:22+00:00 31 mai 2013|Catégories : Blog|

 

(ART POETIQUE)

Si d’aventure tu fai­sais le por­trait d’un bou­leau
Regarde d’abord le ciel assure-toi de sa can­deur
S’il est gris s’il est fade
Sors ton pin­ceau
Mais s’il est bleu médi­ter­ra­née
Abstiens-toi : tu risques de le défi­gu­rer
Ce matin le soleil brille par son absence
Alors hop ! glisse-le de gauche à droite
Puis de droite à gauche
Ne laisse sub­sis­ter sur la toile ni trace ni trait ni bruit
Efface jusqu’au chant du ros­si­gnol séduc­teur
Le bou­leau n’en a que faire
Car le ciel et l’hiver ont la même essence
Laisse-la infu­ser en toi
Te voi­là accor­dé. À pré­sent sors la craie
La vieille craie gris-bleu riche de reflets
Pour des yeux à même de boire son lait
Étale-le de haut en bas en bifur­quant
Vers ses branches de poudre et d’or.
Te voi­là enri­chi d’un étang d’un ciel d’un miroir
Qui reflète ton âme assa­gie par l’air inso­lé
Écrase ici et là un vert anglais un vert nuit plus qu’olive
Si tu n’y par­viens pas, écrase la nuit elle-même sur le vert
La voi­là enfin nim­bée d’une pré­sence dou­teuse
Qui chante avec le gris un chant d’après glacia¬tion
Vérifie qu’elle n’est ni atmo­sphé­rique ni sopo­ri­fique
Et qu’elle s’étale comme l’air visible invi­sible
Comme lui, sois patient : tu n’es plus très loin du terme
Mais avant de le lais­ser à son soin de soie et d’estime
Considère-le de long en large et de haut en bas
Si le ciel chante et si le bou­leau glisse sur le bou­leau
Tu sau­ras alors que tu viens de peindre le Ville-d’Avray son étang ses vil­las
Et Camille Corot t’en sera recon­nais­sant
 

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