> Réginald Gaillard : L’échelle invisible

Réginald Gaillard : L’échelle invisible

Par |2018-10-18T04:58:47+00:00 29 septembre 2015|Catégories : Critiques|

 

Ce recueil, par sa com­po­si­tion, rend visible les bar­reaux trans­ver­saux du temps à tra­vers visions et dépouille­ments. L'ellipse tra­vaille à évi­der toute sub­jec­ti­vi­té jusqu'à atteindre la ner­vure du vers, ligne saillante de la tra­ver­sée. Elle prend nais­sance d'une manière sombre par La mon­tée au cal­vaire, poème inau­gu­ral qui fonde et fige dans un pré­sent atem­po­rel, l'épreuve déci­sive d'un enfant fou­droyé par le deuil. Les kin­ders­zene, pre­mière sec­tion du recueil, témoignent et tra­duisent sous la tris­tesse d'un vieillard d'un jeune gar­çon, sta­tue de sel accrou­pie, une longue cata­base de l'esprit au royaume des morts.

Cette mort dévas­ta­trice n'en est pas moins une ini­tia­tion, qui par le feu de la colère et du retran­che­ment, ouvre la voix d'une odys­sée inté­rieure, brû­lant peu à peu sur son pas­sage les sco­ries des écarts comme de l'acédie. Des ten­sions au sein même du vers sont alors visibles, entre atti­rance vers une sen­sua­li­té qui cap­tive Cette femme – une belle âme ! /​ Pour une aubade à la gorge /​ me prend et une aspi­ra­tion à une terre inté­rieure dans les pas de Celui qui est le che­min. Mais la patience tenace, maintes fois pré­sente dans le recueil, ain­si que l'invasion de la langue Lame de fond his­sée au tra­vers de la gorge /​ mag­ma de mots qui me décolle de la chair /​ me pro­met à la décol­la­tion per­met d'endurer le temps et de s'y confron­ter. S'opère alors un mou­ve­ment inverse, ascen­sion­nel où le retour d'une vie absente dans la pré­sence consti­tue l'anabase. Un envoi, pièce ultime du recueil peut désor­mais ouvrir la clô­ture, apos­tro­phant tout dédi­ca­taire pour témoi­gner de la vic­toire sur la mort.

Le poète dans un lien trans­mué sait avan­cer en aveugle avec pour clar­té cette flamme inté­rieure /​ jaillie d'une vieille tombe tou­jours chaude en terre froide.

 

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