> Rafaël Alberti, Marin à terre

Rafaël Alberti, Marin à terre

Par |2018-08-19T17:52:08+00:00 19 juillet 2012|Catégories : Critiques|

Avec ce volume com­po­sé de trois recueils, Marin à terre, L’Amante et L’aube de la giro­flée, la col­lec­tion de poche « Poésie » des édi­tions Gallimard donne à lire le pre­mier cycle poé­tique de Rafael Alberti, écrit et conçu ain­si entre 1924 et 1927. Il s’agit d’une poé­sie faite d’empathie avec l’Espagne du lit­to­ral et la vie de la mer, les flots autant que les hommes.

Marin à terre 1

La mer. La mer.
La mer. Rien que la mer !

Pourquoi m’avoir emme­né, père,
à la ville ?

Pourquoi m’avoir arra­ché, père,
à la mer ?

La houle, dans mes songes,
me tire par le cœur
comme pour l’entraîner.

Ô père, pour­quoi donc m’avoir
emme­né ?

 

La poé­sie d’un homme qui marche à tra­vers les pays ruraux aus­si. Un regard posé sur la beau­té des pay­sages de cette époque d’avant la guerre. C’est donc le pre­mier Alberti, celui d’avant l’hommage à Gongora et d’avant le tra­vail dans l’atelier du sur­réel.
Marin à terre est le pre­mier recueil d’un poète aujourd’hui consi­dé­ré comme l’un des plus impor­tants d’Espagne. Alberti l’a pro­po­sé pour le Prix National de Littérature et en fut le lau­réat. Le livre a été édi­té en 1925.  Il avait 23 ans. Cela marque son entrée dans le monde de la poé­sie et son retrait de sa pre­mière ten­ta­tion, celle de la pein­ture. Un choix qui est aus­si lié à une mala­die qui l’oppresse. Le prix ? Alberti y gagne un peu d’argent et de noto­rié­té, cela le conduit à ren­con­trer Garcia Lorca, Dali, Bunuel, et à publier dans des revues d’intérêt, comme Si, diri­gée par Juan Ramon Jimenez, ou la Revista de Occidente, revue de Ortega Y Gasset. Ce n’est pas encore le temps du par­ti com­mu­niste. Dès 1924, il dédie un groupe de poèmes à Garcia Lorca, dont celui-ci :

 

1. (Automne)

Cette nuit où le vent et son sty­let
poi­gnardent le cadavre de l’été,
j’ai vu, dans ma chambre, se des­si­ner
ton visage brun au pro­fil gitan.

La vega fleu­rie. Les fleuves, alfanges
rou­gies par le sang vir­gi­nal des fleurs.
Lauriers-roses. Chaumines et prai­ries.
Et dans la sier­ra, qua­rante voleurs.

Tu t’es réveillé sous un oli­vier,
avec près de toi la fleur des comp­tines.
Ton âme de terre et brise, cap­tive…

Lors aban­don­nant, très doux, ses autels,
l’ange des chan­sons est venu brû­ler
devant toi une ané­mone votive.

 

Il faut oser cela, dans l’Espagne des années 20.
1926. Le pre­mier cycle de poèmes de Rafael Alberti est ter­mi­né.

X