> Stratis Pascalis, Saison de paradis.

Stratis Pascalis, Saison de paradis.

Par |2018-08-18T03:27:10+00:00 13 juin 2014|Catégories : Blog|

 

SIX QUESTIONS À PROPOS DE LA POÉSIE

 

 

1

 

    C'est un recueil énig­ma­tique, qui résiste à la lec­ture, qui inter­roge l'acte de lire que Saison de Paradis de Stratis Pascalis. Le lec­teur n'est pas un récep­tacle neutre à l'égard de ce qu'a vou­lu dire le poète. Le lec­teur est fait de ses mul­tiples lec­tures et peut se trom­per quand il lit une nou­velle œuvre. Et s'il lui fal­lait reven­di­quer son droit à l'erreur, même si au plus pro­fond de lui, il essaie tou­jours de cap­ter l'intention de l'auteur ?

 

 

2

 

    Si le titre du recueil est aus­si celui d'un poème, le lec­teur trou­ve­ra dans un autre poème, Rose de l'abricotier, une évo­ca­tion du para­dis : "Au-des­sus de l'image d'un humble para­dis /​ Sont accro­chés cœurs san­glants et coquillages". Vers qui sont à la sem­blance de maints pas­sages du livre où Stratis Pascalis mêle la lumière et la dou­leur, belle pro­messe et bou­quet de cau­che­mars. Si le lec­teur peut trou­ver de mul­tiples occur­rences du mot para­dis en lisant ces poèmes, le poète observe le réel, le pré­sent en quête de traces du pas­sé. Mais tout reste obs­cur dans ces cultures qui se mélangent . "Ce qui n'a jamais eu lieu […] demeure à jamais" ou "Ce qui n'a pas été ran­gé aux Archives /​ […] fut gra­vé en relief". Comment se repé­rer dans ce dédale, dans ce mys­tère ? La poé­sie peut-elle le per­mettre ?

 

 

3

 

    Peut-être Stratis Pascalis dit-il son pro­jet le plus clai­re­ment dans Patrie ? Sa quête de véri­té se confon­drait-elle avec la quête d'une patrie idéale faite de la conver­gence des cultures abor­dées frag­men­tai­re­ment dans un poème ou un autre ?

 

 

4

 

    À lire les poèmes, on passe d'une culture à l'autre ou d'une civi­li­sa­tion à l'autre. De la chré­tienne à la juive, de la Grèce antique à l'Islam… Parfois on est confron­té à la civi­li­sa­tion de Cronos ou à celle de la sainte Cène. Pourquoi ? Que pen­ser, une fois la sur­prise pas­sée ?

 

 

5

 

    Dans ce mael­ström où les demi-dieux d'une ancienne reli­gion "passent au rouge" et "Demeurent insai­sis­sables /​ Par les satel­lites trans­cen­dants", que signi­fie ce téles­co­page ? Sinon la beau­té étrange du poème qui se joue des codes tem­po­rels ? Sinon un pré­sent qui s'échappe pour prendre racine dans un pas­sé loin­tain ? Jusqu'à condam­ner l'inconnu ou l'autre puisque le poète ajoute : "Qu'est-ce qui, lorsque j'ai bal­bu­tié Poète /​ M'a jeté un regard hos­tile comme si j'avais dit Juif ?"

 

 

 

6

 

    Maelström où se mêlent des bribes de légendes, de tableaux échap­pés de l'Histoire de l'art, de romans, de reli­gions, des bribes et même des miettes. Où se repé­rer ? Où trou­ver une sta­bi­li­té pour s'affronter au pré­sent ? Comme si cette mul­ti­tude dont nous sommes faits était le vacille­ment de tout notre être ? Êtres de cultures nous sommes, pour le meilleur et pour le pire.

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