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RUE DE LA FORÊT BELLE

Par |2018-08-19T01:55:47+00:00 5 décembre 2012|Catégories : Blog|

 

Une Genèse

 Forêts, vous finis­sez
à l'intérieur des villes .

*

Bergère de paroles
pen­sée devant soi pous­sée,

Nuit des mémoires
aubier où a crû
le savoir des espèces,

Amont de l'existence
mor­telle inces­sam­ment
recal­cu­lée,

A nu s'arrache d'un
sur­saut de vagues
nageuse enfin accor­dée à la rive
la Vie un jeu de dés
sur le tapis des mousses
algue émer­gée des­sin déjà
d'arbre pos­sible,

Mue par quel verbe aux syl­labes inouïes ?

*

Infatigables les fou­gères
déroulent détendent leurs crosses
gri­gnotent l'étendue
mitraillée de leurs spores,

La terre les mange
est man­gée
s'abîme fouillée
fouaillée
dans le puits des ver­dures

Où guer­rière la silve lève des bou­cliers
dans le fra­cas des lances de soleil .

*

Calices mon­tés sur le saphir d'un matin
hampes éti­rées au cha­lu­meau d'orages brefs
la pluie pal­pite sur le corps
de mer­veilles fus­ti­gées
pré­cède leur éclat le pro­clame
et les sèves déploient
leurs puis­sances de feuilles .

Seul regard dans la touf­feur
des muettes futaies
le dieu oblique du cou­chant
comme un tri­but d'adoration
incante les vapeurs amasse les nuées
enlève leur spi­rale .

*

Lentes à deve­nir
le domaine des bêtes
forêts qui fini­rez
à l'intérieur des villes
pri­mor­dia­le­ment vous avez
conver­ti le ciel en azur.

A votre abri ombreux
res­pi­ra­toire
l'animal affran­chi de l'eau
à l'épreuve de l'air se hasarde,
fouit racines et rhi­zomes
mime brin­dilles et feuillages
s'étire infime sous l'écorce
s'enchevêtre aux lianes
se noue aux muscles des rameaux
se dresse vaste
pré­da­teur de fron­dai­sons
fouet tenaille griffe
impla­cable mâchoire
machi­ne­rie armée d'écailles
engins irré­sis­tibles qu'un jour
a sou­dain dans la tourbe cou­chés …

*

L'être humain est né là
par­mi les sur­vi­vants d'anciennes
catas­trophes dans la pro­mis­cui­té
d'énormes cris très rauques
sous l'averse fil­trée par les branches
la nuit aux trem­blantes étoiles
scru­tant l'angoisse dans ses os .

Par quel matin empli de gloire
ose-t-il choi­sir
quelques dieux les abattre
et s'en construire un toit !

*

Comme la vie s'élança hors de l'onde
le sau­vage fen­dit les houles ver­doyantes
délais­sa leur ombre habi­tée
pour l'horizon où campent les énigmes .

Lumière de mil­lions d'années aujourd'hui nous par­vient 
le sou­ve­nir des vieilles forces fores­tières
à la vue des parcs assa­gis
de jar­dins dans le tis­su des villes ver­ti­cales
au pied d'immeubles totems .

Civilisés les arbres res­tent tuté­laires :
orgueilleuse la rue enno­blie sous leur dais !
Nos étages dépassent leurs cimes
mais c'est bien à leur fourche exta­tique
que nous rêvons encore de mon­ter .
 

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