Thibault Loiselle, Poèmes

Par |2023-03-06T08:36:26+01:00 28 février 2023|Catégories : Poèmes, Thibault Loiselle|

Lost High­way

Voilà le ciel si noir 
qu‘il laisse le chant 
des cigales nu et 
mort. Voilà le ciel – 
fig­ures de cire étran­glées, 
couleurs léthales comme 
des poignards plan­tés 
aux yeux de la nuit.

Voilà à quel point le ciel 
est aveu­gle quand on l’allume 
avec des phares.

Sais-tu qui nous sommes ?

Deux lobes bril­lants 
dans la nuit des temps :
une averse de ban­des blanch­es 
qui éjac­u­lent le pare-brise, 
les feux une plaque d’acier
qui rampe le noir comme 
une armée de mygales.

Tu m’as saisi les yeux 
dans la bluette – 
comme si tu pen­sais 
pou­voir pren­dre plus 
qu’une ombre. Tu m’as 
saisi les yeux, bais­sé la vitre,
puis tu as ten­du le revolver 
vers la mer. Clic. Une comète 
qui éclate sur ma rétine. Puis 
la déto­na­tion qui me remplit
comme un encens 
dans une conque.

J’ai la rage de n’avoir que 
ces yeux pleins de chair pour l’orage mais
la joie de pou­voir te les con­fi­er, 
le temps qu’un éclair prend 
pour bal­afr­er la nuit
et se rabat­tre dans son ven­tre. Le revolver 
encore chaud de ta paume 
qui noie mes mains
dans la moi­teur d’astres ensablés.
Puis je rate ma cible. Je rate 
ma cible
 pour trou­ver

l’étoile enfouie.

Sais-tu qui nous fûmes ?

Les couleurs pures de paix 
qui fusil­lent la nuit lorsqu’elle
s‘assoupit. Tu laiss­es le sable
galop­er ta peau nue. Comme 
d’habitude tu es froid comme neige
mais tes gestes ont la chaleur 
de celui qui sait la récolter
au creux de sa main,
la voir fondre
sous sa langue en prononçant un voeu, tout bas :

soit aimé – soit le pas 
sans rai­son que l’oeil fait
pour dévêtir le ciel.

 

(S)ilence & (M)urmures

Ailleurs si 
j’écris. Avant
si je compte

jusqu’à trois,
tu reprendras
ta peau de nuit

et la coudra sur
mon nom pour
ne pas le perdre

si la tienne
brûle à vif. Car 
le nom dépend 

d’heures que
je n’ai pas, où
tu n’es pas

sans être à
personne
d’autre. Car

on croit que 
c’est croire 
jusqu’à ce
qu’une nuit
pleine de
 
lanières bleues
s’emmêlent. 
On croit que c’est
une peau jusqu’à

ce qu’elle se tende
assez
pour en faire
une carte.

Héré­tiques

Ou encore : je n’ai été chré­tien qu’au jour où le sep­tième ciel

était presque assez haut pour que retomber en vaille la peine.
Car je n’ai jamais su mieux aimer la terre qu’à tes pieds

sur la pédale d’accélérateur, le monde une pluie de phares

qui mouil­lent la nuit jusqu’à ce que les mains noires du cèdre 
grelot­tent ton vis­age. L’intime de ta danse sem­blable à une couleuvre

lorsqu’elle se dénude au soleil pour atter­rir dans le rêve

le plus blanc. Est-ce qu’il se bris­era dans la foudre, ou 
dur­era-t-il comme une pluie d’été ? C’est ce que les

mots implorent en s’effaçant – la ligne noire et funambule
sur laque­lle je cours. Après tout je ne crains plus de pass­er pour faible.

Ce que je crains, c’est que ma faib­lesse s’arrête de faire des

entailles sur ma peau. Après tout, l’origine n’était qu’une pous­sière 
avec la pré­ci­sion d’une flèche. Après tout, l’origine n’est qu’une poussière

face au soleil qui la fait dur­er en la criblant — en l’aimant.

Présentation de l’auteur

Thibault Loiselle

Mon nom est Thibault Loiselle. Je suis né en 1998 en Provence. J’ex­plore ce que la queer­ness me laisse explor­er, les états d'extase et d'hallucination, le rêve, Dieu.

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