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Sur la terre

Par | 2018-02-19T12:37:27+00:00 28 décembre 2012|Catégories : Critiques|

Je cherche ce qui demeure,
le moyeu de la route, le lit du fleuve,
la paix qui n’est pas du monde.

 

Il faut avoir pas­sé de longs moments avec l’évangéliste Jean pour écrire des vers de cette sorte, et, de ou depuis ces moments de pro­fonde médi­ta­tion, avoir extrait une vision de la réa­li­té, avoir posé un regard en retrait sur le monde. Car les mots les plus essen­tiels du Christ (et non de Jésus) sont ceux de ces vers, des mots pro­non­cés à la fin du 4e Évangile quand le Christ, alors sym­bole de l’Amour uni­ver­sel, cette loi extra­or­di­naire que l’humain res­pecte peu, répon­dant à une ques­tion de Pierre lui dit : « Lui ? Il demeu­re­ra ». Il parle de Jean.
La véri­table his­toire du monde moderne com­mence pré­ci­sé­ment là.
Et elle s’inscrit dans une his­toire plus ample, celle du Poème et des poètes. Ceux qui jus­te­ment cherchent ce qui demeure.
Pascal Riou est par­fois consi­dé­ré comme un poète chré­tien. Nous nous fichons de ce genre d’étiquettes stu­pides comme de notre pre­mier dol­lar. Cela n’a aucun sens, l’étiquetage, au sujet des hommes artistes. Les enfants d’Élie.
Si l’on veut situer « civi­le­ment » le poète, disons qu’il est actuel­le­ment membre du comi­té de rédac­tion de la revue Conférence, une des quatre ou cinq plus belles aven­tures lit­té­raires en revue de ces 20 der­nières années. Il s’occupait autre­fois de la belle col­lec­tion de poé­sie étran­gère, cou­ver­tures claires et grises, des édi­tions Cheyne. Une col­lec­tion qui offre de vraies belles décou­vertes en ce qui concerne les poé­sies contem­po­raines. Je pense par exemple à Hill ou Merwin. Entre autres.
Poète, acteur du monde vivant de la poé­sie, Pascal Riou sait sans aucun doute que l’on écrit en lisant et en vivant. Et par­fois en buvant (un peu). Sa poé­sie le dit.
Le recueil s’ouvre sur la fin des terres, la blan­cheur des grèves. L’eau, sa renais­sance. Il se pour­suit au Thoronet, dans l’intimité de Cîteaux. Un long fleuve qui demeure, sui­vant le cours de la lumière. La poé­sie de Riou vit dans un monde où tout res­pire, mal­gré la folie iro­nique des mau­vais hommes. Et ils sont mal­heu­reu­se­ment légion. Cette vio­lence vient dans le poème à coups de rafales. Mais cette terre qui sup­porte une telle folie est aus­si celle qui por­tait les tem­pliers, bons hommes qui, comme le poète, ne ces­sèrent pas de regar­der les étoiles, même depuis la flamme du bûcher. La terre est un temple. Et l’homme en fait par­tie. La terre, l’homme. Janus. Nous en sommes là, en une époque où il faut aux poètes rap­pe­ler à tous ce qu’est le réel. C’est la fonc­tion contem­po­raine et sacrée de la poé­sie.

Puis tu te dis, cha­cun d’eux est pour­tant
la moi­tié du monde. Et tu penses au dis­ciple
que Jésus aimait, la tête pen­chée
sur le souffle du Fils.

 

Car en terre de poé­sie, tout est sens et sym­bole.
 

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