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TRANSCORPS

Par | 2018-05-21T20:15:57+00:00 18 novembre 2012|Catégories : Blog|

Je ne suis pas entré dans ce monde
je n’ai pas été don­né du dedans
je suis mon­té de l’ermitage de pierre de louange
à celui d’esprit de papier
arche de lumière de mésanges de safran et de pain bri­sé.

J’ai du silence à revendre je ne cède pas sur un sou
je ne couds pas pour les morts vision réduite pon­tons de biais
je m’assieds sur la route sorte de transe par là je vais
je  bouge sans dire le pied dans l’eau coule ver­mou­lu alen­tour.

Je marche lent fran­chis les portes rends une pièce sonne la cloche
le câble je l’avale par le nœud je dis mes seins colonnes trans­pa­rences
mes coups mes combes mes coque­li­cots je les contourne par le col
et j’ai ma verge en gou­ver­nail.

J’entends les racines pous­ser je les vois glis­ser dans le sol
recours en silence au som­meil pilules sté­ri­lets les condoms
les cordes l’accident l’assistance la sys­tole
la police est au ventre ma tête c’est du vent
devant le feu le sable est plus chaud que mon père.

Axe du hoquet dans la nuit
petite prière je plonge hiver
ma moque ma maman et mes morves 
je serre Willy je serre Mimi je pleure sur Pierre
je suis très sale mais j’ai ton nom
pour sur­vivre l’angle d’une valise
trois télé­phones une bou­gie et mon per­mis de détruire.

 

La peluche et le pouce te suivent ma salive
une veine per­cée ça fait mal mais c’est bon
goutte à goutte hôpi­tal j’ai peu de chances de par­tir
cor­se­ter le corps à la neige lécher les lanières de glace
au poi­gnet un ruban de plas­tique quatre chiffres
scel­ler un sabot aux semelles
je peux trot­ter ani­mal men­tal me perdre
cou­vrir de paille tes yeux caves
et de ter­reau mes deux oreilles

Le vieux der­rière la fenêtre a un regard aigri
le mate­las me suf­fit les bêtes sont amies
tor­ti­co­lis au cœur j’ai un tour­nis spa­ra­drap au nom­bril
un can­cer ma sœur ça va très vite dans l’estomac
pro­nos­tic de la sève : un peu trop vif pour le scal­pel
encore trop vivant pour l’aval je n’en fais pas une mala­die.

Singulière cabane de l'esprit car­reaux cas­sés toit dépla­cé
dans le silence je dis des­cendre des mur­mures dans le monde
les doses de gel le Xanax et l’Haldol
cela ce n’est pas pour rire
j’ai souf­fert ni du bien ni du mal mais de ton corps
j’accomode un repère la voix du même
de mes besoins je fais une fête
aux fibres je pré­fère le foin et les myr­tilles
les biches les faons aux cabrioles de ta pré­sence
il est 7 heures.

 

 

 

L’oiseau m’anime dans le ciel je te le donne
Plomb ver­di pour les buses renards lavés dans les taillis
ma main ter­ri­toire pour la fièvre je te la gomme
tes ais­selles tes cernes tu les contrôles
mets moi pour quitte une pièce aux cha­gnottes
ton poids est pour le shop­ping ou la gym.

Lier les blocs dans la rivière
les glaces les séracs la lumière
le savon glis­ser sur la pente
caillots de sang cou­su au corps
me dou­cher nu der­rière la grange
le cou­rant froid droit dans le cœur
à la fon­taine frot­ter la fente sur la pierre
me rou­gir le sexe à la sente le ventre à ta tumeur
me polir les pieds sur les planches
escarres la bête la chan­ter là
entre les côtes ser­rer tes doigts
ton ventre peut conte­nir pas ton enfant
tu lis trop de romans consommes trop d’images
tu as peur je le vois dans ton corps
à part cela on se res­semble.

Accoucher l’entier dans le ventre
De sous décombres trou­ver la pelle le plan
odeur de trèfles de luzernes bei­gnets et bri­ce­lets de pommes
le cochon saigne dans l’étable
je suis vie vive je serais os vache ou bien mère mais pas ta chose
Je ne suis pas entré dans ton monde
je ne suis pas né du dedans
je peux croi­ser mes veines te dire bon­jour en évi­dant
te sou­rire si tu veux parle dedans.

 

 

Je me baigne dans un fleuve puis­sant
je nage des­sous c'est bon
je suis sor­ti de l’hôpital à sept heure vingt 
ai fil­tré les frag­ments les gru­meaux les glous­se­ments
délais­sé fers feux peaux pan­se­ments
la ferme ! ma famille l’internat
l’infirmière est mon corps
sa parole est un prêt de sueur d’intérêt
dis tu te sens com­ment ?

Très loin de la mai­son main­te­nant
je fais de larmes mon cou­chant
je touche des têtes des trappes portes ouvertes sur les troncs
je ne soigne pas j’écoute entasse des tuiles froides
j’allume la poix le papier et la colle la palis­sade
cendre feu de bois
tout col­lé contre tout col­lé comme
je cherche la forme dans la fumée.

Le kirsch et le tabac me brûlent les dents 
le moteur du trac­teur tourne en tous­sant
cette parole me pos­sède alors je tais
dans la souche la gorge le ter­rier
j’enfile la main rentre pro­fond
limaces escar­gots vers de terre il y a l’humide du plai­sir
des ten­ta­cules de la langue sai­sir la  racine au désir
pen­dant que la peur me prend plus bas qu’au ventre.

Dans la prai­rie je couche mon nom
sur les prés à l’oeil les tour­ne­sols clignent des feuilles
je dis viens donc chèvre si Dieu le veut et si mon corps
vole pour tes yeux une paire de bottes de gants de sabots et de clés
qui te contiennent qui font mal.

Je ne plonge plus n’avale plus la tasse
ne joue plus à faire sens
je me vois beau­coup plus puis­sant ailleurs déjà
j’enlève mon pan­ta­lon… et le soleil…

 

Par le milieu je peux tout quit­ter
par le centre faus­ser les cou­rants
mes abou­liques mes nar­cis­siques mes ten­dances fortes
mon Alzheimer d’échouer
je vais pou­voir m’y ados­ser et rebon­dir
toi tu t’en vas aux coups de trique te fra­cas­ser
sabo­tage du lac : la vague vers le bas
au désir des­truc­tif prendre la douche et te pou­drer.

L’apnée la fièvre l’hôpital
DSM IV une cami­sole
les limites à ne pas fran­chir l’allonge du deve­nir
je peux vou­loir de toi dans mon sou­rire
vou­loir te voir dans la sciure
sur ton res­pire et dans mon corps
tes hic tes tocs tes manies
je le fais ou bien pas ?

Le doute : pains de sutures et de res­sorts
c’est clair que ça fait mal
je fini­rai par res­sor­tir sur l’autre bord
et coudre une pive sur tes lèvres.

Je suis absent pour le rap­port
aux urgences ils me mettent à plat
une place dis­po­nible pour com­prendre
mais ces pou­mons ce sont les miens
ces pieds ce cœur un cri d’enfant
ces os ce ventre mon vagin
cette découpe mise sur mon corps.

Et le pas­se­port et la fron­tière
et la voi­ture et ta pro­messe
et ton silence c’est pour toi même
c’était du vent, un pas de trop ?

Je pars d’en bas de l’inertie
de l’infertile pour faire du miel
porte du pis­til sur mes poils
main­te­nant je nais je vagis et je jouis
Nietschze Sloterdjik pour résine dans mes reins.

Je serais mon père per­son­nel
je serais ma mère pater­nelle
de la cendre des sels
je ne serais rien.

Je peux dire amen Saint Thomas et Saint pierre Paul
Vends-moi ton doua­nier inté­rieur ton flic intime
un nou­veau corps pour faire trans­port
une cou­ver­ture ma mère men­die je veux en vivre
mon pan­ta­lon rou­lé aux che­villes me sup­porte jusqu’en bas
c’est beau­coup de pro­fon­deur trop de volumes
des bulles froides des trous d’air
c’est l’entrée dans la mort déjà
un sens unique.

La bêche attend au pota­ger
ce n’est pas moi qui ai les clés toi tu attends
la télé tou­jours allu­mée
je reste dans la mai­son
tu rem­plis deux bidons de lait
d’essence soi­gneu­se­ment
la hache le tas de bûche tu com­prends main­te­nant ?

Je souffle fort sur mes doigts
fige un sou­rire et me ras­sois je reste assis et tu attends
mur­mures dès lors viens vers viens dans
rasoir pour perdre encore tu es trop grand
je ne te demande ni avis ni effort mais sors s’il te plaît
cette bête de toi MAINTENANT !

Tu peux dire oui  tu peux dire non des­cendre sur les voies
dire mort-enfance-vision si ça te va
trois pilules fortes pour dor­mir petit tour mer­dique sur la piste
ce qui compte c’est ta croix ta voix ton ave­nir et la craie

Je peux vivre dans la pau­vre­té
la pétrir dans le monde men­dier mon pain
mettre des graines sur ton sein moudre une mois­son
louer tes pieds nus sur le seuil pour les cor­beaux et les cor­neilles
boire du pétrole à la lam­pée et du cham­pagne dans les champs
en ren­ver­ser trois bou­teilles ça sent encore le purin.

Je peux finir je peux sai­gner mou­rir encore dis­crè­te­ment
je peux dégou­li­ner de gras te dire bye-bye honey bye bye
déco­rer de guir­landes les faîtes
des hêtres de fleurs tout côté droit

Personne pour voir les por­tées des cha­mois
la charge des pierres des prières
ton corps au bord si proche du ciel devant toi
tu dis mon frère si tu te tais je repren­drai langue avec toi
ce vieux dia­logue d’avant ta voix.

Toi tu rigoles tu te crois seule
tu te crois libre sous ta corde.

J’aimerais t’entendre 
ne plus jamais les voir
ta peur ton lent ton pro­fond trem­ble­ment
une mise à nu de la col­line
seule ta bête…

J’aimerais être vif seul faire ronde
être dans la paix t’éveiller
J’aimerais être ombre m’attacher à ton don
deve­nir invi­sible t’élever par le songe.

A la poste pour la drague der­rière les camions
Il faut que cela soit très simple que ça aille vite dans les cageots
dans l’emballage des jour­naux une pièce de viande
pour dix balles appa­raître au bord d’une pho­to
renon­cer à l’enfance un mau­vais film c’est dans ma bouche seule­ment.

Surtout pas croi­ser la souf­france
sur­tout pas pri­son l’hôpital
l’ego : ta pomme

Tes mains sont bonnes toutes les voies  
tes bibles tes bijoux ton intime
tes règles sèches un bancs en ruine
pertes et manques ta fausse-couche devant la Mat’

Mon car­net vide la nuit je mange seul
recouvre le repas remonte mon trai­ning
ral­longe les retables ma mas­tur­ba­tion me désole.

J’aimerais sans bruit décom­pen­ser
entrer dans la vraie nudi­té
livrer la voix et la lumière
prier alors peut être que l’os ?

Etre une miette fine et sans bruit
prendre racine dans ta gorge comme un atome
dans tout ton corps deve­nir une tige
chan­ger en pol­len ta robe.

Parler aux ours dor­mir au sol
prendre appui au silence
ruser avec les forces ce n’est pas perdre ou dis­pa­raître
que de vou­loir être ta colle.

J’aimerais m’accoucher dans ton ventre de ma moi­tié
J’aimerais ne pas les fis­su­rer
mes membres mes mor­ceaux mes moi­neaux
amas de mues mes asphyxies
les pres­ser faire rigoles.

J’aimerais louer les pins noir­cis
bou­leaux lavés toges mal choi­sies
t’écouter toi brû­ler braises et bou­tures
bête silen­cieuse dans les bois
quand tu bai­se­ras la cou­ver­ture.

J’aimerais tordre l’écorce des troncs
les oiseaux nichés dans les roches
par l’appeau du regard lavé
j’aimerais tes seins un simu­lacre
les laver au nom du bap­tême
l’agneau de messe pres­ser le sang pour la les­sive.

Je suis seul je ploie
j’affronte la fenêtre sur le parc
dans ma vil­la les séquoias
je dors seul les machines sont ma vie
les losanges bleus des car­rés blancs et les gro­seilles
mon tube res­pi­ra­toire est ma voie
papy donne son aval à Exit.

Je te parle dans ta main voyage seul
me mouche dans ta paume m’assois en ton nom
coc­ci­nelle c’est pour ton bien 
j’entre dans le monde par ton corps.

Ma ver­tèbre c’est une soli­tude
par là je peux sor­tir ne pas me tordre
m’en aller par le haut
pacte for­mel recon­naître la défaite
tout peut recom­men­cer main­te­nant c’est clair.

Je mange la paille les petits clous
Dormir au sol ce n’est ni perdre ni dis­pa­raître
l’amour la pierre cuis pommes de terre et sain­doux
douze dra­gées cou­leur de fer dans un four mat
l’insomnie enro­bée de suc et sirop dans la poëlle. 

Je tiens mes fers devant les murs de l’hôpital
je les peins fesses et puis gros sexe
tous les jours où bonne nuit je fus au retour des bou­vreuils
par la crise des migraines hors d’atteinte de mon père
un os au nichoir du cœur.

Je lève pour la forme un faux cha­peau de vent mon cha­pe­let
por­té par deux enfants : angoisse et espé­rance
sur la route de l’usine et du vide.

Le souffle trace une col­line un ghet­to la char­rue
sillon soc la pesée laboure des fri­mas le cam­bouis
cos­tume de nuit la plaie ouverte.

Je suis nu pour la vie ai séché la cendre à la main
chif­fon­né un lac au prin­temps
toi tu traînes un bidon de lait ou de farine
je sou­ris plus sou­vent c’est peut-être du plomb
l’opération peut com­men­cer.

Les draps sont ten­dus les cordes tapent au mur
le prêtre est mort le scan­dale et le plâtre sont sur nous
j’ai mis des bornes de béton aux revers des routes
des bâches sur les bûches une limite à la lumière
je suis nu je suis cuit j’avale des louches de ben­zine
je fais le fier porte le cer­cueil dans l’église mon pyja­ma rayé bien haut
sans repères trans­pa­rence mon corps 
et dans le tien mon nom gros maso­chiste.

Au moment de par­tir je sau­rai bien
me retour­ner dans l’ouverture ouvrir la faille
me faire com­prendre de ton désir.

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