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Pulsation de Marie Ginet

Par | 2018-03-28T21:19:39+00:00 13 juin 2014|Catégories : Critiques|

 

On par­don­ne­ra volon­tiers à Marie Ginet d’avoir aug­men­té ses incan­des­cents poèmes d’un avant-pro­pos qui, pre­nant à par­tie les évan­giles cano­niques, joue un peu à l’apprenti-sorcier. C’est la mode aujourd’hui. Ce que les savants de toutes les confes­sions chré­tiennes ont tou­jours su et étu­dié sans en faire mys­tère depuis le 19e siècle : la lit­té­ra­ture apo­cryphe, passe, depuis quelques temps pour une cachot­te­rie majeure des Églises. Ce n’est pas le lieu de démon­ter ici cet ava­tar du com­plo­tisme ambiant (qui pousse l’auteure à trai­ter vio­lem­ment et injus­te­ment les fon­da­teurs du Canon de « pères fouet­tards » !) et il n’entre évi­dem­ment pas dans le pro­pos de Marie Ginet de finas­ser dans l’exégèse. D’ailleurs, cette réserve une fois dite, on savoure plei­ne­ment ces poèmes. Ils n’ont besoin d’aucune cau­tion ni cano­nique ni apo­cryphe pour exis­ter. Ce sont les poèmes d’une femme pas­sion­née, que la quête éper­due de l’amour lance à la pour­suite de sa propre iden­ti­té.

On peut dès lors par­ler de lyrisme. Au sens fort, au sens éche­ve­lé, au sens para­doxal où seule une sor­tie hors de soi révèle l’être en soi. « Pourquoi m’a-t-on don­né un pré­nom si chré­tien ? » se demande en sub­stance la laïque Marie ? Elle, qui se fait connaitre aus­si comme l’une de nos meilleures sla­meuse sous le nom d’Ange Gabriele, ne cesse donc de rôder autour du mys­tère d’un pré­nom. La Chère, l’Aimée, autre­ment dit, Myriam (ou Marie), car chèreaimée, mais aus­si goutte marée sont quelques-unes des signi­fi­ca­tions pos­sible de son beau pré­nom aux ori­gines hébraïques.

Marie et Marie-Madeleine prêtent tour à tour leur voix, dans ce livre, à ce qui n’est au fond qu’un grand poème d’amour. Mais la force vient ici d’une part de la sub­ver­sion que Madeleine décrypte dans les gestes du Christ :

 

            Sa parole dit-on fait trem­bler les rab­bins
            et les fon­da­tions du temple (p. 18)

 

à quoi répond l’incompréhension et la révolte de Marie, non seule­ment quand elle dénonce les misères du temps, mais aus­si quand elle pointe l’exclusion reli­gieuse :

 

            Ceux qui sont dignes du royaume des cieux
            disent le livre et le prêtre
            mais com­ment lais­ser les autres à la porte ? (p. 49)

 

L’expérience chré­tienne et l’expérience amou­reuse et éro­tique se fondent ensemble, dans les erre­ments et les lumières, dans les jam­bages où Marie avoue sim­ple­ment ceci : Je mar­chais si len­te­ment, que je m’entendais prier (p. 21)

C’est vrai, Marie, c’est vrai, Madeleine, Jésus reste une ques­tion plan­tée comme un cou­teau dans vos vie, dans la nôtre. Mais plus encore, l’amour et sa soif, le manque et sa faim, l’identité et son che­min. Ces rugueuses beau­tés en par­tage.

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