> Toucher Terre, de Vincent Pélissier

Toucher Terre, de Vincent Pélissier

Par | 2018-02-21T23:31:27+00:00 17 mai 2013|Catégories : Critiques|

 

Avec Toucher terre, Vincent Pélissier, par ailleurs fon­da­teur de l’une des revues fétiches de Recours au Poème, la revue Fario (voir ici : http://​www​.recour​sau​poeme​.fr/​r​e​v​u​e​-​d​e​s​-​r​e​v​u​e​s​/​l​a​-​r​e​v​u​e​-​f​a​r​i​o​/​m​a​t​t​h​i​e​u​-​b​a​u​m​ier ), donne à lire trois textes en prose écrits à la même époque : « Les liga­tures, les déchi­rures », « La fin du troi­sième jour » et « Marge ». Le ton est don­né d’emblée :

« La géo­gra­phie ordi­naire est une sim­pli­fi­ca­tion ».

La force d’un texte se concentre sou­vent dans la puis­sance de sa pre­mière phrase, et ici celle-ci ne manque ni de force ni de puis­sance. Vincent Pélissier nous conduit, le long de récits qui semblent en grande par­tie ancrés dans sa vie sans pour autant pou­voir être qua­li­fiés d’autobiographiques, sauf à en tra­hir le fil rouge expres­sion­niste, dans une res­pi­ra­tion entre l’extérieur et l’intérieur. L’extérieur : cette géo­gra­phie qui vit devant ses yeux tout en pro­vo­quant force impres­sions en dedans de lui ; l’intérieur : cette autre géo­gra­phie, tout aus­si réelle et essen­tielle, qui vit en dedans de l’écrivain et qui, de notre point de vue, peut-être aus­si du sien qui sait ?, impres­sionne le réel exté­rieur. Car si la géo­gra­phie ordi­naire est une sim­pli­fi­ca­tion, c’est en par­tie parce qu’elle omet ce plus de réel qui forme une grande par­tie de ce que nous sommes : les ter­ri­toires inté­rieurs. Notre pro­fon­deur. Et cet espace géo­gra­phique est ter­ri­toire de poé­sie. Par nature. L’humain n’est pas seule­ment au monde. Il est un monde, ou un ensemble de mondes. Autant de mondes que d’humains. Et peut-être autant d’humains que de mondes. Il arrive alors que nous tou­chions terre. Difficile d’y échap­per. Mais ce qui touche terre n’est pas la simple matière d’un homme, c’est un conti­nent en grande par­tie incon­nu, cela que nous nom­mons inté­rio­ri­té. Un conti­nent que nous rechi­gnons aujourd’hui, par­fois, à explo­rer, sinon sous le vête­ment de la psy­cha­na­lyse. Nos géo­gra­phies inté­rieures ne sont pas seule­ment psy­cha­na­ly­tiques, et peut-être même le sont-elles fort peu ; elles sentent l’humus, l’Afrique, le Massif cen­tral, elles sont ce qui reste de la ren­contre avec cet homme étrange et iso­lé, comme ce qui est vu par l’enfant por­té sur le dos d’une laveuse. Elles sont ce que leur disent les pay­sages de l’extérieur, la manière dont ces der­niers s’impriment pro­fon­dé­ment, ou non, en nos âmes. Elles sont une part, la majeure part, de notre géo­gra­phie com­plète, une géo­gra­phie née de la ren­contre entre le dedans et le dehors, ose­rais-je dire ici entre le haut et le bas. Elles sont un homme, ver­ti­cal, ten­du le long d’un fil à plomb reliant terre et ciel. Un homme qui touche terre, enra­ci­né, la tête dans les étoiles. A moins que ce ne soit le contraire. Vincent Pélissier donne un livre de poète qui ne semble pas avoir l’apparence d’un livre de poèmes. Les appa­rences sont trom­peuses.

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