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Traces d’instants et de toujours

Par |2018-08-17T11:45:20+00:00 24 février 2013|Catégories : Critiques|

Il arrive que le « repor­tage » se dégage du simple témoi­gnage pour deve­nir une œuvre poé­tique au sens plein. La vie (si l’on ose dire) se donne à nous. Andoche Praudel – comme il l’a déjà prou­vé – coupe le réel en tranches ou plu­tôt le découpe du dedans puis l’ouvre en écla­te­ment lors de l’interrogation finale :

 

« Gerbes, pou­belles au gaba­rit
Gravats, ruines, rési­dus, boue, bris
Rouges et blanches pelles tri­cotent
Bulldozers ruti­lants démêlent
(…)
Un seul arbre sur 70000
Table des matières
Un pin gra­cile est demeu­ré
Pourquoi ? »

 

Le poète revient sur le lieu japo­nais où la terre s’est noyée et désor­mais s’enterre et brûle par radia­tions pour en pro­po­ser une figu­ra­tion de ce qu'on ne connaît pas et que les pré­ten­dus repor­tages caviardent. Praudel, en ses scan­sions poé­tiques, crée  un livre qui devient un lieu de ver­tige. Il creuse et recreuse mille fois dans le sable irra­dié. Le poète prouve que le Japon muti­lé n’a pas de fron­tière et que tout  peut recom­men­cer là-bas comme ici. Ce chant pousse le logos volon­tai­re­ment à la limite de la pen­sée afin – jus­te­ment – d’imaginer l’impensable dont le loin­tain est tout proche. On peut alors par­ler de ce livre comme le cri silen­cieux du cri qui pour­ra nous échap­per  et que nous enten­dons déjà nous rejoindre.

Pour autant et mal­gré tout chaque poème ne donne pas que sur la mort. Il offre le pas au pas, à la vie  comme  à la mort du moins celle qui nous est don­né. On se sur­prend alors à relire et relire un tel chant, son dyna­misme, sa luci­di­té, ses  pay­sages blancs et noir dont tout exo­tisme est ban­ni. Il faut en effet s’en sai­sir, s’en rem­plir non pour un exor­cisme mais pour être face à ce qui se dérobe et qui para­doxa­le­ment nous enva­hit. Il convient de se confron­ter à ces vignettes de moments  et de lieux néces­saires pour ne plus être des exi­lés ou des sau­vés bien pré­caires.
 

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