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Sonnet Américain

Par |2018-10-18T20:18:40+00:00 29 décembre 2013|Catégories : Blog|

 

Nous ne par­lons pas comme Pétrarque ni ne por­tons de cha­peau comme Spencer
et il ne s’agit pas de qua­torze vers
comme des sillons dans un petit champ minu­tieu­se­ment labou­ré

mais de la carte pos­tale illus­trée, un poème sur les vacances,
qui nous pousse à chan­ter nos chan­sons dans de petites pièces,
ou à ver­ser nos sen­ti­ments dans des gobe­lets doseurs.

Nous écri­vons au dos d’une cas­cade ou d’un lac,
ajou­tant à la vue une légende aus­si conven­tion­nelle
que les yeux hélio­cen­triques d’une dame éli­sa­bé­thaine.

Nous pla­çons un adjec­tif pour le temps.
Nous annon­çons que nous nous amu­sons beau­coup.
Nous expri­mons le sou­hait que vous soyez là

et tai­sons le vœu que nous soyons là où vous êtes,
reve­nant de la boîte aux lettres,  tête bais­sée
tan­dis que vous lisez et retour­nez le mince mes­sage entre vos mains.

Une tranche de ce lieu, une éten­due de plage blanche,
une place ou les flèches sculp­tées d’une cathé­drale
per­fo­re­ront le lieu fami­lier où vous demeu­rez,

et vous jet­te­rez sur la table cet affi­chage réver­sible :
quelques cen­ti­mètres car­rés de là où nous avons erré
et un concen­tré de nos sen­ti­ments.

 

 

tra­duc­tion Marilyne Bertoncini
 

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