> Resuscitation [III]

Resuscitation [III]

Par | 2018-02-25T18:55:30+00:00 26 octobre 2012|Catégories : Blog|

 

I fol­lo­wed your voice
You said go to the river and when I went to the river there was no voice and I loo­ked for you
I loo­ked for your voice in the sand and all I found was a soldier's jacket han­ging from a branch
I loo­ked in the pocket and there was a stack of pas­sports and I loo­ked for you
A voice found me loo­king through the pas­sports and when he said drop it I dove into the river
The water was free­zing and as I dove in I heard a gun shot and I sank to the bot­tom
I found your voice on the floor and I held it bet­ween my fro­zen fin­gers
I took your voice in my hand and prayed for it to give me warmth
I rub­bed your voice against my chest and you said go back go back don't leave go back don't leave
I pushed to the sur­face and my lungs would not open
The sol­dier held out a stick to me
He pul­led me to the water and when I caught my breath he beat me with the stick
I told the sol­dier I had lost your body
He told me there were thou­sands of lost bodies and none of them would ever find them­selves
He said was the body bles­sed into hea­ven and I said there was no one to bless it to hea­ven
He said I'm not a ghost though I look like one and he beat me with the stick until I was uncons­cious
I woke up fro­zen without a pas­sport but I found your voice
You said it is bet­ter to freeze than to melt but I did not believe you
You said let my voice drip over you and the heat will return to your body
Days pas­sed
You disap­pea­red as I wai­ted for the heat and when you came back you were a rat and you ope­ned your    mouth and said come in me
I held open your mouth and loo­ked into your body
I put my hand in your mouth and when you snap­ped at it I lay down and let my mouth fill with foam
I said have you seen my mother and father and you ope­ned your mouth and there they were
I jum­ped in your rat body to be with my parents and we spoke of the good old days
You spoke of the good old days and your words were rain falls that washed my parents away
The rain means nothing here       your voice said
The rain means nothing here and your voice was a machine that made my parents disap­pear
You tur­ned on the machine and typed in the code and when my mother and father disap­pea­red there
  was only the sound of rain in your rat body
I let the rain pour over my head and I won­de­red who I would be when I came out of your voice
I felt for the pouch in my pants where I keep my pas­sport
The sol­dier had taken my pants and all I had left was skin
I wan­ted to peel off my skin and dis­solve into the tiniest voice 
I star­ted to peel the skin off my arms and wor­ked my way up to my shoul­der across my neck to the
  other shoul­der along the arms down to the hand
I pee­led the skin off my chest and sto­mach and in my rib cage your voice said peel more
I pee­led off my skin wishing to be what I would never become and you said for­get and I for­got the
  name of my father, my mother, my coun­try
 

 

 

III

J’ai sui­vi ta voix
Tu as dit vas à la rivière et lorsque je suis allé à la rivière il n’y avait aucune voix et je t’ai cher­chée
J’ai cher­ché ta voix dans le sable et tout ce que j’ai trou­vé c’était une veste de sol­dat accro­ché à une branche
J’ai cher­ché dans la poche et il y avait un tas de pas­se­ports et je t’ai cher­chée
Une voix m’a trou­vé en train de fouiller les pas­se­ports et lorsqu’il a dit lâche ça j’ai plon­gé dans la rivière
L’eau était gla­cée et en plon­geant j’ai enten­du le coup de feu et j’ai cou­lé jusqu’au fond
J’ai trou­vé ta voix au fond je l’ai tenue entre mes doigts gla­cés
J’ai pris ta voix dans ma main et j’ai prié pour qu’elle me donne de la cha­leur
J’ai frot­té ta voix contre ma poi­trine et tu as dit rentre rentre ne pars pas rentre ne pars pas
J’ai pous­sé jusqu’à la sur­face et mes pou­mons ne vou­laient pas s’ouvrir
Le sol­dat m’a ten­du une branche
Il m’a traî­né jusqu’à l’eau et lorsque j’ai retrou­vé mon souffle il m’a bat­tu avec la branche
J’ai dit au sol­dat que j’avais per­du ton corps
Il m’a dit qu’il y avait des mil­liers de corps per­dus et qu’aucun d’entre eux jamais ne se retrou­ve­rait
Il a dit le corps a-t-il été béni au ciel et j’ai dit qu’il n’y avait per­sonne pour le bénir au ciel
Il a dit je ne suis pas un fan­tôme même si j’en ai l’air et il m’a bat­tu avec la branche jusqu’à ce que je perde connais­sance
Je me suis réveillé gelé sans pas­se­port mais j’ai trou­vé ta voix
Tu as dit mieux vaut geler que fondre mais je ne t’ai pas cru
Tu as dit laisse dégou­li­ner ma voix sur toi et ton corps retrou­ve­ra sa cha­leur
Des jours ont pas­sé
Tu as dis­pa­ru alors que j’attendais la cha­leur et lorsque tu es retour­née tu étais un rat et tu as ouvert la bouche et a dit entre en moi
J’ai tenu ta bouche ouverte et j’ai regar­dé à l’intérieur de ton corps
J’ai mis ma main dans ta bouche et lorsque tu as cher­ché à me mordre je me suis cou­ché et j’ai lais­sé ma bouche se rem­plir d’écume
J’ai dit as-tu vu ma mère et mon père et tu as ouvert la bouche et ils y étaient
J’ai sau­té dans ton corps de rat afin d’être avec mes parents et nous avons par­lé du bon vieux temps
Tu as par­lé du bon vieux temps et tes mots étaient des averses de pluie qui ont empor­té mes parents
La pluie ne veux rien dire ici  ta voix a dit
La pluie ne veux rien dire ici et ta voix était une machine à faire dis­pa­raître mes parents
Tu as allu­mé la machine et y a tapé le code et lorsque ma mère et mon père ont dis­pa­ru il n’y avait que le bruit de la pluie dans ton corps de rat
J’ai lais­sé la pluie tom­ber sur ma tête et je me suis deman­dé qui je serais en sor­tant de ta voix
J’ai tâté la poche de mon pan­ta­lon où je conser­vais mon pas­se­port
Le sol­dat avait empor­té mon pan­ta­lon et il ne me res­tait que la peau
Je vou­lais éplu­cher ma peau et dis­soudre dans la plus petite voix
J’ai com­men­cé par éplu­cher la peau de mes bras et j’ai pour­sui­vi jusqu’à mon épaule der­rière mon cou jusqu’à l’autre épaule le long des bras jusqu’à la main
J’ai éplu­ché la peau de ma poi­trine et de mon esto­mac et dans ma cage tho­ra­cique ta voix a dit épluche encore
J’ai éplu­ché ma peau vou­lant être ce que jamais je ne devien­drai et tu as dit oublie et j’ai oublié le nom de mon père, de ma mère, de mon pays

 

Le livre des corps impor­tuns (extrait)
tra­duc­tion : Nathanaël