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QUARTIER LATIN

Par |2018-08-16T12:09:36+00:00 3 avril 2016|Catégories : Blog|

 (2010)

 

 

 

Du reste : ne s’agirait-il pas, dans l’acte d’écriture,
D’une forme par­ti­cu­lière de fer­veur, de reli­gion ?

 

 

Oui, le délire d’amour est capable d’attenter à la poé­sie
Oui, l’ardente extase est folie qui attente à l’œuvre
A l’exquise et lente matu­ra­tion du poème

Sais-tu qu’une heure auprès des Morts
Vaut plus qu’une sai­son de labeur
Par les artères de Babylone et que
S’armer d’un vers est aus­si vital
Que d’être aimé par les sou­pirs et les corps des femmes
Les plus diverses
Les plus sen­sibles
A ton silence

 

 

 

GLOSSAIRE, MOSAÏQUE

 

A. Cossery

 

Du reste tu n’es pas mort

En cet état cata­to­nique momie figée à l’heure des avant-gardes depuis long­temps cré­pus­cu­laire tu sou­ti­rais le rire aux lèvres rebelles et com­po­sais une rixe ver­bale à la mesure de ta pro­pen­tion à la satire : un rire à gorge déployé fait éclore les lèvres rouge-sang des jeunes filles des jeunes gar­çons du Caire qui inno­cents copu­lent par les abysses de la Ville des morts et blas­phèment contre tout ce qui n’est pas aus­si pur que leurs peaux contre tout ce qui n’est pas l’exact reflet de leurs ardeurs copu­la­trices de leurs regards incen­diaires, mélan­co­liques

Du reste tu n’es pas mort

 

E. Bilal.

 

Fissure est ton nom
A cela – rien d’équivoque

 

Nous por­tions un nom autre – serais-ce que nous fumes aimé ?
Tes figures hié­ra­tiques furent autan de mises en abime de ce pre­mier espace pre­mier lan­gage pre­mière appro­pria­tion où tu des­si­nais, enfant, sur le sol d’une cita­delle de pierre
Qui s’élançait au-des­sus des eaux

L’être est scin­dé entre ici et là-bas entre pas­sé et pré­sent entre enfance et matu­ri­té
Là-bas féconde ton œuvre pré­sente
Là-bas bri­sure
L’écarlate éclat d’une unique fis­sure
Qui seule à pré­sent nous est com­mune
Comme éclate la pierre depuis le cœur
A pré­sent tout perce d’une fis­sure

 

 

E. Cioran

 

Mansarde dont luit la lumière
Le blaf­fard écho de connais­sance
Appose ta signa­ture
Aux cor­roles éclosent de mon nom
Pour cette autre mélan­co­lie

 

Et l’œuvre disait :
Seule compte la matu­ri­té

 

 

W. George

 

Ce siècle pari­sien sans toi et ton adresse sont-ils seule­ment pen­sable ?
Alors qu’un jeune homme – peut-être est il poète
Mord à pleine dent sous le soleil de midi son sand­wich tuni­sien
Avant de repar­tir en pèle­ri­nage chez les libraires humer
Le vent du large des hautes contrées lit­té­raires
Tu sau­tille tel un bouc
Par les allées du parc pour­sui­vant ce dia­logue inache­vé avec Ferlinghetti

 

 

J. R. R.

 

 

Poètes majeurs, je me repet de vos cer­velles
Lorsque je dis majeurs c’est au sens où l’Unique l’entend
Serais-tu ce poète à l’unique pièce de l’Anthologie
Tu te subli­mas
Pour moi, tu es de tout autre l’égal
Pour moi
Mon double d’outre-mer
Mon être néces­saire
Mon pain, mon vin
Fruit d’un âpre d’un divin amour
D’un délir spi­ri­tuel
Qui per­met de vivre, qui ma soif apaise et apaise ma faim
Poètes majeurs, je me repet de vos cer­velles
Et épelle vos noms
En litur­gique orai­son
En office des morts
Jour après jour, nuit après nuit
Depuis cette fenêtre d’où mes jours s’égrainnent
Entre deux bouf­fées de ciga­rettes
Place (…).

 

 

 

 

K. Milan

En marge de l’Immortalité

 

L’étrangéité de mon appar­te­nance
Est un récon­fort

 

 

M.Tsernianski.

 

L’extase poé­tique serait l’unique véri­té. Un mon­sieur au visage grave, fati­gué pour­rait en témoi­gner qui, chaque matin, dès l’aube, vogue d’une porte à l’autre de Hyde Park et mène sa danse de Notting Hill à Hyde Park’s Corner, de Queensway au Albert Memorial tel un navire aux voiles déchi­rées, en com­pa­gnie du prince Riépnine, de Pavel Issakovitch, las d’amertume, tran­sis, trans­fi­gu­ré.

Son Lamento paraît à Paris.

 

P. C.

 

 

Parmi tant de langues étran­gères
Les unes aux autres
Parmi autant d’hymnes contra­dic­toires
Avoir trou­vé son rythme
Avoir pesé et posé son sujet
Percé son secret
Pétri la rime de clar­té
Filé d’un ver­set le lin­ceul

D’un saut dans la Seine

 

 

S. B.

 

L’attente fut longue sage tu l’écourtas :
Ayant fait bâtir cette mai­son loin des ten­ta­cules urbaines tu souf­flais
Fasse ô Godot que moi aus­si je trouve un havre de bièvre de marne de que sais-je
Où je puisse enfin et à jamais m’étendre au cré­pus­cule au silence au tertre

 

Beckett
Ô Beckett ai pitié du jeune homme qui par coeur t’apprenait
Et jouait tes ombres amères par les pro­vinces d’Europe
Afin d’aspirer quelques bouf­fées d’air salu­taire
Sage Irlandais artiste exact du verbe
Ô Beckett ai pitié de ma longue misère

 

 

G. Klein

 

Prospecteur aux superbes connais­sances qui est arri­mé aux champs du vide, par­fait et sub­tile louan­geur dont chaque essai spé­cu­la­tif est comme un para­pet qui le pro­tège de l’immensité, du vide, de la chute

 

 

C. Moliterni

 

Un fla­neur espa­gnol le dénon­ça – il trou­va jetée à même le sol
Une entière biblio­thèque
Des éta­gère de col­lec­tions uniques
De fan­zines, de revues, de cata­logues
Jetée depuis la fenêtre de son appar­te­ment
Par quelque impa­tient héri­tier
Une biblio­thèque entière bat­tue par les pluies
Une immense col­lec­tion engrais­sée d’urine de matières fécales
Photographiée par un pas­sant en terre étran­gère
Exposée sur la Toile
Telle une œuvre de maître
Concassée (à la manière de César)
Pour une poé­sie des regrets

 

Y. Ilitch

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