> Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (7) Jean-Pierre Boulic

Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (7) Jean-Pierre Boulic

Par | 2018-05-26T05:57:43+00:00 22 février 2014|Catégories : Blog|

Jean-Pierre Boulic, un che­min de poé­sie

 

Le par­cours du poète finis­té­rien est aujourd’hui mar­qué par une bonne ving­taine de recueils. Comme le disait Sulivan, c’est d’un seuil, ou en marge, qu’il essaie de sai­sir à la fois le com­men­ce­ment et, s’il est pos­sible, la fin des choses. Peut-être d’une pro­fonde terre loin­taine, mais aus­si au com­men­ce­ment de la mer…Sans oublier qu’il demeure, avec sa propre sen­si­bi­li­té, à l’école des Charles d’Orléans, Verlaine, Péguy, Marie Noël, Anne Perrier, La Tour du Pin, Bernanos, Cadou, Le Quintrec, Lemaire, Baudry ou encore Bocholier.

Au long de son che­min, à la nais­sance du poème, des images, des cou­leurs. Elles émanent le plus sou­vent des rivages de la Mer d’Iroise, des îles du Ponant, ou des pas­sages de l’Écriture. Elles se recueillent dans le creu­set de l’émotion – de l’émotion conte­nue. De sur­croît, elles lui donnent la sen­sa­tion que la Création n’est ni vide ni obs­cu­ri­té, mais qu’elle pro­cède en réa­li­té d’une parole d’illumination et de joie.

Il sug­gère de son émer­veille­ment de vivre, ce qui fait vivre en véri­té, dans un contexte où la moder­ni­té n’a pas tout réso­lu, où le sujet reste l’importance du phé­no­mène humain au cœur de l’univers, pour reprendre un tant soit peu la pen­sée de Teilhard de Chardin. Si l’homme est d’abord une inter­ro­ga­tion, il demeure confron­té à sa recherche de sens, de véri­té, de beau­té et de plé­ni­tude, dans des rela­tions à inven­ter en per­ma­nence. La néces­si­té d’un vivre ensemble, d’un bien vivre ensemble, appa­raît incon­tour­nable.

Sur le ton de la confi­dence, Jean-Pierre Boulic écrit alors sans trouble des mots qui filent avec le silence. Pour lui, le poème ren­voie, comme cer­tains l’ont déjà dit, à un au-delà du lan­gage cou­rant, mon­trant ce qu’il ne dit pas, témoi­gnant de ce qui dépasse la réa­li­té lorsque celle-ci est ser­tie en son cœur. Il déchiffre la parole de l’âme, fruit de l’expérience de son cœur à cœur avec l’univers, en pre­nant le risque de mettre en genèse une expé­rience intime amar­rée au monde…

Si sa langue a cette capa­ci­té de se consti­tuer en poé­sie, c’est qu’elle cherche à se délier des inter­fé­rences avec la rai­son rai­son­nante des sciences ou de la phi­lo­so­phie moderne. Sous une impul­sion libé­ra­trice, elle conçoit en des moments déci­sifs, ce qu’elle veut dire de sa véri­table appar­te­nance ori­gi­nelle, tra­duc­tion de son exis­tence quo­ti­dienne. C’est le point focal où naît l’inouï qu’il donne en par­tage – et qu’il pense indes­truc­tible. Hölderlin affir­mait que les poètes seuls fondent ce qui demeure.

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