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SANS TOI

Par | 2018-02-21T13:47:15+00:00 17 septembre 2012|Catégories : Blog|

 

La flamme du cierge rien n’éclaire, c’est à peine si elle cré­pite
lut­tant pour le souffle. Cette chambre est une boite acous­tique
où les objets s’interpellent à tra­vers l’obscurité.
Le râle du vieux fri­go et le grin­ce­ment des arti­cu­la­tions
rhu­ma­tiques du lit sont la plus triste des élé­gies.
Voilé du lin­ceul de l’insomnie, ton corps est un oignon dans le givre,
trop émous­sé pour pou­voir pen­ser.
L’arrêt de la vie, simple sagesse de la tique sur la branche,
cette prin­cesse du far niente. L’inaction te pèle,
elle te libère de tous tes mois amon­ce­lés, de la lan­gueur après le pas­sé,
de l’effroi face à l’avenir. Circulation du sang ralen­tie,
melasse sucrée, épaisse, dans une ruche scel­lée par de la cire,
coeur qui paresse autant qu’une volée en hivers. Tu amoin­dris
le volume d’espoirs et de dési­rs, tu dis­sous les sou­ve­nirs.
Au bout du compte, sans toi il n’y a plus de dou­leur, car lorsque tu
te sous­trais, humble, au monde, le monde n’a plus sur qui
se jeter. Une mati­né lim­pide. Un pré sous la neige.
Le vent défait le blanc duvet des char­dons. Et un cor­beau.

 

Traduit du ser­bo-croate par Boris Lazić

 

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