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Tes empreintes de Paul Guillon

Par |2018-03-28T21:19:39+00:00 29 juin 2014|Catégories : Blog|

Il faut peut-être quelques effa­ce­ments : celui que pour­voit la neige ou celui d’une grand-mère à l’hospice pour que s’opère une révé­la­tion : « Dans ton cer­cueil ouvert /​ la mort t’a enfin ren­du ton visage. » écrit Paul Guillon (p.25) dans la deuxième sec­tion de son très beau livre, une sec­tion presque pro­saïque, car les dou­leurs que pro­cure l’apparente perte de rai­son d’un être cher conviennent mal au lyrisme. Paul Guillon a per­du une grand-mère elle-même éga­rée. L’épisode est banal, mais il main­tient ouverte ce que j’appellerais l’hypothèse poé­tique. Dans ce désastre qu’il ne s’agit pas d’embellir, on se tient en effet à un che­veu de la beau­té et – qui sait ?- d’une révé­la­tion. Les poèmes de Paul Guillon, qu’ils parlent de ce deuil ou de la vie urbaine, de l’amour ou des voyages en Orient se tiennent tou­jours du bon côté de ce che­veu. Je veux dire qu’ils cherchent l’empreinte plu­tôt que le néant, la trace, plu­tôt que la déses­pé­rance.

On me dira que l’auteur et son édi­teur aus­si sont chré­tiens. Oui, bien sûr et Paul Guillon ne cherche ni à en faire mys­tère ni à en impo­ser le dogme. La foi qui tra­verse ce livre est certes une clé de l’intelligence qu’il pro­pose à son lec­teur. Mais on ver­ra bien­tôt que cette clé tour­ne­rait fou si elle n’ouvrait un espace de sen­si­bi­li­tés com­munes. Ceux qui, pour des rai­sons sim­ple­ment idéo­lo­giques se pri­ve­raient de cette lec­ture se pri­ve­raient aus­si d’une belle expé­rience humaine. « Je sais bien mon Dieu que per­sonne ou presque /​ ne lit mes poèmes. /​ Je les écris pour toi » (p.52) Et le poète pour­suit alors son offrande en com­pa­rant son œuvre à ces petits car­tons bri­co­lés dont  les gamins font offrande le jour de la fête des mères.

On le voit, le Dieu de Paul ne loge pas loin de l’expérience com­mune et c’est après tout cette expé­rience qui, comme chez Jean-Pierre Lemaire ou chez Jean Follain, donne son poids de par­tage au lec­teur.

Nous lirons  donc ici l’expression sin­cère d’une expé­rience humaine par­ta­gée qui oppose la confiance à  l’ennui, la lumière fra­gile au néant. Le ton, très atta­ché au quo­ti­dien de ce que cha­cun peut éprou­ver, où qu’il vive, se donne alors pour très dis­crè­te­ment sub­ver­sif. Il n’impose pas la foi, mais il déran­ge­rait un monde qui, déles­té de toute trans­cen­dance, lais­se­rait l’expérience humaine à ses propres rap­ports de forces. Paul Guillon ne joue pas la vie sur un ring. Il accueille ce qui advient dans un silence qu’il sait proche mais peu visi­té. En cela, il est auda­cieux et même violent, si on veut suivre Apollinaire. Oui, l’espérance est vio­lente, même et sur­tout quand elle se chu­chote dans la vie simple d’un poète.

 

 

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