> Quelques poèmes pour saluer l’envol de Jacques Kober (1921-2015)

Quelques poèmes pour saluer l’envol de Jacques Kober (1921-2015)

Par |2018-09-22T17:28:26+00:00 21 juin 2015|Catégories : Blog|

 

Sur la motte la plus basse, un Bouvreuil… sa gorge a la cou­leur de la lune d’avril. Il était pour par­tir quand je suis arri­vé. » (René Char)

 

 

 

Hier au soir
L’air dans la nuit cou­pante
Et un tom­be­reau d’étoiles
Qui tra­versent le ciel
Etoiles froides et brillantes
Comme la mort

 

La braise sous la cendre
Restée ardente tout un jour
Symbole de renais­sance
Comme les boules des pam­ple­mousses
Dans le feuillage ciré
Au fond du jar­din



Nous pas­sions et repas­sions
Devant la mer très bleue
Le Beau Rivage
Le pay­sage vrai­ment idéal de la Promenade des Anges
Rien de laid ni d’angle (s) dans cette pro­me­nade
Et je mor­dais mes lèvres
De ne pou­voir des­cendre sur la grève mouillée
Cueillir un der­nier hom­mage
Pour la momie de glace en allée
Que tu avais pris pour der­nier visage

Il y aura hom­mage de mouettes et d’écume pour lui
Toute cette semaine

J’aurais vou­lu un galet odo­rant
Un galet mouillé de la mer
A l’odeur d’oursin et d’iode
Une pierre lourde et ronde
Un œuf qui te parle de
La nais­sance de la mer

J’ai inté­rio­ri­sé la loi
Jeter un galet joli du Cap F…
Arrondi comme une tor­tue bleue à points blancs
Au fond du caveau fami­lial
Cela résonne – coup sur la grosse caisse de la mort
Un lest pour le corps léger du pauvre défunt
Un coup de gong qui n’ouvrait rien
Pour qu’il tienne mieux dans le grand froid qui l’emporte
(Les Grecs met­taient de petits cailloux sur les morts)
Un galet de mer
Pardon s’il ne venait pas direc­te­ment de la mer
Mais t’y ramène – avec une ficelle rou­lée autour et une minus­cule lettre
Où je disais : « voi­là pour toi la mer aimée »
« Ton fils qui t’aime » etc.
Quelques mots sans art
J’aurais vou­lu qu’ils viennent direc­te­ment de la mer
J’ai inté­rio­ri­sé cette loi
Fallait-il deman­der la per­mis­sion de le faire ?
Prendre la rose publique – rose rose, rose jaune, rose bleue
La rose ten­due… et per­due
Le trou pro­fond dans la terre grasse
Un homme l’a creu­sé de sa fatigue
On voit le ver­nis du bois qui brille
Trop rapi­de­ment jetés sur la boîte
Les nar­cisses blancs l’odeur vio­lente
Le par­fum sau­vage de ces fleurs entre-t-il dans tes narines gelées
Père aimé qui fai­sait sem­blant de ne pas aimer
Ou de trop aimer ?
C’est ton jar­din
Cette odeur
Je jette rageu­se­ment les bran­chettes d’olivier
Les nuages du mimo­sa reliés par des fils invi­sibles
Sur le bois dans le trou sur la terre
J’ai inté­rio­ri­sé cette loi
Je connais le poids d’une vie
Le par­fum des fleurs du prin­temps pré­coce de jan­vier
Il remonte comme l’odeur d’éternité de ta vie détruite
De père aimé qui jouait à ne pas aimer

Quelques jours après
Il y avait des méduses dans la mer
Des petites méduses mauves ou blanches
Qui vol­ti­geaient entre deux eaux
Comme des âmes gelées


Nous avons revê­tu nos com­bi­nai­sons bleues pour ramo­ner la mer pro­digue. Celle-ci se lais­sait fendre comme une lèvre de glace. Et nous avan­cions loin dans cette entaille aus­si­tôt refer­mée der­rière nous. C'aurait été presque beau de mou­rir entre les bras de cette amante froide. Mais à chaque jour suf­fit son poète. A chaque jour suf­fit sa peine. La mort est un tra­vail lent et minu­tieux. Alors, nous sommes reve­nus vers les rayons juteux du soleil. Le sang s’est remis à cou­ler rouge dans nos veines, le vin dans les gobe­lets. Et l’épiderme de la peau d’une bai­gneuse cli­gno­tait en dents de morse le mot « espé­rance » en plu­sieurs langues. Mais nous n’en savions aucune.

Mes chers amis
Ce sera une joie de reve­nir
Du monde sou­ter­rain où mon père est rete­nu
Comme un plon­geur au fond de l’abîme.
L’expérience sera celle du pois­son frô­lant la mort
Avant de rejaillir dans le soleil et dans la mer

 

 

Jacques Kober (1921-2015) est né dans une famille alsa­cienne, pas­sée en France, en 1914, puis ins­tal­lée sur la Côte d’Azur, en 1932. Encore étu­diant en licence de lettres à Aix, il découvre La Petite antho­lo­gie du sur­réa­lisme de Georges Hugnet, puis fait la ren­contre d’Aimé Maeght en 1944. Il sera médaillé réfrac­taire du S.T.O alle­mand. Maeght le char­ge­ra de publier la revue « Pierre à feu » et d’animer la col­lec­tion « Derrière le miroir ». Organisateur pour la gale­rie Maeght de l’exposition « Le Surréalisme en 1947 », édi­teur d’Aimé Césaire, Paul Eluard, Guillevic, Saint-Just aux Editions Réclame (Nanterre) dont il fut le fon­da­teur en 1949. C’est un poète proche de l’esprit sur­réa­liste. Actif un temps dans le sur­réa­lisme révo­lu­tion­naire, mili­tant com­mu­niste de 1948 à 1956, puis gaul­liste, grand admi­ra­teur de Paul Eluard, André Breton et René Char, ami entre autres de peintres comme Bram Van Velde, ou de poètes comme Yves Martin, Il redé­marre une car­rière poé­tique à la fin des années 70, puis à par­tir des années 80 publie de nom­breux recueils aux édi­tions Saint-Germain-des-Prés, chez Guy Chambelland ou Maeght… Il est décé­dé lun­di 19 Janvier 2015 dans la mati­née.

 

Bibliographie (sélec­tion)

·  André Breton per­siste, cahier col­lec­tif, dos­sier sous la direc­tion de Jacques Kober, revue remue-méninges, impri­mé en Belgique, 2011

·  ·  Etude sur Gilbert Rigaud, dans Diérèse n°54, 2011

·  La Tunique, l'Amourier, 2011

·  Bram Van Velde et ses loups, mono­gra­phie, 9 lettres inédites, 2e édi­tion, la Bartavelle, 2010

·  Photo de classe de Maternelle, poème inédit en cinq strophes, accom­pa­gné de deux gra­vures poly­chro­mie-relief ori­gi­nales et inédites, plein for­mat de Henri Baviera, sous cou­ver­ture réa­li­sée à la main, aqua­rel­lée, edi­tion arte-libris pey­cer­vier, 2009

·  Le pur­ga­toire des étoiles, Musée d'Art Moderne et contem­po­rain de Cordes-sur-Ciel, 2008

·  Travaux manus­crits aux éd.Le Livre Pauvre (Prieuré St Cosme) avec 7 artistes : A. Bongrand, M-Cl. Bugeaud, J-M Fage, A. Frédéric, J. Leroux, F. Nalbandian et Y. Strega (2003 à 2007)

·  Monographie sur le peintre Jean-Marie Fage, 83 repro­duc­tions cou­leur, Ed Fage, Lyon, 2007

·  L'inusable des lèvres, poème, Editions Maght, 2007

·  Impressions du Hoggar, 4 gra­vures en cou­leurs par Henri Baviera, Ed. Musée d'art contem­po­rain de Cordes sur Ciel, 2007

·  Le Créole des dieux, dos­sier par Jean-Michel Robert, Ed. Revue Décharge, tiré à part, 2006

·  Un temps fus­ti­gé par la mer, édi­tions Maeght, bilingue français/​italien, avec 9 lithos ori­gi­nales de Valerio Adami,2006

·  L'aubier de la rose (Matisse du mot au des­sin), édi­tions RMN, 2004, dis­po­nible dans tous les musées natio­naux.

·  L'anniversaire de la lune, édi­tions Le livre pauvre, 2003

·  Connemara black Préface de Daniel Leuwers éd. Rafael de Surtis, 2003. édi­tion bilingue française/​anglaise

Bibliographie (der­nières publi­ca­tions)

·  André Breton per­siste, cahier col­lec­tif, dos­sier sous la direc­tion de Jacques Kober, revue remue-méninges, impri­mé en Belgique, 2011

·  Etude sur Gilbert Rigaud, dans Diérèse n°54, 2011

·  La Tunique, l'Amourier, 2011

·  Bram Van Velde et ses loups, mono­gra­phie, 9 lettres inédites, 2e édi­tion, la Bartavelle, 2010

·  Photo de classe de Maternelle, poème inédit en cinq strophes, accom­pa­gné de deux gra­vures poly­chro­mie-relief ori­gi­nales et inédites, plein for­mat de Henri Baviera, sous cou­ver­ture réa­li­sée à la main, aqua­rel­lée, edi­tion arte-libris pey­cer­vier, 2009

·  Le pur­ga­toire des étoiles, Musée d'Art Moderne et contem­po­rain de Cordes-sur-Ciel, 2008

·  L'inusable des lèvres Maeght edi­teur (2007)

·  Travaux manus­crits aux éd.Le Livre Pauvre (Prieuré St Cosme) avec 7 artistes : A. Bongrand, M-Cl. Bugeaud, J-M Fage, A. Frédéric, J. Leroux, F. Nalbandian et Y. Strega (2003 à 2007)

·  Monographie sur le peintre Jean-Marie Fage, 83 repro­duc­tions cou­leur, Ed Fage, Lyon, 2007

·  L'inusable des lèvres, poème, Editions Maght, 2007

·  Impressions du Hoggar, 4 gra­vures en cou­leurs par Henri Baviera, Ed. Musée d'art contem­po­rain de Cordes sur Ciel, 2007

·  Le Créole des dieux, dos­sier par Jean-Michel Robert, Ed. Revue Décharge, tiré à part, 2006

·  Un temps fus­ti­gé par la mer, édi­tions Maeght, bilingue français/​italien, avec 9 lithos ori­gi­nales de Valerio Adami,2006

·  L'aubier de la rose (Matisse du mot au des­sin), édi­tions RMN, 2004, dis­po­nible dans tous les musées natio­naux.

·  L'anniversaire de la lune, édi­tions Le livre pauvre, 2003

·  Connemara black (à pro­pos d'Irlande et de Guinness) Préface de Daniel Leuwers éd. Rafael de Surtis, 2003. édi­tion bilingue française/​anglaise

·  Recettes véni­tiennes avec 10 litho­gra­phies de Raymond Mason) Maeght édi­teur, 2002.

·  L'eau de Venise aux cla­pots d'alchimie, éd. Matarasso, 2002.

·  Changer d'éternité, éd. Rafael de Surtis, 2001. En Inde.

·  Boccata d'ossigeno , éd. de la revue NU(e), illus­trée par Gérard Serée, 1999.

·  Jasmin tu es mate­lot, éd. Rafael de Surtis, 1998.

·  La dis­pa­ri­tion Fellini, éd. Rafael de Surtis, 1997.

·  Les mains éblouies (la pein­ture du demi-siècle), litho ori­gi­nale d'André Marchand, Préface de Xavier Girard, 6 lettres inédites de Matisse, 50 docu­ments d'époque 1945-1950, édi­tions Giletta, Nice, 1996.

·  Un pig­ment d'horizon, antho­lo­gie de poèmes sur qua­rante ans, études, pho­tos, témoi­gnages… édi­tions La Bartavelle, 1993.
 

 

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