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Sur deux récents livres de Gabrielle Althen

Par |2018-08-14T12:31:20+00:00 9 décembre 2012|Catégories : Critiques|

 

C’est la vie qui regarde la vie qui res­pire, et le sou­pir gran­dit.

Gabrielle Althen

 

Vie saxi­phrage, de petites proses affi­nées et des poèmes en vers qui disent le miroir que nous sommes d’une lumière silen­cieuse plus vaste que nous. Cela éclaire et éclate chaque jour devant nos yeux, et nous ne le voyons guère. Ou bien, plus. Une parole éga­rée.

Cette gaze de l’air sur le lieu déli­cieux, ce rien heu­reux et ces lignes sans mots pour ondu­ler plus haut que les tour­mentes vaines, lorsque là-bas, contre le jour trop clair, la neige sent bon le mimo­sa et que la liber­té s’amuse sans gestes au bord de toi.

Tout est libre, redit le poète. Sauf nous, qui sommes enfer­més en nous-mêmes, de nous-mêmes. Librement aus­si, d’une cer­taine manière. Cela ques­tionne cepen­dant :

L’énigme est une roue céleste qui se laisse tra­ver­ser sans se résoudre et le temps la reçoit sans y tou­cher, tel un vent léger fai­sant filer les herbes lisses.

Il y a le son qua­li­fié d’Incendie sonore, son qui porte la beau­té de la parole d’avant, tou­jours renais­sante. Comme la fleur. Ou la rose. Ce n’est que notre regard qui ne voit plus ce qu’il voyait aupa­ra­vant, l’invisible. La signa­ture des choses. Ici, en ce monde, tout est cepen­dant sym­bole. Et le regard absent n’absente pas l’authenticité sym­bo­lique de ce monde. Même si nous accep­tons le théâtre vir­tuel que d’étranges forces fabriquent avec nos faux outils de mau­vais com­pa­gnons. Cela n’empêchera pas le poème de Gabrielle Althen de por­ter l’espérance :

Il y a dans l’air des exploits impal­pables qu’on appelle des anges et qu’on ne ver­ra pas.

Gabrielle Althen donne simul­ta­né­ment ou presque La splen­deur et l’écharde, aux édi­tions de Corlevour. Des essais. Autour de la poé­sie, de la pein­ture, de la musique. Ses mondes en somme. Lisant l’œuvre du poète, il est émou­vant de croi­ser ses uni­vers en ouvrant cet opus pas­sion­nant. On trouve ici ses lec­tures sources. Il ne s’agit pas d’un livre de cri­tiques, au sens uni­ver­si­taire de ce terme. Ce sont des ren­contres, des appré­hen­sions et des confron­ta­tions, avec des œuvres et des artistes d’importance. La poé­sie affronte le Beau. Et celui-ci, n’en déplaise à l’air du temps, n’est pas sub­jec­tif. On croi­se­ra Pessoa, la musique, Picasso, la poé­sie, Rilke, Eluard, Handke, Char, Baudelaire, la mys­tique de Jean de La Croix ou Ingeborg Bachmann, dont on ne mesure pas encore assez l’influence sou­ter­raine sur ce début de siècle. Point de pré­ci­pi­ta­tion ici, des médi­ta­tions plu­tôt. Avec des œuvres. Au fil du temps. Ce qui bâtit, en somme. Althen offre dif­fé­rents angles de vue, et aus­si de petites proses/​pensées, apho­rismes, au cœur du livre. Du bel ouvrage, et il est heu­reux qu’un édi­teur prenne encore, aujourd’hui, le temps de publier cet ensemble.

 

Des poèmes de Gabrielle Althen dans Recours au Poème :

https://www.recoursaupoeme.fr/po%C3%A8tes/gabrielle-althen

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