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SEUIL DES ACIDES (extrait)

Par | 2018-02-21T02:32:36+00:00 8 septembre 2013|Catégories : Blog|

 

Nuit.
Je la veux belle, ten­due à l'extrême,
pré­sente aux extré­mi­tés de tous nos membres,
voyante flot­tante
dans l'immensité d'une démence,
assoif­fée de soies de sang.

Je la veux impre­nable cette nuit,
toute enflée de marbres et de rivières,
tendre, souple, coriace,
pas de plume ni de soie,
mais de ciel pourpre,
men­songe qui hurle
et drape l'infini
impos­sible à évi­ter,
à tenir à dis­tance des lèvres,
si étranges lèvres.

Je la veux toute en sou­rires,
toute légère, si légère,
qu'elle flot­te­rait en cette beau­té
des non cor­rom­pus,
rêve d'une nudi­té déli­vrée de toute culpa­bi­li­té,
à jamais éva­dée de cette cel­lule
cri­blée de fenêtres murées.

Je l'espère ensor­ce­lée cette nuit
rivée à des villes rivales,
cru­ci­fiée sur des rives où des râles
s'épuisent à l'approche des tom­beaux,
où des musiques percent des tun­nels
en des fronts d'argile.

Il est là le pâle, l'unique secret,
il se tient dans cet angle de la mémoire,
cha­cun accom­plis­sant, construi­sant sa pente,
cha­cun réin­ven­tant ses abîmes,
et les arbres, ces arbres qui penchent leurs lourdes têtes
au des­sus des fosses,
pour eux aus­si elle fini­ra par arri­ver l'heure de velours,
l'avalanche de la parole leur révé­le­ra l'issue.

Cette nuit qui aujourd'hui scin­tille,
se gorge et s'engorge
se pen­che­ra sur le ber­ceau de ce fleuve
qui aura tout sim­ple­ment oublié de res­pi­rer.

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