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Resuscitation [II]

Par |2018-11-20T18:58:49+00:00 26 octobre 2012|Catégories : Blog|

 

They brought me to the tun­nel
You wat­ched me go inside
I saw your sketches on the walls of the tun­nel :
A house, a small child playing, a tree, a dog, a ball of sun­light over a field of flo­wers
Erase, they said
They threw buckets and rags and bot­tles of bleach at me and said don't drink the bleach you worm
They sea­led up the tun­nel and disap­pea­red and now I was in the dark and I could bare­ly see the out­lines
  of your sketches
Erase all memo­ry of her life, they said
I scrub­bed the wall of your dra­wings and I scrub­bed you away
I scrub­bed the wall and I ima­gi­ned I crea­ted you as I des­troyed your dra­wings
Your legs appea­red on the wall and I pul­led them off and I did the same with your arms and chest and
  face and mouth and hair.
I stood you next to me and side by side we scrub­bed the wall to des­troy what lit­tle trace was left of you
They cra­cked the tun­nel door and for a second I saw sun­light
They ope­ned a cage of mice and relea­sed them into the tun­nel
They threw bread at us
I scram­bled for the bread but when they sea­led up the tun­nel it disap­pea­red in the dark­ness
I lis­te­ned to the sound of the mice che­wing on the bread
I tou­ched your head and it became a bal­loon
The warmth of my hand made your head swell with air and when your head explo­ded I found a rag and
  a bot­tle of bleach.
I took a sip of the bleach and it was vine­gar
I spit out the vine­gar and wat­ched your eye­balls sail down a river
I scoo­ped up your eye­balls and tried to pin them to my chest
Your eye­balls dis­sol­ved into the cot­ton of my shirt and I ima­gi­ned you could see inside of me
I felt your eyes inside of my chest and what they saw was an end­less drip
Your eyes said fol­low the drip so I craw­led through the mice to the other side of the tun­nel where I
  heard water drip­ping from the cei­ling
I stood beneath the drip and let the water fall into my hand
The water hit my hand one drop after ano­ther
I cup­ped the water in my hand and brought it to my mouth
I tas­ted you and you tas­ted like mil­dew and the drops went from my mouth to your lips and it was good
  to know I could nou­rish you and feel your mouth in my bel­ly and hear you breathe as the
  mice ate through my pants and into the hair on my legs
It was good to feel your mouth in my bel­ly as the mice craw­led on my face and head.
I knelt on the ground and prayed they would unseal the tun­nel
You said they will never unseal the tun­nel and you will rot here and I will love you
I felt your pre­sence melt over me and toge­ther we refu­sed to think
I car­ried your mouth inside of me as I lay down and refu­sed to think

 

II

Ils m’ont emme­né au tun­nel
Tu m’as regar­dé entrer
J’ai vu tes cro­quis sur les murs du tun­nel :
Une mai­son, un petit enfant en train de jouer, un arbre, un chien, une boule de soleil sur un champs de fleurs
Efface, ils ont dit
Ils m’ont jeté des seaux et des chif­fons et des bou­teilles d’eau de Javel et ont dit ne bois pas l’eau de Javel minable
Ils ont scel­lé le tun­nel et ont dis­pa­ru et main­te­nant j’étais dans le noir et je voyais à peine les contours de tes cro­quis
Efface toute la mémoire de sa vie, ils ont dit
J’ai récu­ré le mur de tes des­sins et je t’ai récu­ré hors d’existence
J’ai récu­ré le mur et j’ai ima­gi­né que je te créais en détrui­sant tes des­sins
Tes jambes sont appa­rues sur le mur et je les ai arra­chées et j’ai fait de même avec tes bras et ta poi­trine et ton visage et ta bouche et tes che­veux
Je t’ai pla­cée debout à mes côtés et ensemble nous avons récu­ré le mur pour détruire la petite trace de toi qui res­tait
Ils ont ouvert la porte du tun­nel d’un cran et pour une seconde j’ai vu le soleil
Ils ont ouvert une cage de sou­ris et les ont lâchées dans le tun­nel
Ils nous ont balan­cé du pain
Je me suis rué sur le pain mais lorsqu’ils ont scel­lé le tun­nel il a dis­pa­ru dans le noir
J’ai écou­té le bruit des sou­ris en train de gri­gno­ter le pain
J’ai tou­ché ta tête et elle est deve­nue un bal­lon
La cha­leur de ma main a fait gon­fler ta tête d’air et lorsque ta tête a explo­sé j’ai trou­vé un chif­fon et une bou­teille d’eau de Javel
J’ai bu une gor­gée d’eau de Javel et c’était du vinaigre
J’ai recra­ché le vinaigre et j’ai regar­dé tes globes ocu­laires des­cendre la rivière
J’ai repê­ché tes globes ocu­laires et j’ai essayé de les accro­cher à ma poi­trine
Tes globes ocu­laires se sont dis­souts dans le coton de ma che­mise et je me suis ima­gi­né que tu pou­vais voir en moi
J’ai sen­ti tes yeux dans ma poi­trine et ce qu’ils voyaient c’était un égout­te­ment inces­sant
Tes yeux ont dit suis l’égouttement alors j’ai ram­pé par­mi les sou­ris jusqu’à l’autre côté du tun­nel où j’entendais l’eau égout­ter du pla­fond
J’étais debout sous l’égouttement et j’ai lais­sé tom­ber l’eau dans ma main
L’eau a heur­té ma main une goutte après l’autre
J’ai attra­pé l’eau dans le creux de ma main et je l’ai rap­pro­ché de ma bouche à tes lèvres et c’était bon sachant que je pou­vais te nour­rir et sen­tir ta bouche dans mon ventre et t’entendre res­pi­rer pen­dant que les sou­ris tra­ver­saient en man­geant mon pan­ta­lon et jusqu’aux poils de mes jambes
C’était bon de sen­tir ta bouche dans mon ventre pen­dant que les sou­ris ram­paient sur mon visage et ma tête
Je me suis age­nouillé sur le sol et j’ai prié pour qu’ils ouvrent le tun­nel
Tu as dit jamais ils n’ouvriront le tun­nel et tu vas pour­rir ici et je vais t’aimer
J’ai sen­ti ta pré­sence se fondre par­tout sur moi et ensemble on a refu­sé de réflé­chir
J’ai por­té ta bouche à l’intérieur de moi en me cou­chant et en refu­sant de réflé­chir

 

Le livre des corps impor­tuns (extrait)
tra­duc­tion : Nathanaël

 

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