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Sous le regard des nuages de Jean-Pierre Boulic

Par | 2018-02-26T04:14:58+00:00 12 mars 2014|Catégories : Blog|

     Les nuages qui courent dans le nou­veau livre de Jean-Pierre Boulic sont ceux du Pays d’Iroise, là où réside l’auteur, à la pointe nord-ouest du Finistère. C’est le qua­trième livre bilingue (fran­çais-bre­ton) que le poète consacre à ce ter­roir si par­ti­cu­lier, à la fois aus­tère et enchan­teur. Mais Jean-Pierre Boulic change ici de focale. Certes il nous chante son pays d’élection – comme il l’avait fait  notam­ment dans Le chant bleu de la lumière – mais c’est plu­tôt une pro­fonde médi­ta­tion qu’il nous pro­pose ici, dans des poèmes lapi­daires aux allures de prière ou d’incantation.  Préfaçant le livre, le moine et écri­vain Jean-Yves Quellec note d’ailleurs avec jus­tesse que « Jean-Pierre Boulic par­vient très heu­reu­se­ment à réunir dans ses écrits l’affirmation enchan­tée, l’interrogation qui naît d’un émer­veille­ment sans com­plète béa­ti­tude, le désir mué en espé­rance et, ulté­rieu­re­ment, en prière ».

    Alors ? Jean-Pierre Boulic, poète chré­tien ? Assurément, il ne renie­rait pas cette appel­la­tion, mais tou­jours par le tru­che­ment d’une poé­sie incar­née en prise directe avec la nature. Des mots fami­liers du poète ponc­tuent les pages comme dans ses pré­cé­dents recueils : « clai­rières », « vagues », « fou­gères », « landes », « îles », « rochers », « écume », « vague »… Ah ! Cette mer d’Iroise, « cor­ri­dor d’un océan/qu’empruntent les phoques ».

    Mais tous ces mots au goût salé sont, ici, pour don­ner véri­ta­ble­ment toute sa saveur à une démarche d’introspection. « Poète ! La terre que tu veux laisser/D’abord est celle qui en nous-mêmes/Passe de mort à la vie/​Et se libère dans la force d’aimer ». Les pay­sages du Pays d’Iroise deviennent ain­si de vrais pay­sages inté­rieurs quand l’auteur sou­ligne « l’évidence du pré­caire » ou exprime une « dou­leur à ciel ouvert ». Un vif sen­ti­ment de l’existence se mani­feste sous « les langes du ciel » quand l’homme est à même d’entendre « l’inouï dans la den­telle du silence ».

        « Tu demeures là/​Guettant terre et océan/​Les yeux tou­jours éveillés/Au-des­sus des lames ». Veilleur (tel un moine sécu­lier), Jean-Pierre Boulic habite « le seuil » et quête « l’invisible pré­sence ». Dans la deuxième par­tie de son recueil, qu’il inti­tule « Ce que mon cœur cherche » (titre ins­pi­ré par Le Cantique des can­tiques), c’est le ton de la prière et de l’invocation qui domine lar­ge­ment. S’adressant à son Dieu, il peut même lui faire cette sup­plique. « Fais venir le cou­rage d’affronter/Le temps où mon souffle/​Par les main des hommes sera sup­por­té ! ».

      Le temps file, l’âge vient. Mais Jean-Pierre Boulic s’arrime à « l’instant sacré » et croit au « temps de la grâce ». Les nuages, sous sa plume, deviennent des « célestes vaga­bonds » qu’il salue d’un revers de main. Son pays d’Iroise devient notre pays à tous quand « tout tres­saille et se révèle ».

 

(*) Les quatre pré­cé­dents  livres bilingues de Jean-Pierre Boulic direc­te­ment ins­pi­rés par les pay­sages de l’Iroise s’intitulent : Royaume d’île, Rouantelez en ene­zenn (2004), Une île auprès des ciels, Eun ene­zenn tost d’an oablou, avec des pho­to­gra­phies de Marie-Hélène Grange (2007), Le chant bleu de la lumière, kan glaz ar sklê­ri­jenn (2009). Ils ont tous été publiés par les soins de Job an Irien aux édi­tions Minihi Levenez (29 800 Treflevenez), qui en a assu­ré la tra­duc­tion en bre­ton.

Des extraits du Chant bleu de la lumière, Kan glaz ar skle­ri­jenn, sont à l’origine d’une cantate(musique de René Abjean) inter­pré­tée par Mouezh Paotred Breizh, Chœur d’hommes de Bretagne, sous la direc­tion de Jean-Marie Airault. Le CD de la can­tate vient de paraître (dis­tri­bu­tion Coop Breizh), véri­table « ode à la Bretagne et aux pay­sages de l’Iroise ».