> Pourquoi la vie est si belle, de Corinne Le Lepvrier

Pourquoi la vie est si belle, de Corinne Le Lepvrier

Par |2018-10-19T00:40:34+00:00 29 avril 2014|Catégories : Blog|

Apprivoiser la dou­leur : c'est ce à quoi nous sommes condam­nés quand dis­pa­raît un être cher. Corinne Le Lepvrier n'écrit pas des poèmes mais quelque chose qui res­semble à un jour­nal où se mêlent l'agonie et la mort du père, la mort comme  ses alen­tours et la vie qui reste, les sou­ve­nirs, le pas­sé et le pré­sent, le pay­sage, les oiseaux… La langue se fait volon­tiers pro­saïque, voire tech­nique pour mieux décrire le vécu : "C'était asthé­nie hypoxé­mie agueu­sie anos­mie amné­sie sté­réo­ty­pie apha­sie…" Ailleurs, elle est heur­tée, on a une curieuse impres­sion d'ellipse due à la jux­ta­po­si­tion de bribes de phrases sans leur lien syn­taxique atten­du… Comme pour mieux cap­ter les sen­ti­ments et les sou­ve­nirs qui s'entrechoquent. Et tout au long du livre, les faits objec­tifs du pré­sent se mêlent à ceux du pas­sé qui ont pris forme de sou­ve­nirs. Viennent s'y ajou­ter les réflexions sur la langue et sur l'écriture, ça fait un va et vient inces­sant entre la dou­leur et la péri­phé­rie loin­taine de la vie de Corinne Le Lepvrier. L'aide que cette der­nière trouve pour sup­por­ter (?) cette dis­pa­ri­tion et la dou­leur qui en est la consé­quence vient de l'enfant, Néo, qui découvre le monde (et sans doute la mort et la dou­leur des "grands") et qui inter­roge sa mère, par­fois naï­ve­ment : "Pourquoi on dirait pas telle mère tel fils ?" et des oiseaux qui sont une réfé­rence abso­lue. De ces réa­li­tés, qui sont sources d'émerveillement, va naître le sen­ti­ment de la beau­té de la vie, sen­ti­ment qui est d'abord refu­sé alors que Corinne Le Lepvrier est par­fai­te­ment consciente de ce qui la pousse à écrire, cette néces­si­té qu'elle finit par nom­mer : "Écrire ce recueil ; te recueillir, me recueillir". Même si elle ne cesse de s'interroger : "Pourquoi la vie est si belle ?" Jusqu'à l'acceptation finale de cette beau­té qui est aus­si celle du monde (en dépit de ses lai­deurs), accep­ta­tion qui est l'occasion de poser de nou­velles ques­tions comme : "Écrirai-je un jour pour­quoi la vie est si belle sans recours à Néo et aux oiseaux ?" Ce long mono­logue n'est fina­le­ment que l'occasion de dire la beau­té de la vie, mal­gré tout.

    La mort du père (ou de la mère) est le moment soi­gneu­se­ment enfoui où l'on rede­vient un enfant, où l'on se rend compte qu'on n'a jamais ces­sé d'être un enfant, qui a certes gran­di…. Mais pour quoi ? sinon pour se confron­ter à son tour à la mort.

X