> Rubén Dario, Azul

Rubén Dario, Azul

Par |2018-08-17T09:55:06+00:00 10 juin 2012|Catégories : Critiques|

Philippe Ollé-Laprune donne une belle pré­face à ce volume. Elle com­mence ain­si : « Rubén Darío est reve­nu au Nicaragua, sa terre natale, pour y mou­rir. Celui qui a par­cou­ru le monde, révo­lu­tion­né l’écriture en espa­gnol et fait figure d’idole pour la jeu­nesse de l’Amérique Latine se sait condam­né par la mala­die ; les excès, liés à la vie agi­tée qu’il a mené, le condamnent. Il n’atteindra pas les cin­quante ans. Il meurt le 6 février 1916 à León, dans ce Nicaragua pro­fond où il est né et a gran­di, loin des feux des capi­tales brillantes qu’il a connus. Darío est l’exemple même d’un écri­vain sur­gi d’un des lieux les plus impro­bables ». Le décor est plan­té, c’est à la lec­ture d’un chef d’œuvre mécon­nu que nous sommes conviés, nous lec­teurs sou­vent pro­fanes de la vieille Europe. Et cela est vrai. Rubén Darío est l’un des écri­vains de langue espa­gnole par­mi les plus impor­tants de l’orée du 20e siècle, à la légende ser­vie par une tra­jec­toire consi­dé­rée comme ful­gu­rante. Un bon poète, cela doit savoir bien mou­rir. Il y va de la pos­té­ri­té. Azul ? « Bleu ». Cela dit beau­coup. C’est un ensemble de contes (à l’écriture poé­tique affir­mée) et de poèmes. Mais ce bleu n’est pas bleu du ciel, plu­tôt celui de l’âme.

Rubén Darío a mar­qué les lettres his­pa­niques, on le consi­dère sou­vent comme l’un des fon­da­teurs de la moder­ni­té lit­té­raire en cette langue. Azul date de 1888 et a été édi­té au Chili. Un des nom­breux pays par les­quels le poète est pas­sé, comme il est venu vivre à Paris. Darío est un voya­geur autant qu’un acti­viste des lettres. Et dès avant le début du 20e siècle, il réunit une quan­ti­té de per­sonnes heu­reuses de s’inscrire der­rière lui dans le moder­nisme. Mais peu importe. Ce qui compte, ce sont les textes et non les fau­teuils en cuir des oli­garques tro­pi­caux d’une époque morte. Darío est vivant en son écri­ture et de ce point de vue les édi­tions José Corti font un don au lec­teur fran­co­phone en lui per­met­tant de décou­vrir cette œuvre forte. Une écri­ture mar­quée par­fois par l’érotisme, plus sou­vent par un éso­té­risme qui le pas­sion­nait, dans une époque où l’on fai­sait tour­ner les tables tout en posant cor­rec­te­ment équerres et com­pas sous la voie lac­tée. Le poète ouvre son cœur au monde. C’est de cela que son œuvre est por­teuse. On pour­rait sans exa­gé­rer voir quelque chose de maçon­nique dans l’œuvre construite, et sans doute est-ce là, dans cette œuvre, qu’il faut voir la réa­li­sa­tion du poète. Darío est un bâtis­seur et l’on trou­ve­ra force soro­ri­té dans son tra­vail.

On consi­dère aus­si, sou­vent, que Rubén Darío a révo­lu­tion­né l’écriture poé­tique de langue espa­gnole. Il bous­cule les us et cou­tumes de son temps. En cela, Recours au Poème ne peut man­quer de se recon­naître dans son par­cours. Il cherche la com­plexi­té en l’homme de son temps, et non des che­mins tra­cés par la force des habi­tudes ou des illu­sions. Il refuse que la lit­té­ra­ture et la poé­sie se can­tonnent à des « élites » bien nées (dit-on), s’occupant de salons en salons. Le poète entre en contact avec le monde. Et ses hommes. Il a ren­con­tré Verlaine. Il n’ont mal­heu­reu­se­ment pas sym­pa­thi­sé plus que cela.

Deux poèmes de Rubén Darío

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