> Un automne au creux des bras, de P Mathy

Un automne au creux des bras, de P Mathy

Par |2018-10-16T10:42:29+00:00 26 avril 2013|Catégories : Critiques|

La poé­sie de Philippe Mathy s’élabore sous les arbres, qu’il observe et dont il se sent proche. Le recueil s’ouvre sous un orme.

Sous l’orme de la ville, les samares des­sinent des cercles de lumière dans le souffle qui les tra­verse. Elles sont sem­blables à nous : dans l’irrémédiable de la chute, elles rêvent d’ascension.

On glisse sou­vent ain­si d’un règne à l’autre, mais aus­si du pas­sé à l’avenir, du clair à l’obscur. Non parce que Philippe Mathy appré­cie les contrastes mais parce que la lumière se trouve au plus pro­fond de la nuit. Il y a dans le réel, par­tout, coïn­ci­dence des oppo­sés : les pierres tour à tour s’évaporent ou prennent leur envol.

On dirait des pierres ; rondes et lisses, avides d’ouvrir leurs ailes.

Au plus pro­fond de nous-mêmes coexistent plu­sieurs per­sonnes : le vieillard que nous serons, l’enfant que nous étions…

Certains textes sont des miroirs, que le poète tend vers nous. Et il fait bien de citer ces quelques lignes de Jorge-Luis Borges :

Parfois, dans le soir, il est un visage
Qui nous regarde du fond d’un miroir,
Et l’art doit être comme ce miroir
Qui nous livre notre propre visage.

Ce recueil est aus­si un éloge à la len­teur – celle de nos pas, celle des fleuves – et aux petits miracles qui nous entourent ou nous tra­versent. L’écriture, sans aucun doute, en est un.

Écrire, c’est emprun­ter un long che­min de cendres. On ne recueille que quelques braises. Encore faut-il avoir la patience de les sous­traire à la pous­sière qui risque de les étouf­fer, les pré­ser­ver, les ras­sem­bler sur un pla­teau, pour réchauf­fer, peut-être, les mains de l’étranger.

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