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PRIERE DU MECREANT

Par | 2018-02-26T02:21:14+00:00 9 décembre 2012|Catégories : Blog|

 

A Jean-Luc Maxence, fra­ter­nel­le­ment

 

Mon Dieu mon Dieu
Je viens à toi
Le pied enflé de terre le pied terre déjà
Moi qui ne t’ai jamais su
Moi qui n’ai jusqu’alors jamais su me faire à l’idée de toi
Je viens ce soir vers ton silence

Je ne suis que le peu et je suis si seul
Je t’ai nom­mé je t’ai créé à mon image
Je viens à toi dému­ni
Les mains vides et le cœur fati­gué

Toute ma vie mon Dieu
J’ai lâché l’ombre pour la proie
Toute ma vie j’ai cou­ru comme un fou au loin­tain
Vers ce rêve qui était à ma porte

Trop long­temps aus­si j’ai atten­du
Je ne priais pas mais j’étais à genoux
Au plus loin de moi-même anéan­ti sous le joug
Trop long­temps j’avoue que je n’ai pas vécu

Oui toute ma vie j’ai gâché ta vie
Même si je me suis bat­tu par­fois comme un beau diable mon Dieu
Pour accroître le temps encore et mal­gré tout

Et toute ma vie j’ose le dire
J’ai été un homme sans Dieu
Sans cette orgueilleuse cer­ti­tude de ton nom sur l’existence

Mais j’avoue aus­si que j’ai aimé tes pauvres créa­tures
Comme un fou comme un homme comme un dieu même mon Dieu
Même si cela ne me fut pas tou­jours ren­du loin s’en faut
J’ai aimé jusqu’à perdre haleine jusqu’à perdre vie

J’ai aimé hum­ble­ment par­fois jusqu’à l’orgueil d’écrire

Oui je t’assure que j’ai pu brû­ler aus­si et cela me suf­fit
Et me donne encore ce cou­rage de mar­cher vers toi aujourd’hui
A l’heure où je n’ai plus trop de jour plus trop de voix
Où j’ai besoin de ton nom comme d’un rêve ultime

Je ne te don­ne­rai presque rien
Un simple caillou dans la paume d’un enfant
Quelques mots un poème cette prière
Comme un der­nier souffle jeté sur ma cendre
Mais je ne te demande pas la lune non plus
Et tu ne le sais que trop l’éternité serait un far­deau bien lourd
Pour mes pauvres épaules d’éternel pécheur

Non mon Dieu
Donne-moi juste encore un peu de temps pour sur­vivre
Un peu de temps pour aimer
Un peu de temps pour la révolte

Donne-moi juste encore mon Dieu
Un peu de temps pour mou­rir