> Revue Spered Gouez N°19 sur le thème « Mystiques sans dieu(x) »

Revue Spered Gouez N°19 sur le thème « Mystiques sans dieu(x) »

Par | 2018-02-23T17:34:30+00:00 13 novembre 2013|Catégories : Blog|

 

Qu'une revue de poé­sie qui s'appelle "L'esprit sau­vage", qui plus est publiée en Bretagne, se consacre à la thé­ma­tique "Mystiques sans dieu(x)" me parait tout à fait logique. Mais Marie-Josée Christien a réa­li­sé là un bien bel ouvrage empreint d’une huma­ni­té et d’un sou­ci du par­tage qui fait plai­sir à lire.

Mystique et poé­sie donc tout d'abord, "quête de lumière et d'intériorité" selon Marie-Josée Christien, cet "obs­cur ver­tige des vivants" de Michel Baglin. Cette lumière que l'on pour­rait pla­cer "entre le souffle et l'être" comme le fait Brigitte Maillard ou dans "l'ubac inté­rieur" de Jacqueline Saint-Jean. La poé­sie comme « pierre de lumière /​ qui enterre la mort » (Karim Cornaly), espace de "liber­té inté­rieure" (Claire Fourier), ou bien comme "quête ini­tia­tique fon­da­men­tale", "élé­ment cen­tral de nos exis­tences qui se cherchent en pro­fon­deur" (Marie-Josée Christien). Mais aus­si et sur­tout une poé­sie "à hau­teur d'humilité" (Guy Allix) pour « gar­der au cœur son point d’ancrage » Françoise Coulmin).

Mystique et Bretagne éga­le­ment donc, terre de spi­ri­tua­li­té, "point de vue de l'âme", "lieu par­fait du génie poé­tique" nous rap­pelle Armand Robin en exergue de ce numé­ro de Spered Gouez. Une pro­fonde empreinte de reli­gion catho­lique et une appé­tence cer­taine pour le sacré et l’éternel. Et sans vou­loir faire offense à tous les poètes bre­tons chré­tiens (Gilles Baudry, Jean-Pierre Boulic, Pierre Tanguy pour ne citer qu'eux par­mi les vivants), il était tout à fait salu­taire de bien dif­fé­ren­cier le spi­ri­tuel et le reli­gieux, à une époque où le monde se radi­ca­lise un peu trop dans le super­fi­ciel, l'ostracisme et le rejet de l'autre.

Ce tra­vail de Marie-Josée Christien, pour ce numé­ro de sa revue fait œuvre de com­mu­nau­té et est un modèle de ce que peut être la spi­ri­tua­li­té exa­mi­née à tra­vers le prisme de la poé­sie : un par­tage d'humanisme et une porte ouverte vers toutes les ques­tions que l'humain peut se poser. Comme dit Jean-Luc Le Cléac'h, le mys­tique "est sur­tout celui qui (se) pose des ques­tions. Et peu importe, au fond, que celles-ci demeurent sans réponse..." Alors que peut-être le reli­gieux ne se contente d'une seule réponse… Oui c'est bien cela, cette revue devrait être offerte à tous ceux qui cherchent à don­ner un sens à leur vie. Juste leur pro­po­ser (rien impo­ser) cette vision de la poé­sie comme voix de l'âme.

"Le divin est nous, ou il n'est pas" annonce Claude-Michel Cluny. En nous, et par­tout ailleurs où sait cher­cher le poète. Marie-Josée Christien nous ouvre ain­si plu­sieurs che­mins pour cette quête.

Le mys­tique on le trouve tout d'abord dans le sou­ve­nir aux dis­pa­rus : Angèle Vannier, Paul Quéré, et plus récem­ment Alain Jégou par­tis dis­crè­te­ment « sur la pointe des morts ». Leur pré­sence dans ce volume nous les ramène en un sou­ve­nir doux et leurs mots (ou leur pein­ture pour Paul Quéré) viennent à se lire autre­ment, avec une autre voix comme silen­cieuse, apai­sée. Le mys­tique comme une forme de pré­sence en fili­grane dans toutes ces pages. Bruno Geneste et Marie-Claire Prouteau rap­pellent aus­si que le mys­tique prend place pré­pon­dé­rante dans les sanc­tuaires et les stèles. Ces sanc­tuaires et stèles qui fleu­rissent de leur pierre nombre de vil­lages bre­tons.

Le spi­ri­tuel se cherche aus­si dans les "nuages vaga­bonds" de Danielle Allain-Guesdon ou tout autre lieu de médi­ta­tion. Tout autre lieu pro­pice à récon­ci­lier le corps et l'esprit. Claire Fourier a choi­si plu­tôt un monas­tère en Chartreuse, Patrice Perron la lumière du soir dans les vitraux d'ouest et Jean-Marc Gougeon l’aube (« Le fon­de­ment du jour /​ me confie­ra-t-il par la bouche /​ de son aube /​ un rai de sa lumière »).

Le mys­tique mys­tère de la terre (« nous vivons  accor­dés /​  à la terre qui nous lie » Marylise Leroux) du pay­sage (le ruis­seau où s’écoule les âmes défuntes de Louis Bertholom ou « L’eau qui coule entre /​ une rive et un rêve […] accord du visible et de l’invisible. Et qu’on vou­drait s’y noyer /​ avant que le rêve devienne rive » Jean-François Mathé), et de la marche aus­si (« Pour dire que tout pas­sant pié­tine, à chaque seconde, un infi­ni » Michel Baglin).

Le mys­tique dans le corps lui-même aus­si. Derrière les pau­pières pour Colette Klein ("sous la pau­pière l'œil se regarde /​ Réincarne le monde") ou Jacqueline Saint-Jean ("Sillages fugaces sous les pau­pières /​ traces d'incendie sillages rouges /​ dans l'énergie noire"). Dans l’expression de la joie «  La joie dans les cœurs /​ pour cau­té­ri­ser /​ les fêlures de la vie /​ – une force essen­tielle – /​ pour arpen­ter /​ les che­mins de la sagesse » Chantal Couliou).

L’esprit est aus­si dans la légè­re­té (« qu’est-ce qu’une vie réus­sie ?, l’ami a répon­du « c’est une vie ou rien ne pèse » Serge Cabioc’h cité par Guy Allix). (« Emprunter des sentes de tra­verse /​ pour cueillir la beau­té nichée /​ dans l’infiniment petit » Chantal Couliou). Mais aus­si dans le vide de l’espace et de l’univers de « l’astropoéticien » Jean-Pierre Luminet (« la pen­sée de l’éternel fait mal /​ mais elle enivre ») ou de Françoise Coulmin (« Sidération sur ce pas­sé de l’univers /​ sur ces grands infi­nis de l’âme »). Et de l’espace au voyage il n’y a qu’un pas à mul­ti­plier (« Voyage /​ où rien n’est à gagner /​ si ce n’est un mieux être /​ un mieux vivre » Chantal Couliou).

Voilà j’espère que de nom­breux lec­teurs « l’esprit ten­du vers le sen­sible » contac­te­ront Marie-Josée Christien pour se pro­cu­rer cette belle revue, riche d’humanité et d’espoir dans le genre humain.  Spered Gouez vient comme bon nombre d’autres revues de poé­sie à la « res­cousse du sens », en ces temps de médio­cra­tie intel­lec­tuelle il est impor­tant de le signa­ler.

Spered Gouez /​ L’esprit sau­vage

Un numé­ro par an

16 €

Contact :

http://​spe​red​gouez​.mon​site​-orange​.fr

spered.​gouez@​orange.​fr