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Terre sentinelle de Fabienne Raphoz

Par | 2018-05-23T17:07:50+00:00 15 février 2014|Catégories : Blog|

 

Le titre de ce recueil, Terre sen­ti­nelle, à l’image de l’ouvrage de Guillevic auquel on pense immé­dia­te­ment, fait œuvre à lui seul. Il y a beau­coup en ces simples mots éla­gués. C’est un livre de rivières, d’arbres, d’animaux ; une manière d’être au monde tout en en construi­sant le lieu.

À l’envol des oiseaux.

Fabienne Raphoz est né en 1961. Son ate­lier com­porte des livres de poèmes et des essais, la plu­part parus chez le même édi­teur, un édi­teur dont il convient de saluer la beau­té phy­sique des livres. La poète est aus­si édi­trice, oeu­vrant pour la poé­sie et le mer­veilleux au sein des édi­tions José Corti qu’elle dirige en com­pa­gnie de Bernard Fillaudeau depuis 1996. On la sait pas­sion­née par la nature, le monde ani­mal, et en par­ti­cu­lier les oiseaux. C’est ain­si que Terre sen­ti­nelle contient… tous les ani­maux de la Terre. Déjà, Ses Jeux d’oiseaux dans un ciel vide, augures (Héros-Limite, 2011) étaient entiè­re­ment consa­crés aux oiseaux. Car il y a « de l’oiseau » en cette poète quand elle nous conduit, comme sur­vo­lant la/​sa géo­gra­phie, de sa terre natale à l’Afrique, en pas­sant par ses terres inté­rieures, celle de la mère, de la perte, et de la nature proche. Les poèmes sont enra­ci­nés dans le vol, de branches d’arbres en ciels éclai­rés.  

Ainsi :

 

enfer­mé
l’œil fer­tile
les expose
toutes les bêtes
de la Tête
 

puis les libère
du toit – trop
plat
 

La poète entraîne son lec­teur (ou son com­plice) de la glaise/​au miroir, et offre une plon­gée en res­pi­ra­tion dans le creux même du monde – de ce qui est ; de ce qui vit. Il y a de l’espoir dans cette poé­sie, une sorte de refus du nihi­lisme actuel­le­ment à l’œuvre. Une poé­sie bien­ve­nue. Et cepen­dant lucide :

 

le drame ce n’est pas :
la sixième extinc­tion
le drame c’est :
l’instrument est conscient ;
l’instrument a extrait
l’enfer d’ici para­dis.
 

Pourtant : L’enfance fos­sile rayonne encore

Il faut lire la poète et son argile, quand elle fait œuvre.

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