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TOTEM HAUT-NORMAND

Par | 2018-02-25T22:52:27+00:00 19 juillet 2012|Catégories : Blog|

 

                                                                                           à mes grands-parents

 

J'arrache les bar­reaux du vent
Les falaises aux jupes de craie noire

J'éventre le bocage
et ses pom­miers rouge sang

Minuit res­serre l'écrou du vide
La plaie que je veux encore sen­tir fer­mée

Les oiseaux recrachent la mer

               Ne pas ren­trer

Les regards sont noués comme des nau­frages
Toutes les plages pèsent le poids d'un galet
qui résonne dans mon pas

Fermer les yeux pour rete­nir vos ombres
Ecarter la nau­sée des rues de Verneuil et de Bernay
La neige noie nos gestes

               Ne pas ren­trer

La pluie auguise ses baïon­nettes
L'horloge ajuste ses cure-dents dans le ciel malade
Chaque regard est une injure
et les dés de demain sont ima­gi­niares

               Ne pas ren­trer

Le train défonce le pay­sage
L'Avre déborde de la nuit

               Ne pas ren­trer

Ne pas répondre au télé­phone
Qui sonne… qui sonne…
Ce que j'ai mis de temps à vivre

               Ne pas ren­trer

Brûler l'aurore
La vue de toutes choses
Déchirer la Voie lac­tée
Pisser sur dieu
La der­nière forme de l'absence

Vos corps sont muets
La mort avance aus­si vite que les étoiles
et déca­pite les soleils à la gre­nade

Que sais-je ?
Un caillot de sang
glisse sur l'argile d'un cou­chant jamais appri­voi­sé

Escale en para­ly­sie
Vous n'avez plus de visage
Le gou­ver­nail se dérobe en coupe-gorge

Devais-je un jour vous voir si pâle ?
Il est dix-sept heures
et per­sonne ne sait

Personne ne sait
L'oubli et le silence man­gés de cris

La lumière du vide
Les fenêtres écla­tées dans les­quelles je plonge

La Madeleine de Nonancourt
Ô mon vil­lage à l'autre bout de la nuit
J'entends cogner j'entends cogner

Une épaule ano­nyme le sang des géra­niums
Des sou­ve­nirs viennent pour­rir sur mes lèvres

Les four­mis du som­meil ont man­gé vos yeux
La lueur de plus en plus fati­guée de la vie
Néant ver­rouillé
Je cherche la vie entre les lignes

Ma vie bas­cule avec son poids de pierre
Mon enfance s'écrase comme un mégot
et se trans­forme en boue

J'écris le mot vivre sous vos pau­pières.