> Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (8) Jean-Marc Sourdillon

Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (8) Jean-Marc Sourdillon

Par |2018-10-16T23:01:21+00:00 11 mars 2014|Catégories : Blog|

 

Né en 1961 sur les bords de la Seine, Jean-Marc Sourdillon a d'abord ensei­gné à l'Institut fran­çais de Madrid puis par choix, pen­dant dix ans, à l'hôpital Raymond Poincaré de Garches auprès d'élèves han­di­ca­pés. Il enseigne à pré­sent en classe pré­pa­ra­toire dans la région pari­sienne.

Ont comp­té pour lui d’une manière déci­sive les ren­contres avec Philippe Jaccottet et l’œuvre de María Zambrano  ain­si que la décou­verte, à l’âge de 16 ans, des Cévennes, sa région men­tale.

Depuis cet âge où tout a com­men­cé vrai­ment, écrire (poé­ti­que­ment) a tou­jours été sa corde de rap­pel. Il vivait, il dévis­sait, il écri­vait. S'éblouissait.

Il pour­rait mettre en exergue à tout ce qu'il écrit cette phrase inau­gu­rale de María Zambrano : " Tout est révé­la­tion, tout pour­rait l'être si on l'accueillait à l'état nais­sant." Ecrire, en effet l'aide à naître, à pour­suivre la nais­sance inache­vée. Ce qu'on appelle ordi­nai­re­ment nais­sance n'étant que le pre­mier jour de la  nais­sance véri­table, celle  qui n'a pas de fin. Voilà pour­quoi il essaye d'être atten­tif, tout autour de lui, à ce qui naît et que, géné­ra­le­ment, parce que c'est imper­cep­tible, on ne voit pas. Ce sont ses enfants, en nais­sant, qui l'ont mis sur cette voie-là. Il sait aus­si qu'il n'est pas tout seul et que la nais­sance ne peut se faire qu'à tra­vers quelqu'un d'autre. Sa poé­sie est donc tou­jours adres­sée, tour­née vers quelqu'un, par­fois il aime­rait bien savoir qui. Ecrire est une manière d'éclairer, de décou­vrir peu à peu son visage. Il a trou­vé chez Alejandra Piziarnik un vers qui résume bien les choses. Toute la nuit j’écris pour cher­cher qui me cherche.

Enfin, il sait que l'écriture se fait dans le pro­lon­ge­ment de la vie, dans ce qu'elle de plus inti­me­ment, de plus concrè­te­ment vécu… Comme il a été dif­fi­cile de s'arracher aux concepts, aux grandes idées, aux images sai­sis­santes ! Il le fal­lait pour entrer les yeux grands ouverts dans sa vie, sa propre vie, dans ce qu'elle avait de plus sin­gu­lier, de concret et donc d'unique. Là et seule­ment là pou­vait s'accomplir la nais­sance. Au milieu des cir­cons­tances. La poé­sie aide à ça.  C'est ce que Philippe Jaccottet lui a ensei­gné pen­dant son ado­les­cence, mais aus­si Rimbaud, Joë Bousquet, María Zambrano et Jean-Pierre Lemaire, le poète ami et admi­ré, l'habitant musi­cien de la "marge des jours".

La dif­fi­cul­té n'est pas d'écrire, mais de vivre de telle manière que l'écrit naisse natu­rel­le­ment. C'est cela qui est presque impos­sible aujourd'hui ; mais je ne puis ima­gi­ner d'autre voie. Poésie comme épa­nouis­se­ment, flo­rai­son, ou rien. Tout l'art du monde ne sau­rait dis­si­mu­ler ce rien. Philippe Jaccottet

 

X