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Thierry Sinda

Par |2018-10-19T00:26:25+00:00 18 mai 2014|Catégories : Blog|

Originaire du Congo, pro­fes­seur de lettres, poète, cri­tique, de ciné­ma au maga­zine "Amina" et auteur d'une thèse sur la négri­tude. Il a publié un drame poé­tique "Voyage en Afrique à la recherche de mon Moi Enivré" aux Editions Atlantica (www​.atlan​ti​ca​.fr)

Anthologie des poèmes d' amour des Afriques et d' Ailleurs ( Orphie 2013).

Thierry Sinda

Par |2018-10-19T00:26:25+00:00 1 septembre 2013|Catégories : Blog|

Dans un pay­sage édi­to­rial et poé­tique fran­çais dans lequel la part de la poé­sie d’Afrique noire est res­treinte, la paru­tion de ce volume est un bol d’air qui force le res­pect. On remer­cie­ra dont Thierry Sinda, pro­fes­seur de lit­té­ra­ture et de ciné­ma afri­cain, cri­tique de ciné­ma et pré­sident du fes­ti­val Printemps des Poètes des Afriques et d’Ailleurs, fes­ti­val dans lequel cette antho­lo­gie s’inscrit. Sinda nous offre un sacré voyage dans les pays de la négri­tude et de la néo-négri­tude. Ce qui est affir­mé avec jus­tesse, dès les pre­mières pages, dans les mots de George Pau-Langevin : « Cette antho­lo­gie se veut le recueil des meilleures expres­sions poé­tiques sur l’amour qui ont illu­mi­né les quatre der­nières années de ce Printemps des Poètes des Afriques et d’Ailleurs. Ces poèmes s’inscrivent dans ce puis­sant cou­rant de la lit­té­ra­ture fran­co­phone qu’ont repré­sen­té avec talent Aimé Césaire et Jacques Rabamananjara ».

L’édition du fes­ti­val était par­rai­née par Jacques Rabémananjara et Martial Sinda, et c’est sur leurs textes que s’ouvrent l’anthologie, juste après la pré­sen­ta­tion du maître d’œuvre Thierry Sinda, lequel affirme avec force et jus­tesse que « le fleuve de la poé­sie afri­caine ne s’est nul­le­ment tari après Senghor et Césaire ». Il faut vrai­ment n’avoir jamais mis la plume sur le conti­nent afri­cain pour affir­mer une bêtise pareille et l’on sait gré à Sinda de remettre les pen­dules à l’heure. Viennent ensuite les très beaux Chants pour une jeune congo­laise de Martial Sinda, avec cet extrait que je choi­sis :

 

Reine-femme-nue-noire
Toi seule fais la fier­té,
Toi seule est l’Annonciatrice
De la Paix et du Bonheur afri­cains enve­lop­pés
Dans un gouffre rouge.

 

Il est à noter que cette pre­mière par­tie du volume, comme l’ensemble de cette antho­lo­gie, est accom­pa­gnée de pré­sen­ta­tions pré­cises ain­si que de pho­to­gra­phies des dif­fé­rents poètes. Tout cela fait de cette antho­lo­gie un opus qui fera date.

La seconde par­tie est consa­crée aux « Poètes invi­tés d’honneur du fes­ti­val ». Le lec­teur y décou­vri­ra ou redé­cou­vri­ra les poé­sies de René Maran, Léon-Gontran Damas, Raoul-Philippe Danaho, Aimé Césaire, Joseph Zobel, Léopold Sédar Senghor, Annette Mbaye d’Erneville, Paule Nardal, Kokou-Paulin Joachim, Bernard Dadié, Jean-Baptiste Tiémélé, Sébastien Matingou, Flavien Ranaivo, F-X Mahah, Vital Heurtebize, Jacques Rancourt, Franck Della Motte et Le Quang Sinh.

Honneur ici à la négri­tude sur son ver­sant fémi­nin, avec cet extrait d’un poème d’Annette Mbaye d’Erneville :

 

Tu es homme, ce soir !
Tu es homme, mon fils !
          Par la lame tran­chante
          Par ton sexe éprou­vé
          Par ta peur refou­lée
          Par la terre des Ancêtres

 

La troi­sième par­tie de l’anthologie est consa­crée aux « Poètes des Afriques » et s’ouvre sur une superbe pho­to de Michaël Udofia, pho­to mon­trant la file des poètes mar­chant sur un trot­toir, valise à la main. Une pho­to qui fait sens dans l’histoire d’ensemble de la négri­tude. Le lec­teur trou­ve­ra ample­ment son bon­heur à la lec­ture des textes signés : Marie-France Danaho, Louis-Philippe Dalembert, Ferdy Ajax, Daniel Illemay, Romuald Chery, Solal Valentin, Ozoua, Denise Chevalier, Enide Darius Gordien, Iverlene Worrell-Diallo, Seydou Beye, Amadou Elimane Kane, Nanou Youla Yansane, Sophie Cerceau, Alain-Alfred Moutapam, Evelyne Pèlerin Ngo Maa, M’Boka Kiese, Léopold Congo Mbemba, Henri Pémot, Thierry Sinda, Shoming, Fredy Jaofera, Francine Ranaivo, Antsiva, Houria, Ben Nodji, Touhfat Mouhtare, Habib Osmani, Fatima Chbibabe-Bennaçar, Ines Ouelasti, et Monia Boulila dont on peu lire des poèmes dans nos pages.

Parmi bien des perles, on peut lire ce poème de Fatima Chbibane-Bennaçar, Au bord de la volup­té :

 

J’ai déchi­ré le silence
De la nuit sélène
Qui, par sa clar­té,
Ravit ton regard
Eclipsant ma pré­sence.
 

Moi, jaloux de la lune,
De mes mains brû­lantes,
De mes tendres caresses
Et sen­suelles étreintes
Je t’ai fait offrande
Pour que ton corps en nau­frage
Me trouve à son secours.
 

De ma bouche suave
Coule un souffle brû­lant
Qui donne aux rêves
L’espoir de se réa­li­ser
La joie et le confort
Et retient ton corps
Au bord de la volup­té.
 

J’ai semé avec confiance
Mille et une étoiles
Sur les che­mins du désir
Où prennent source
Les rivières fécondes
Dans le clair-obs­cur
De nos plai­sirs par­ta­gés.
 

Aux pre­mières lueurs de l’aube,
J’ai levé, à la cadence de mon vent,
Les voiles de ton navire tan­guant
Qui cha­vi­ra avant de s’échouer
Sur la grève blanche
D’un rivage aux mille splen­deurs
Nées dans les arcanes de nos cœurs.
 

Une qua­trième par­tie pro­pose des « Poètes d’ailleurs », avec tou­jours ce même sou­ci de la richesse poé­tique : Giovani-Michel del Franco, Téodia Téodoro, Aude-Marguerite Schmitt, Rénaldo Guerriero, Dêva Koumarane et Jaimé Galdos.

Les der­nières pages de ce beau livre com­portent un index, des docu­ments inédits et des annexes. Honnêtement, cette antho­lo­gie a voca­tion à figu­rer dans la biblio­thèque de tout ama­teur et de toute ama­trice de poé­sie.

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