> Salah AL HAMDANI et Arnaud DELPOUX : Oublier Bagdad

Salah AL HAMDANI et Arnaud DELPOUX : Oublier Bagdad

Par | 2018-05-22T21:52:14+00:00 19 mars 2016|Catégories : Critiques|

 

 

Oublier Bagdad  s’ouvre sur une mélo­die au pia­no d’Arnaud Delpoux qui nous invite sur les terres d’Orient, l’Irak, terre d’exil du poète Salah Al Hamdani. « Cinq heures du matin » le poète veut voir la mer « cette mer tant dési­rée » – une voix grave dont le timbre si par­ti­cu­lier, si beau, se marie par­fai­te­ment à la musique mélan­co­lique d’Arnaud Delpoux. Car il s’agit bien là d’un duo – une ren­contre, une belle ami­tié entre un com­po­si­teur né en France, auto­di­dacte (Arnaud apprend la gui­tare et débute en 1995 sa car­rière dans la musique) et un poète né à Bagdad, qui découvre la poé­sie dans les pri­sons de Saddam Hussein et qui choi­sit la France, pays de Camus, pour terre d’asile en 1975.

 

Composé de onze mor­ceaux, Oublier Bagdad nous entraîne vers ce pays déchi­ré par les guerres, dans l’impossible retour du poète sur sa terre d’enfance. Après la chute du dic­ta­teur, Salah Al Hamdani s’est ren­du en Irak pour revoir sa famille – sa mère « l’esprit en dérive /​ enfi­lée dans (s)es prières /​ l’âge cou­su sur le visage ». Ce bref retour au pays est dou­lou­reux : Bagdad a per­du son visage d’amour, son âme, vio­lée par les bar­bares. Que ce soit dans sa langue mater­nelle – l’arabe – ou sa langue d’adoption – le fran­çais, Salah Al Hamdani dit sa bles­sure pro­fonde, cica­trice à jamais ouverte : « la nos­tal­gie ramasse mon âme comme les gibiers d’un tor­tion­naire ». Témoignage de l’exil : « Bagdad mon amour », femme cru­ci­fiée, mère de tous les hommes.

 

Les com­po­si­tions d’Arnaud Delpoux au pia­no et à la gui­tare, dans des influences mêlées d’Orient et d’Occident (cer­taines sono­ri­tés nous rap­pellent par­fois Anouar Brahem), nous invitent au recueille­ment. « L’exil est mort à force de regrets ». Voix et musique s’écoulent comme l’Euphrate, fleuve tumul­tueux de l’Orient meur­tri, balayé par le vent du désert, comme la Seine qui tra­verse Paris, ville d’écriture et de lumières dans la nuit, où le poète – « l’oiseau sur le départ » fini­ra par man­ger « (s)es ailes /​ pour ne plus voler ».

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