> Robert Desnos, De l’érotisme

Robert Desnos, De l’érotisme

Par |2018-10-23T18:15:15+00:00 19 avril 2013|Catégories : Critiques|

 

Dans ce texte ancien, Robert Desnos ver­sa dans l’étendue de l’écriture de dis­pa­rus qui ont tou­ché peu ou prou à l’érotisme. De l’antiquité, puis de Brantôme – vite expé­dié pour ses « com­mé­rages d’un infirme, ses rado­tages sur l’état de cocu et de place en place des anec­dotes peut-être gaillardes sus­cep­tibles d’intéresser seule­ment un archi­viste » – et  Rabelais, en pas­sant entre autres par Sade, Masoch, Apollinaire et Colette, l’auteur offre des consi­dé­ra­tions sans doute par­tielles donc par­tiales sur les approches qui œuvrent contre la neu­tra­li­té et l’indifférence accor­dée sou­vent par la lit­té­ra­ture au corps sexua­li­sé.

Écrit en 1923 pour Jacques Doucet et parue à l’origine en 1953 De l’érotisme  a vieilli. Et le relire aujourd’hui accuse cette pro­pen­sion. Un Pierre Louÿs y est exhaus­sé sur un pié­des­tal qui est deve­nu trop haut pour lui. Cette mise en relief prouve peu ou prou com­bien Desnos cherche dans l’érotisme plus un « témoi­gnage d’amour » qu’une dérive sexuelle. Et même si – tant s’en faut et comme il l’écrit –  « l’obscénité n’est pas la mani­fes­ta­tion néces­saire de l’érotisme » celui-ci est trai­té de manière « soft ». Le véri­table appel d’air que pro­pose Desnos est donc moins sen­sible dans cet essai que dans sa poé­sie. C’est en elle que se retrouvent (Annie Lebrun le sou­ligne dans son texte limi­naire) les glis­se­ments, per­mu­ta­tions et rup­tures capables de des­si­ner le « corps d’amour ». Il reste ici en pro­jec­tion plus spi­ri­tuelle que char­nelle.

 

De l’érotisme, Desnos n’a rete­nu que l’écume. Il en fait une sorte de nec plus ultra venant dam­ner le pion autant à la gau­driole gau­loise qu’aux excès de Sade. Inconsciemment, l’érotisme de Desnos cherche le conte voire la presque bluette. L’ensemble demeure en consé­quence des plus som­maires et, il faut le recon­naître, guère pal­pi­tant. En consi­dé­rant que   la  seule « poé­sie est capable de pré­tendre à l’interprétation de mys­tères éro­tiques », Desnos se pla­çait dans une impasse puisqu’était d’emblée reje­té tout ce qui pou­vait sem­bler dans l’érotisme maté­riel et gros­sier.

 

Pour la pre­mière par­tie du XXème siècle, Desnos ne retient que l’érotisme le plus chro­mos. De Colette elle-même il ne consi­dère avec bien­veillance que les tour­billons ano­dins de jeu­nesse. À l’inverse, il pour­fend la « Madame Colette de Jouvenelle, Madame le séna­teur (…) Quel est celui d’entre nous qui n’a pas été dégoû­té par cette méta­mor­phose ? » écrit-il. Il n’empêche qu’en dépit des res­tric­tions quant au pro­pos du livre, le plai­sir (non éro­ti­sé) demeure pré­sent. Et si l’auteur serait sans doute incon­so­lable à l’aune de ce que le genre est deve­nu, la satis­fac­tion reste grande de le retrou­ver, même s’il est arc­bou­té et cris­pé sur une cer­taine idée de la lit­té­ra­ture. Il refuse celles qui s’essayent aux ténèbres trop intenses du corps comme à celle qui en son humour caus­tique est riche en ala­cri­tés de corps de garde. Le poète pré­fère celle des fris­sons du petit matin, des ren­dez-vous secrets « ins­crits sur des agen­das incon­nus ». Ce n’est peut-être pas beau­coup. Mais sou­vent la lit­té­ra­ture du temps se contente de moins.

 

 

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