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Souvenir de l’Inondation

Par |2018-10-22T05:42:21+00:00 12 octobre 2013|Catégories : Blog|

 

Au fond de la mémoire , c’est l’éclat blanc qui n’est
ni trace de brume ni vide de sens : ce n’est pro­ba­ble­ment
pas de la neige, ni cet effet éblouis­sant de ligne blanche
que l’horizon marin peut avoir quel­que­fois
les jours où l’air est trans­pa­rent comme la cel­lo­phane vierge.
C’est une écharde d’un blanc par­ti­cu­lier, ou bien une traî­née de blanc,
comme un banc de sable écla­tant à tra­vers le cou­vert des feuilles,
rete­nu pour tou­jours, sou­ve­nir d’une pro­me­nade bien des années aupa­ra­vant.
C’est le  rai  de lumière sur les dunes au cré­pus­cule,
sai­si juste une fois, remé­mo­rée, revue ailleurs.
Ou bien l’ombre insai­sis­sable du métal blanc sur le toit
de la mai­son voi­sine, ombre qui est aus­si sil­houette
d’une bou­gain­vil­lée, fleurs rouges cas­ca­dant
le long des murs, enva­his­sant les tuyaux d’écoulement –
et par-des­sus le toit, trois péli­cans sus­pen­dus dans le ciel
tels des bateaux amar­rés dans une eau agi­tée par le vent.

Voici la clar­té à laquelle je m’éveille habi­tuel­le­ment, ou
qui m’éveille, après une nuit sans rêves.
C’est ain­si que j’ai dor­mi la nuit der­nière. Après des semaines d’absence,
je me suis de nou­veau éveillé dans une mai­son calme comme l’été,
une mai­son pleine d’objets (lampes, éviers, chaises, portes)
qui n’ont pas besoin de dor­mir. Seulement pen­dant ces pre­miers
rares ins­tants, après que je sois arri­vé dans la cui­sine,
tout est aus­si calme et frais que le réfri­gé­ra­teur.
Alors, il se met à ron­ron­ner tran­quille­ment et les pai­sibles péli­cans pla­nant
frappent des ailes. Ce pour­rait être une fois ou tou­jours,
comme une sen­sa­tion par­ti­cu­lière qui va et vient,
avant de s’enraciner, et d’apparaître encore. En ren­trant,
j’ai le sen­ti­ment que de quelque façon, les choses
ont chan­gé, quand en fait ce n’est pas vrai :
peut-être auraient-elle dû. Mais non.
Vous dor­mez encore. Le toit du voi­sin offre
en retour au ciel sans tache un peu d’ultraviolet,
tan­dis que je pense au temps pas­sé  ailleurs, aux voyages,
aux jours et aux jours sur d’arides auto­routes. Peut-être
en rêvez-vous juste en cet ins­tant, replié sur vous-même
comme la courbe d’un pay­sage. Rien ne change. Ou peut-être est-ce la lumière du pay­sage
qui s’est consu­mée au fond de mes yeux. Maintenant, les traces
deviennent cette écharde. Comme une ombre tra­ver­sant mes pau­pières,
Je me sou­viens d’un éclat déver­sé sur des zones de marais inon­dées
avec leurs arbres morts et gris qui se dressent tou­jours là
et  un ibis qui plane pour atter­rir. Un cor­don de poteaux de clô­ture
sur­nage au milieu, avant de se noyer. Juste au-des­sus,
deux hiron­delles qui cisaillent s’évanouissent dans le soleil.

 

(tra­duc­tion : Marilyne Bertoncini)

 

Remembering Floodwater

 

Back of the mind, it's the white sli­ver which is
nei­ther mis­ty trace nor mea­nin­gless : it pro­ba­bly
isn't snow, nor that glare effect of a white line
which the sea's hori­zon can some­times have
on days when the air's clear as untou­ched cel­lo­phane.
It's a par­ti­cu­lar white sli­ver, or smear of white,
like a patch of sand burs­ting through leaf-cover,
held fore­ver, remem­be­red, from some walk years back.
It's the stripe of light on sand­hil­ls towards dusk,
caught just once, recal­led, seen again somew­here else.
Or it's untou­chable sha­dow on the white metal of the roof
of the house next door, a sha­dow that's also a sil­houette
of a bou­gain­vil­lea, cas­ca­ding red flo­wers
down the walls, over­grown round the drain­pipes –
and, above the roof, three peli­cans han­ging in the sky
as if they're boats moo­red in wind-slop­ped water.

This is the bright­ness I usual­ly wake up to, or
which wakes me, after a night of dream­less sleep.
I slept like that last night. After weeks away,
I wake up once again in a house tran­quil as sum­mer,
a house full of things (lamps, sinks, chairs, doors)
which do not need to sleep. Just for those first
few moments, after I've come into the kit­chen,
everything's as calm and cool as the fridge.
Then it hums quiet­ly and the lazy, gli­ding peli­cans
flap their wings. It could be once or always,
like a par­ti­cu­lar sen­sa­tion which arrives and goes,
before it's ancho­red, then felt again. Getting back,
I've that fee­ling that some­how things
have chan­ged, when real­ly they haven't :
per­haps they should have chan­ged. They haven't.
You're still asleep. The neighbour's roof offers
back a lit­tle ultra­vio­let to the uns­mud­ged blue,
while I'm thin­king of the time away, the jour­neys,
the days and days on arid, high-speed roads. It could be
you're drea­ming of it right this moment, cur­led over
like a slope of land. Nothing changes. Or per­haps it's coun­try light
that's bur­ned itself behind my eyes. Now the trace
becomes that sli­ver. Like a sha­dow get­ting through
the lids, I remem­ber spilt-out glaze on floo­ded wet­lands
with their dead, grey trees still stan­ding there
an ibis crui­sing down to land. A string of fence posts
wades into the water's middle, before it drowns. Up close,
two swal­lows, scis­so­ring, vanish across the sun.

from Wild Bees

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