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tordre, et autres poèmes

Par |2018-08-18T20:44:55+00:00 2 septembre 2017|Catégories : Blog|

 

 

tordre

 

c’est cette por­tée unique du regard,
à quelque lieu que l’œil touche,
qui donne à notre hori­zon
la forme alié­nante du cercle.

la ligne qui te scelle,
où ton visible tombe, ôtée,
ôtée dure­ment la bague d’ennui,
le doigt tor­du de l’attrait t’invite.

 

 

rostre

 

deux sacs-pou­belle,
comme deux tes­ti­cules, pendent à la grille de l'immeuble.
les plan­ta­tions de la cour tombent sur le trot­toir.
sa façade est la seule de cette rue qui n'a pas été rava­lée.
le bleu police des portes et por­tails – tou­jours le même –
conti­nue de s'écailler.
des cou­lures de rouille dégou­linent des fenêtres
jusque sur les saillies.
seuls les garde-corps ont été chan­gés,
mesure de sécu­ri­té afin de pré­ve­nir la chute.

à l'intérieur des appar­te­ments des incon­nus me toisent.
les regards sou­cieux, au moment du déclic sous la pluie.
une pluie gla­ciale qui n'a pas lieu d'être au milieu d'août.

à cent dix kilo­mètres de la mai­son que j'habitais il y a vingt ans,
je trace ces mots. d'après la pho­to­gra­phie.
au loin un cor­beau prend son essor dis­cret d'un arbre mort.
un autre s'y pose.

que leur dirait ce nom ?
eux vivent là où nous nous dés­in­té­grions. une famille entière.
une part de moi-même
vou­lait en faire un mémo­rial à mes joies d'enfant.

clic.

mais bien vite
est remon­tée une débor­dante tris­tesse qui me serre la gorge.
je réajuste ma capuche et dis­pa­rais.

 

 

La route blanche

 

et puisque tu n’as de plus sen­sible fenêtre
sur le monde que cette véran­da au verre dépo­li,
et dont tu ne sais s’il retranche ton inti­mi­té ou celle des autres,
tu ouvres ta porte.
c’est une nuit noire sur un socle de neige.
il y a une heure, les radia­teurs du voi­sin
depuis long­temps absent ont écla­té.
comme l’augure le vacarme des meubles
qui main­te­nant nagent, bal­lottent et frappent les cloi­sons
de l’étage supé­rieur déser­té, ton ciel, d’un plâtre
qui depuis peu pèse et tremble, est au bord de rompre.
alors te taraude l'idée de fuir
jusqu'à la mai­son d'où ta mère t’a chas­sé.
dehors est une nuit noire, gla­cée.
tu te perds sur ce tra­jet mal­gré tout fami­lier.
la route blanche aveugle. l’air noir efface.
mai­sons, murs, trot­toirs, nulle part.
et ni lune ni étoiles pour gui­der. où ça ?
sur cette route blanche. entre deux portes connues.
mais c’est toi. toi. et cette neige gla­cée est tout ce qui éclaire.
cette seule lumière, ver­sée au sol, ter­ras­sée.
mais c’est toi. toi qui perds pied, glisses, tombes
sur la glace sans reflet. toi qui te relèves et retombes,
et qui ris de retom­ber.

 

 

Méditation debout

 

On se recueille quand on marche.

On fait « régime de silence », oui
mais aus­si je veux dire : on agrège,

on consigne par­mi la com­pli­ca­tion
des rap­ports les seg­ments signi­fi­ca­tifs.

Dans le silence médi­ta­tif assour­dis­sant
on cherche un sens à l'histoire.

Mais par­fois mar­cher déçoit,
n’est qu’un mar­di gras de pen­sées,

une poly­pho­nie dis­so­nante de consi­dé­ra­tions
qu’on pro­mène : on laisse pis­ser ce chien,

et mille fois le même che­min pra­ti­qué,
mille fois le même che­min varie du tout au rien.

 

 

Les pon­tons

 

Dans l’oscillation
des pon­tons
gau­che­ment arri­més

nous cou­rons
après une sta­bi­li­té

mais ne res­tons
que des enfants
les hommes inache­vés
que des enfants

dans l’oscillation rire-peur
cette sen­sa­tion de joie
aux reins et dans les genoux pliés

dans l’oscillation
des pon­tons
gau­che­ment arri­més.

 

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