> Roland Reutenauer et la chronique du pied

Roland Reutenauer et la chronique du pied

Par | 2018-05-23T20:35:28+00:00 24 mai 2013|Catégories : Critiques|

Chroniques des voyages sans retour a été publié en 1991 aux édi­tions Rougerie et a obte­nu le prix de l’Académie des Marches de l’Est. La mai­son d’édition publie un grand nombre de ses recueils.

Dans Chroniques des voyages sans retour, Roland Reutenauer fait renaître la figure du Wanderer des Romantiques alle­mands. Sur les pas du jeune Werther de Goethe, le poète déam­bule dans les cam­pagnes rhé­nanes. Poésie des sen­sa­tions, le texte nous trans­porte à tra­vers temps et espace : les sai­sons et les lieux défilent dans cet ima­gi­naire comme sur l’écran blanc des sou­ve­nirs d’enfance. Le poète s’inscrit en « pas­sa­ger » de ce monde et paraît sous les traits du « Rom ». Visage aux mul­tiples facettes, il est tour à tour « celui qui a peur de se perdre », « celui qui regarde en arrière », « celui qui pié­tine », « celui qui repart à zéro ». Surgit alors une poé­tique du pied – « mouillé » d’avoir fou­lé les « prés » – tant dans la tra­ver­sée spa­tiale et méta­pho­rique, que dans l’enchaînement d’alexandrins, d’octosyllabes et déca­syl­labes qui peuplent les poèmes comme des fan­tômes de Rainer Maria Rilke à « Muzot ». Autant de détours qui enri­chissent le recueil d’images buco­liques. Chaque poème est une fenêtre ouverte sur l’extérieur, petit rec­tangle dont la briè­ve­té sup­porte tous les rap­pro­che­ments qui ral­lument l’œil de la méta­phore :

 

       je glo­ri­fie
le jour en méduse aveugle       pulse vole pulse vole
vivant de mots qui me sont d’ardentes Espèces

Roland Reutenauer sème en nous ses « cailloux », ava­tars de la graine du semeur, comme autant de pos­si­bi­li­tés de faire des rico­chets dans l’onde qui s’étire, comme autant de « pos­sibles » ouverts par les mots qui résonnent. Poète et lec­teur marchent à pré­sent côte à côte, ne dis­tin­guant plus les mots du monde, si proches à quelques lettres près :

 

Fini de nouer le monde en bou­quet
sur la table       de souf­fler les cou­leurs
dans tes mots        prête langue et che­mins
au récur­rent désir de se taire
tu marches dans la réa­li­té son­geuse
et dis­pa­rate       le vent com­pulse les érables
du bord feuille à feuille et divulgue

Ainsi, des « jours » pre­miers – poèmes limi­naires du recueil – au « soir » du Wanderer, le poète s’abandonne peu à peu au silence, pré­fa­çant un « ailleurs » de la vie. Il n’est plus ques­tion d’un Sturm und Drang mais d’une renais­sance à la vie et à la poé­sie, d’un pied à l’étrier :

 

adve­nir comme demain
 

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