> TINO VILLANUEVA : Anthologie de poèmes choisis

TINO VILLANUEVA : Anthologie de poèmes choisis

Par | 2018-05-25T20:22:13+00:00 7 mars 2016|Catégories : Critiques|

 

Tino Villanueva est né en 1941 au Texas, a fait à la force du poi­gnet une brillante car­rière uni­ver­si­taire, et écrit six recueils de poèmes très par­ti­cu­liers, sou­vent d'une émo­tion extrême, dont les thèmes sont liés à son sort de des­cen­dant de "chi­ca­nos", issus du "bar­rio" mexi­cain, aux USA. Ce sont des poèmes – le pre­mier recueil sur­tout – en par­tie spon­ta­nés d'un auto­di­dacte, pro­mis à deve­nir plus tard pro­fes­seur dans plu­sieurs uni­ver­si­tés, dont celle de Boston où il sera spé­cia­liste notam­ment des idiomes issus de mixages cultu­rels. Cette poé­sie très directe et intense offre un cli­mat à la fois dérou­tant, dans cer­tains cas, et plein d'humanité, que les deux tra­duc­trices ont su rendre avec une sim­pli­ci­té que j'ai trou­vée élé­gante et très effi­cace. De plus chaque poème com­porte son ori­gi­nal en regard, ce qui devrait être la règle de ce genre d'éditions, même si cela double le volume du livre… L'arrière-plan de cette oeuvre, bien connue aux USA, est celui d'une ascen­sion vers la culture et la poé­sie, mue par un espoir violent et obs­ti­né, à par­tir du "bas de l'échelle sociale". Toute une phi­lo­so­phie de la des­ti­née humains y est sous-jacente. Il y aurait tel­le­ment de com­men­taires à faire sur ce poète, sur la mixi­té des langues qui l'intéresse, sur son rap­port au temps, à la des­ti­née, sur sa confron­ta­tion à la socié­té contem­po­raine, que j'invite les lec­teurs éven­tuels qui m'accordent un peu de sens poé­tique à se pen­cher sur ce pre­mier livre en fran­çais de la poé­sie d'un auteur jamais tra­duit, à la per­son­na­li­té pas­sion­nante, et qui reflète tel­le­ment pro­fon­dé­ment le sort de tant de per­sonnes de notre temps qui ont vécu, ou qui des­cendent de per­sonnes qui ont vécu, l'aventure de l'immigration à par­tir de pays en dif­fi­cul­té, vers des socié­tés occi­den­tales de plus haut niveau. Par de simples traits sur­gissent les pro­blèmes de l'acclimatation à une culture très dif­fé­rente, plus exi­geante et plus com­pé­ti­tive que la socié­té d'origine. Il y a de longs poèmes, mais aus­si de petits poèmes qui en disent long et je ne puis me rete­nir d'en citer un sur lequel je finis cette note :

 

                 NE PAS SAVOIR, À AZTLÀN

La façon dont ils te regardent

    les maîtres d'école

la façon dont ils te regardent

  les ronds de cuir de mai­rie

la façon dont ils te regardent

    les flics

    la police à l'aéroport

      tu ne sais pas si c'est pour quelque chose que tu as fait

                                            ou pour ce que tu es
 

 

À mon sens, on entre ain­si de plain-pied dans la poé­sie de Tino Villanueva, écri­vant son XXIème siècle, de fait celui de tous !

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