> SOUS DES SOLEILS DE SEPTEMBRE (extrait)

SOUS DES SOLEILS DE SEPTEMBRE (extrait)

Par |2018-08-14T21:36:22+00:00 26 avril 2014|Catégories : Blog|

 

« Se mettre en avance ; se mettre en retard : quelles inexac­ti­tudes !
 Être à l’heure : la seule exac­ti­tude. »

                                                                                               Charles Péguy

 

    Que me montre le plus clair du temps l’aiguille ?

    Que sonne le jour dehors, que résonne la nuit dedans ?

    Quel donc res­sort autant me relâche, quelle donc machine autant me res­serre ?

 

    C’est lorsque je n’écris pas – par manque de temps, pour de mau­vaises rai­sons d’esprit, ou pour causes de mau­vaise humeur – que je me sens le plus entiè­re­ment, le plus tota­le­ment écri­vain.

    Pour le dire autre­ment, quand je n’écris pas je tremble à l’idée d’écrire encore, et quand j’écris il me semble écrire de sur­croît…

 

    Au « gros chêne » j’ai chu­cho­té mes prières d’enfant.

    Là, dans le fol enla­ce­ment de l’écorce véné­rable, dans l’étreinte de nos sem­blables corps, se sont dans le même temps mêlés, sal­va­teurs, nos essences, nos souffles et nos sueurs.

    Là fut en moi pré­ci­pi­té, à cette époque en prin­cipe des­ti­née à la pure incons­cience, le sens pré­cis et par­fai­te­ment inat­ten­du, le res­sen­ti le plus aigu et sans doute le plus pré­cieux de l’existence.

    Là, sous des soleils de sep­tembre, j’ai su, trop sou­dai­ne­ment peut-être, l’immensité périlleuse de ce pos­sible lan­gage exi­geant de soi sans cesse plus de silence et plus de tem­pête.

    Je suis le déses­poir éclair dans ce temps si lent, ban­dit sur­pris hors champ pour­sui­vant de part en part son grand che­min.

    Je ne crains pas les répé­ti­tions du futur car je sais les soli­tudes pas­sées, rem­plies d’incomparables pro­messes.

 

    D’autres ont vu ces lueurs, d’autres les ver­ront, mais je suis le pre­mier qui ne les ver­ra plus, et je serai le der­nier qui les a vues, m’a dit le poète main­te­nant à mon envers qui fut en d’autres temps à mon endroit.

 

    L’œuf a cre­vé sous le violent effort, l’œuvre a écla­té sous la douce épreuve, et le temps de tout com­prendre s’est enfui comme il ne vient à per­sonne la force de s’en sou­ve­nir.

 

    Tant de temps me prend, me sur­prend, si loin de mou­rir ailleurs, tout près ici de vivre.

    Tant de terres me remuent, tant de ciels me regardent, tant d’yeux me touchent, tant de mains me res­pirent.

    Tant d’histoires me dévorent, tant de langues me parlent.

    De ces choses, qui sou­lagent ma mort.

    De tous ces visages, qui reposent ma vie.

 

 

Les Archers N°14 

(mai 2008)

 

 

 

 

 

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